jeudi, 04 mars 2021
Elle a tout d'une grande...
Elle s’est approchée de moi, s’est assise sur mes genoux, m’a pris par le cou, m’a fait un bisou sur la joue et m’a chuchoté dans le creux de l’oreille « Je vais te dire un secret, papy. »
J’ai chuchoté « Oui ? »
Elle m’a dit « tu es mon papy préféré ».
J’ai été super content jusqu’à ce qu’une terrible vérité ne vienne me frapper :
Elle n’a qu’un papy, moi…
Mais bon, c’est la plus affectueuse de mes petites-filles.
L’autre n’a plus le temps, c’est une ado.
Rien qu’à la regarder faire la gueule quand on lui dit bonjour et lever les yeux au ciel d’un air désespéré quand on lui demande si ça va, on sait qu’elle a quatorze ans.
Et là aussi, on est super content qu’elle soit la fille de quelqu’un d’autre…
Et vous savez quoi ?
On est arrivé dix minutes avant le couvre-feu !
Oui ! Pour aller à onze minutes de Paris, il faut onze minutes.
Pour revenir du même endroit à onze minutes de Paris il faut près d’une heure et demie…
C’est ce qu’on appelle l’effet relativiste sans doute.
Il y en a un autre : L’humour de machiniste RATP.
Celui qui vous regarde sortir de la gare, vous regarde hâter le pas, vous laisse la porte ouverte jusqu’à ce que vous soyez à un pas de monter dans le bus, tourne la tête, ferme la porte et s’en va vous laissant sur le trottoir.
Heureusement que le chauffeur était une « Gauloise » sinon j’étais en passe de devenir raciste sur le champ.
Oui, je vous dis ça parce que beaucoup de chauffeurs de la RATP étaient « assimilés fonctionnaires » et, depuis la « furie économiste » qui frappe le monde censément « développé » on trouve derrière les volants des bus une foule de « contractuels courts » d’origines diverses, enfin surtout d’origine moins chère…
Le moins cher qui coûte, évidemment, on sait bien comment calcule un économiste.
J’en ai déduit une fois de plus qu’un bon économiste, surtout celui des transports, est le type qui se vante d’avoir fait économiser dix €uros à la Régie et ignore que son économie coûte un million d’€uros sur l’année.
Bref, le tout venant.
Ce fut malgré tout une bonne journée qui, comme toute journée de ce genre fait ricaner la balance le lendemain.
Enfin, du moment que mes petites-filles sont belles, libres, intelligentes, s’intéressent aux autres et se forgent une conscience politique.
C’est l’essentiel.
09:46 | Commentaires (10)
lundi, 01 mars 2021
Devoir de Lakevio du Goût N° 70
Que diable fait elle là ?
Qu’est-il arrivé ?
Qu’attend-elle ?
Attend-elle seulement quelque chose ?
J’espère savoir ce que vous en avez pensé lundi.
J’espère évidemment avoir quelque chose à vous en dire…
J’ai emprunté l’escalier et ai commencé à le gravir.
Je montai sans me presser, à peine impatient d’arriver dans un chez moi où personne ne m’attendait.
Arrivé au deuxième, les six premières marches menant au troisième gravies, juste au tournant de l’escalier, je l’ai vue.
Plus exactement j’ai été frappé par ce que laissait entrevoir ses jambes dont les genoux serrés laissaient à deviner ce qu’elle n’arrivait pas à cacher totalement.
Alors la première chose que je me suis dite n’est pas « Mais que fait elle là ? »
Non, je me suis dit « C’est fou comme certains vêtements et poses déshabillent bien plus qu’ils n’habillent… »
Elle a levé la tête en m’entendant puis m’a jeté un regard déçu.
- Oh ! J’ai cru que c’était Monsieur Z. !
Elle me jeta un regard de doute alors j’ai précisé.
- Navré mais il n’y a pas de Monsieur Z. dans cet immeuble.
Elle a eu un soupir de déception clos par :
- Il m’a bien eue…
- Le champagne, c’était pour lui ?
- Oui…
Elle posa brutalement les deux verres qu’elle tenait de telle façon qu’ils se brisèrent.
Elle a reniflé et a commencé à raconter sa mésaventure.
L’histoire courante d’un type qui drague dans le métro, croise une fille esseulée et la tape sous un prétexte quelconque mais de façon convaincante de 50 €.
Pour la convaincre, il lui tend sa carte et l’invite à dîner pour lui rendre ses sous.
J’en ai connu des comme ça, ils en vivent et investir dans un cent de cartes donnant un nom et une adresse fantaisistes est d’un bon rapport.
J’ai compati, soupiré et dit « Pleurez tranquillement vos 50 € pendant que je vais chercher deux flûtes… »
Je suis redescendu quelques minutes plus tard, pas certain qu’elle aurait attendu.
Mais elle était encore là et m’a tendu la bouteille en ébauchant un sourire gêné.
J’ai débouché la bouteille, l’ai servie et, assis deux marches plus bas, me suis servi puis ai tendu mon verre pour un toast.
Assis tranquillement deux marches plus bas, j’avais du mal à accorder à son visage toute l’attention souhaitée.
De ma position, mon regard était certes attiré par elle.
Non par son visage mais par ce que sa pose suggérait…
- Je suppose que vous n’aviez alors rien prévu pour le dîner ?
Elle a haussé les épaules alors j’ai dit :
- Alors montez encore quelque marches, je vais préparer quelque chose pour accompagner le reste de la bouteille.
- Vous êtes sûr ? Je ne vais pas déranger ?
- Mais non, pour vos 50 € je ne peux rien mais je peux vous nourrir…
Elle a ri.
Nous avons fini nos verres et sommes allés quelques marches plus haut.
Nous avons dîné.
Je l’ai raccompagnée.
Elle a promis de revenir dîner là.
Elle est revenue.
Là où finalement elle a fini par connaître quelqu’un.
Nous avons dîné de nouveau.
Mais je ne l’ai jamais tapée de 50 €…
07:55 | Commentaires (30)
samedi, 27 février 2021
Mourez, nous ferons le reste…
Ce matin, j’ai failli échapper mon café sur mon caleçon.
« Pourquoi donc ? » vous écriez vous, lectrices chéries.
Eh bien, détrompez-vous, ce n’est pas l’apparition matinale de la lumière de mes jours qui m’aurait, sous le coup d’une émotion bien légitime, fait perdre mon sang-froid.
Non, d’ailleurs la fraîcheur du temps ne me poussait pas à jeter le peu d’habits qui masque difficilement ce qui reste du corps d’éphèbe qui la fit chavirer il y a…
Bref, n’épiloguons pas sur un passé qui me paraît de plus en plus lointain.
Ce long préambule, plus exercice d’écriture que préambule, pour amener enfin ce qui faillit m’envoyer mon café sur les genoux.
J’écoutais, comme chaque matin, dans le calme de la maison, ce petit amas de composants qui me truque les nouvelles du monde.
J’eus l’oreille soudain attirée par les échos d’une foule de voix chevrotantes scandant « On veut nos vaccins ! On veut nos vaccins ! » sur l’air célèbre dit « air des lampions » que personne ne connaît vraiment.
« Tiens, une manif de vieux… » me dis-je.
J’écoutai alors plus attentivement et j’appris qu’à Bordeaux les pensionnaires d’un mouroir d’une « résidence seniors » attendaient vainement que les vaccins promis depuis deux mois arrivassent enfin.
Ces gens, au nombre de cent-cinquante environ se virent répondre par le préfet qu’il allait s’occuper sérieusement de l’affaire et qu’il se faisait fort de recevoir les cent-cinquante doses d’ici une dizaine de jours.
J’allais attendre paisiblement la suite des informations quand une pensée s’insinua dans ma cervelle étonnamment éveillée ce matin.
Cent-cinquante doses.
Soit trente flacons de cinq doses.
Dix jours pour amener à Bordeaux trente flacons de vaccin !
Sans compter le probable retard dû aux réunions indispensables et aux négociations avec les transporteurs priés de ne pas gaspiller les sous du contribuable, privilège réservé aux cadres de la haute administration.
Peu enclin à l’indulgence après des mois de réclusion je me suis dit « mais ils nous prennent pour des cons ! » car en privé tout seul avec moi je peux être très mal élevé...
Mais combien donc de doses étaient censées être disponibles aujourd’hui ?
J’ai cherché et j’ai trouvé.
En février nous étions censés disposer de dix millions de doses…
Hélas, à l’aube du 1er mars, seuls sont vaccinées deux-millions-huit-cent-mille personnes et nous courons après trente flacons de cinq doses…
Une impression désagréable de foutage de gueule me gratouilla l’amour-propre.
J’ai soudain ressenti une impression connue dans un autre domaine.
Cette impression désagréable que les administrations et les préfets veillaient sur les vaccins comme sur les logements du parc immobilier municipal ou départemental censément proposés à la location du citoyen qui en ferait la demande.
Nous avions une réputation mondiale de cadors de l’organisation.
Elle sort salement écornée après notre traitement de la pandémie.
Nous en sortons néanmoins cadors en matière de pusillanimité.
C’est déjà ça…
10:02 | Commentaires (8)
vendredi, 26 février 2021
70ème devoir de Lakevio du Goût.
09:29 | Commentaires (4)
mardi, 23 février 2021
Vous avez dit "disparu" ?
Delia, qui a fait hier un devoir émouvant, disait à un lecteur que Montmartre avait changé, voire qu’il avait disparu.
Sa réponse au commentaire du lecteur avait un ton désenchanté.
Et ça m’a amené à penser sérieusement à Montmartre et ses changements au cours du temps.
Et je ne peux que dire à Délia qu’elle devrait repasser à Paris.
Elle verrait que Montmartre, ce n’est pas que la place du Tertre envahie de tables et de parasols où le prix du café nourrit une famille éthiopienne de huit personnes pendant une semaine.
Montmartre n’est pas non plus limité au café de luxe qui a tout fait pour n’asseoir à sa table que des Chinois (et qui pleure aujourd’hui...)
Il y a encore des gens du cru, des bistrots avec des gens qui philosophent devant les comptoirs, même le « bobo parisien » n’y est pas le même que celui qui traîne dans le Marais ou vers la Bastille.
Non, le Marais, lui non plus n’est pas cantonné à la population « branchouille » de la rue de Bretagne, il reste encore ce qu’un « philosophe de radio » appela un jour « des gens de peu », de vraies gens donc.
Il y a toujours « le populo de base », fait de gens qui rament, de traîne-savates, d’hommes désœuvrés, de filles de joie et de jeunes gens à l’accoutrement surprenant.
Montmartre, la République, les Batignolles ou la Bastille n’ont changé qu’en surface.
Paris est comme ces gamelles où on a fait brûler du riz.
On a beau racler, il en reste toujours collé au fond de la gamelle.
À moins que Paris ne soit comme ces cocottes en fonte qui traversent les générations.
On a beau les laver, les gratter, les nettoyer, elles ne changent pas.
Elle gardent au cours du temps cette faculté si particulière de donner à ce qu’on y met une saveur inimitable.
Je sais bien, qu’il y eut au bout de la rue de la Bonne, quand elle devient la rue Saint Vincent, une rambarde d’où, quand j’étais gosse, on voyait une ferme et les jours d’été un coq chantait.
Oui Delia ! Un coq chantait !
Et il te suffirait de passer par les rues Ronsard ou Charles Nodier pour retrouver tes sensations.
Même les rues Muller, André del Sarte et le passage Briquet puent toujours la pisse !
Les petites rues derrière la place de la République ont toujours gardé ce côté inquiétant des « coins de voyous » où les gens voient les fins de mois arriver le 18.
Repasse, Delia, tu verras que Paris a finalement peu changé malgré les efforts des rapaces de l’immobilier.
Il ne faut pas beaucoup gratter l’écorce de faux luxe pour tomber sur l’aubier précieux.
Voilà ce que je voulais te dire : Paris n’a pas vraiment changé.
Pourquoi crois tu donc qu’on vient du monde entier pour l’arpenter ?
09:58 | Commentaires (12)