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lundi, 08 mai 2017

Le Palais de la Découverte.

lakevio.jpg

C’est la première fois.
Je pensais tout à l’heure encore à Yves Montand qui regrettait de « n’être pas seul un instant avec Paulette ».
Il en était si marri qu’il avait bafouillé et chanté « de n’être pas un seul instant avec Paulette »…
Elle ne s’appelle pas Paulette.
Mais pour la première fois elle a bien voulu rester avec moi quand les autres sont partis.
Nous avons continué lentement, le long du chemin et, après avoir sauté un fossé nous nous sommes installés dans ce pré, « faisant naître un bouquet changeant de sauterelles, de papillons » comme disait encore Montand.
Elle s’est assise dans l’herbe, décontractée, je me demande comment elle fait pour être aussi calme tandis que je souffle sur une fleur de pissenlit.
Enfin, je souffle… J’essaie, j’ai du mal à garder un semblant de souffle tant j’ai la poitrine serrée.
C’est la première fois que nous sommes seuls, ensemble, à l’abri des autres.
Je tente de l’intéresser en lui parlant mais je ne sais pas quoi dire.
Elle me regarde pourtant gentiment, différemment toutefois de sa façon de me regarder habituelle.
C’est la première fois.
Je croise les jambes, je ne sais pas quoi faire mais je sais ce que j’aimerais faire.
Je fais semblant de rien mais je crois qu’elle sait.
Elle sait que je regarde ses boucles acajou.
Je me demande si elle sait que je voudrais lui retirer ce chapeau et noyer mon visage dans sa chevelure.
Elle sait aussi que mon regard s’arrête sur sa bouche.
Je suis sûr qu’elle sait que je regarde ses lèvres entrouvertes avec l’envie de les baiser doucement.
Seulement voilà, je n’ose pas.
Elle non plus.
Je fais bien attention à ce que mon regard ne passe que brièvement sur son corps, qu’il ne s’arrête pas sur ses jambes surtout.
Je n’ose pas.
Elle non plus.
Mais nous oserons la prochaine fois.
Je l’ai vu dans ses yeux.

dimanche, 07 mai 2017

L’étrange disparition du jouet moche.

Lectrices chéries, mes amours.
J’ai eu froid.
Terriblement froid.
Reclus, rejeté, abandonné sur une banquette, près de la fenêtre du séjour.
Que je vous dise.
Merveille et P’tite Sœur ont absolument tenu à dormir à la maison vendredi soir.
Je vous ai parlé de vendredi ?
Oui bien sûr.
Heure-Bleue s’est longuement plainte de la nuit qui mena à samedi.
A mon tour.
J’ai eu froid parce que la lumière de mes jours n’envisage pas un instant de laisser les fenêtres fermées.
Ça ne me dérange pas sauf quand je dors seul, couvert seulement de la couette habituellement réservée à Tornade et pile poil à trente centimètres de cette p… de fenêtre de mince !
Après une nuit que je ne souhaite pas à mon pire ennemi clochard, je me suis levé et ai pris mon petit déjeuner.
Un calme de cimetière régnait dans la maison.
La radio elle-même se gardait bien de rendre compte de l’agitation du monde.
Puis la lumière de mes jours est arrivée, vêtue d’un semblant d’innocence.
Il y a une justice car les deux petites lui avaient pourri sa nuit.
C’est drôlement encombrant et remuant ces petites choses...
Histoire de passer une journée plus apaisante que la veille, il fut décidé d’emmener les petites au McDo.
P’tite Sœur me colla jusqu’à la borne où je lui ai demandé le « happy meal » qu’elle souhaitait.
Comme elle mange à peu près autant qu’une Biafraise de 1968,  je sais qu’elle est intéressée par le jeu.
Ce jouet a mystérieusement disparu.
L’examen attentif des lieux a permis de constater que le ménage du McDo est mal fait.
Le jouet n’est ni sous la banquette ni dans les nombreux sacs qui nous encombrent.
Comme souvent, je me demande, à regarder tout ce qu’on traîne rien que pour aller au restaurant et passer une nuit ailleurs, pourquoi on ne vit pas tous dans une roulotte.
Il n’empêche que ce jouet, qualifié même par P’tite Sœur de « jouet moche », a bel et bien disparu.
Elle a pensé à réclamer un « sundae ».
Mais au caramel parce qu’elle sait qu’elle ne va pas en manger beaucoup et que Mamie les préfère au chocolat.
En mangeant le dessus, elle n’a cessé de regarder Mamie en faisant « des hmmm… » à n’en plus finir et en la regardant avec l’air de se foutre d’elle.
Comme prévu, Mamie à demandé à Papy :
- Minou, mon Minou, tu ne veux pas aller me chercher un sundae au chocolat ?
Comme « Minou » avait déjà fait quelques allers-retours à la borne, il a décliné :
- Ma Mine, tu as une carte, c’est facile, tu suis les inscriptions…
- Voyons, Minou, tu sais bien que je suis une « techno blonde »…
J’ai tenu le coup.
Merveille a pris la suite de P’tite Sœur dans le « sundae » au caramel.
Hélas pour elle, son goinfre de père est arrivé avec JJF et a terminé le « sundae » à une vitesse folle…
Nous sommes revenus tranquillement à la maison sous la bruine.
La Toussaint est vraiment précoce, cette année…

samedi, 06 mai 2017

Quand on aime on ne compte pas…

Hier, nous sommes allés chercher Merveille et P’tite Sœur à l’école.
Histoire de permettre à l’Ours de prendre soin de JJF qui venait de subir un traitement qui, à défaut de la mettre sur pieds l’avait mise sur le flanc.
 La lumière de mes jours et moi nous avons donc convenu d’un programme.
Enfin, surtout elle…
Pendant que j’allais à l’école maternelle chercher P’tite Sœur, Merveille a foutu en l’air le programme de l’après-midi en deux phrases :
- J’ai super faim et je ne veux pas de McDo.
- Je ne veux pas aller au cinéma.
En réalité, à la sortie de l’école Merveille est pâle comme la Lune et défaille de faim.
Il est donc illusoire, si on n’a pas des gâteaux dans la poche, d’espérer atteindre le McDo sans la voir tomber dans les pommes.
Pour le cinéma, y aller avec P’tite Sœur la saoule.
Elle en a assez de ne voir que des dessins animés destinés aux enfants à partir de trois ans.
Nous nous sommes donc arrêtés au chinois à mi-chemin…
Une fois de plus, j’ai plaint ma grande sœur de tout mon cœur.
Il est vrai qu’être l’aînée n’est pas une sinécure et les petites sœurs sont particulièrement consommatrices d’énergie et d’attention.
Nous nous sommes donc contentés de revenir à la maison après un passage par le Monop’ pour les courses du dîner pour tout le monde.
Je vous renseigne illico, lectrices chéries : La fabuleuse « remise de 85% »  ne s’est appliquée finalement que sur deux babioles à « 7,99€ moins 85% sur le second produit ».
Il nous aura donc fallu acheter deux poupées au nom étrange pour bénéficier de la remise.
Pour le reste ? Ce fut comme d’habitude.
La constatation désolante que le groupe Casino ne nous vend pas ce qu’on veut acheter mais ce qu’il veut vendre.
Ce ne serait pas grave s’il n’était pas si manifeste que Casino n’achète pas un produit mais une remise…
Bilan ? Un œil !
Nous sommes revenus tranquillement à la maison par le « Coulée Verte », la poussette servant de caddy.
Un moment de calme et un câlin à une Merveille fatiguée m’ont fait pressentir qu’elle aura une vie sentimentale agitée.
Non qu’elle soit infidèle, non, pas du tout.
Elle aime toujours les mêmes, depuis celui de l’école maternelle, le locataire de « la chaise des punis », puis celui du CE1, j’avais vaguement entendu parler d’un autre du CE2 qui pendant un moment « l’a saoulée » mais auquel elle s’est habituée, celui du CM1, un joli petit garçon devant qui je l’ai vue papillonner au square.
Merveille est fidèle donc.
Hélas pour la horde d’élus qui va se précipiter j’en suis sûr, contrairement à ce qui se passe normalement, Merveille n’a pas les fidélités successives habituelles.
Non, Merveille a la fidélité cumulative.
J’entrevois néanmoins quelques problèmes si ça se perpétue.
Elle se dégote de nouvelles amours, bien sûr, chaque fois qu’elle change de classe ou va au jardin.
Le problème est qu’elle garde les précédentes…
Elle a évidemment ce goût pour l’exclusivité qui fait le ciment des amours.
Hélas, trois fois hélas, elle ne l’exige que de ses « amoureux ».
Eux, en revanche ne devront pas trop compter sur cette exclusivité.
Vu le type de garçon qui la branche,  si elle ne change pas à l’adolescence, du moins ne fait pas preuve de discrétion, ça risque de finir comme Wozzeck, Othello ou Carmen…

vendredi, 05 mai 2017

La gare demeure mais ne se rend pas…

Evidemment, les ascenseurs de la passerelle sont en panne.
Ils devraient être réparés aujourd’hui.
Vous savez quoi, lectrices chéries ?
Eh bien je suis surpris que l'Homme soit capable d’envoyer vers Saturne, un milliard et demi de kilomètres tout de même, la sonde « Cassini » qu’on est obligé de naufrager sur une planète lointaine au bout de sept ans de voyage et treize ans de mesures et qu’il soit incapable de faire fonctionner correctement plus de vingt-quatre heures une cabine qui doit faire un déplacement d’environ six mètres…
Alors, Heure-Bleue et moi sommes partis tranquillement à pied vers le Monop.
Surprise ! Nous fûmes accueillis par une pancarte hurlant de toutes ses lettres « 85% de remise sur le deuxième produit ! »
Du coup, un je ne sais quoi d’aérien a empreint les courses du dîner.
Quasiment nous voletions, tels des elfes, d’une gondole à l’autre.
Il serait bon que les lectrices chéries qui nous connaissent ne ricanent pas sauvagement en lisant « elfes ».
Ce serait sympa. Si si…
Nous nous sommes donc lancés dans une débauche d’achats, doublant les achats nécessaires, dans le secret espoir de n’avoir plus pour les prochaines semaines que des « achats plaisir » à faire.
Nous n’allions pas néanmoins acheter trop de légumes, juste pour les contempler en train de blettir, ni de viande, la dernière campagne électorale ayant montré notre peu de goût pour le faisandé.
Nous avons tout de même pris deux tubes de dentifrice, deux pots de café soluble et d’autres choses.
Ben oui ! 85 % !
Pour le quatre-vingt-cinquième anniversaire de l’enseigne…
J’ai ressenti une certaine impatience, rêvant au centenaire de l’enseigne promettant alors une remise de 100% sur le deuxième produit.
J’ai alors réalisé que si j’étais toujours vivant à ce moment, je devrais faire les courses en « youpala »…
Papillonnant d’une gondole à l’autre, nous sommes arrivés à la caisse.
J’ai sorti ma carte Visa du geste auguste du semeur et tapé allègrement le code qui permet de vider le compte courant.
La lumière de mes jours a regardé le ticket de caisse et a dit « mais… Mais… MAIS !!! »
Nous nous sommes dirigés vers le guichet « accueil » qui n’est de fait qu’un guichet « engueulade de la préposée ».
Un autre exemplaire du panneau affriolant qui surplombait l’entrée surplombait le guichet itou.
J’ai remarqué alors le petit astérisque qui suivait l’énorme « 85% ! »
Il revoyait vers une minuscule annotation qui disait « à partir du 5 mai 2017 ».
Nous sommes comme ça.
Hier donc, la remise était pour demain.
La dernière fois que nous nous sommes précipités sur une promotion comme ça, elle avait pris fin la veille…

jeudi, 04 mai 2017

Te regarder t’échiner, c’est ma saison préférée...

cassius clay.jpg

On a regardé la télé, hier soir.
J’ai, assez étrangement, reculé de quarante six ans dans le temps.
Oui, je suis comme ça.
J’ai repensé au match « Jo Frazier vs Cassius Clay ».
Je ne suis pas du tout amateur de boxe mais une chose m’avait frappé à l’époque.
C’était un soir de mars 1971 et j’étais chez un copain.
Je ne savais pas encore que quelques jours plus tard je croiserais la lumière de mes jours et je me remettais tant bien que mal de mon quatre-vingt-dix-septième chagrin d’amour.
Nous regardions la télé, lui et moi dans son gourbi de la rue de Rochechouart.
C’était un rez-de-chaussée au fond de la cour de l’immeuble pas loin du croisement de la rue de Montholon, oui, celle qui mène au square.

Ce soir là, mon pote était pour une fois muet et ne semblait pas dans une forme éblouissante.
Il faisait frais ce soir là, un peu comme hier soir.
On avait dîné ce soir là dans une des dix mille gargotes du coin, le McDo de Cadet n’existait pas encore et je n’avais toujours pas la télé.
Lui aussi était célibataire ce soir là.
Il m’avoua « Ça me botterait d’avoir ma nénette, là je l’aurais bien fait reluire ».
Oui, lui et moi n’avions pas la même conception de la poésie et j’ai toujours pensé que l’art de présenter la chose avait son importance car décemment, la variété du matériel de base n’est pas là des plus flagrantes.
Nous échouâmes donc dans son canapé devant un écran de télé noir et blanc, en train de regarder une des deux chaînes de l’ORTF.
J’ai posé sur l’accoudoir du canapé mon paquet de « Kent », la cigarette que j’ai fumée jusqu’à ce que j’arrête de fumer.
Lui a sorti son attirail habituel, le petit morceau marron dont l’aspect a donné son nom au produit, le petit paquet de « Rizla+ » et le paquet de « clopes normales » qu’il étripait pour fabriquer ses « cigarettes qui font rire ».
Il a posé ça à côté de son accoudoir, sur l’espèce de tablette qui supportait aussi sa platine vinyle.
Il a allumé la télé, ça a « rayuré » et « neigé ».
Il a donné un coup sur le rotacteur et l’image est apparue.
Oui, en 1971 les télés n’avaient pas de « zapette » mais un « rotacteur », un truc qui nécessitait une poigne de fer pour le tourner avant de trouver le bon canal.
Ce soir là, j’ai vu un grand type, aux mouvements élégants, aux gestes de danseur face à un adversaire aux allures et aux gestes de voyou.
C’est à ça que j’ai repensé hier soir.
Je me rappelle que Cassius Clay a été battu aux points par Joe Frazier…
Le danseur élégant avait été battu par le voyou…