jeudi, 23 janvier 2014
Il y a un os de belle fracture…
J’échange de temps à autre, souvent je dois dire, des courriels –je la fais genre « je cause que la France aujourd’hui »- avec une de mes lectrices chéries.
Cette relation épistolaire ne peut que s’arrêter là car elle est brune, a les yeux bruns et n’a pas la peau diaphane, toutes choses rédhibitoires s’il s’était agi d’autre chose que trouver une oreille complaisante. De plus je pourrais être son père. Ça me gêne…
Elle a à mes yeux de grandes qualités :
- Elle me lit avec patience.
- Elle est laconique.
Cette dernière qualité étant particulièrement appréciée du bavard que je suis.
Venons en à ce que je voulais vous raconter.
Je faisais part à cette lectrice chérie d’une réflexion qui m’était venue après avoir écouté Jacques Attali sur France Inter.
Cet homme, brillant et au parler aisé et captivant, que j’écoute habituellement avec plaisir, m’a pour le coup effrayé.
Il faut évidemment relativiser son propos car nous savons tous que les experts se trompent beaucoup.
Tout le temps en fait.
A moins qu’on ne fasse taire ceux qui ne se trompent pas.
Lui se trompe beaucoup aussi.
Mais mieux, c’est ça l’intelligence.
Il venait faire la promo de « Histoire de la modernité », son dernier ouvrage.
Il était donc question de la modernité.
Modernité qui allait à coup sûr modifier profondément la technique de perpétuation de l’espèce dans les cinquante prochaines années.
Notre expert remarquait donc que le début de la gestation se faisait couramment de nos jours hors du ventre féminin, pourtant renommé pour son confort, la douceur de son climat et la modicité des frais d’hébergement.
Il ajoutait que la prématurité en augmentation constante induisait une fin de gestation hors de son habitat naturel fréquente.
Il en déduisait que dans un futur proche, la gestation se ferait intégralement ex-utero et que ce serait le pied…
J'ai oui une rumeur qui, si elle est avérée, explique probablement la vision qu’il a de notre futur.
Je parle de futur car dans ces conditions il n’est pas question d’avoir un avenir…
Comme tous les experts que les démentis apportés par les faits n’ont jamais empêché de donner des leçons, il avait oublié un détail.
Ce brillant intellectuel ne semble pas avoir remarqué que faire des enfants n’est généralement pas le fruit d’une mûre réflexion.
Que ça ne se « lance pas en fabrication » comme une machine et que « bon à tirer » ne concerne pas l’impression d’une revue…
Non, ce qui induit l'arrivée de la génération suivante n’a rien à voir avec tout ça mais tout avec la pensée des délices qu’on peut retirer à l’idée de « déposer la petite graine ».
Il semblerait que l’attraction entre le semeur et le sillon soit autrement motivante que la fabrication en bocal de ses congénères.
Aaahhh… Ces experts…
08:55 | Commentaires (10)
mercredi, 22 janvier 2014
Le sien n'arrête pas de zapper...
Avant de me lancer, je voulais signaler à Mab à qui je dédie le titre de cette note vide de sens et Emilia-Celina que, contrairement à ce que prétend la première dans le commentaire qu’elle m’a laissé hier, ce n’est pas « ma rousse » qui a toujours le dernier mot.
C’est moi.
Bon, d’accord, c’est « Bien sûr chérie », mais quand même…
Quant à la seconde, elle se trompe.
Elle me recommande de « faire attention à TOUUUT » ce que je dis.
Or, je n’avais rien dit.
C’est ce Cubain qui avait dit quelque chose et réveillé Heure-Bleue !
Je suis tout de même prudent, je ne dis habituellement rien car ne voudrais pas qu'Heure-Bleue aille en prison pour crime passionnel.
N'oublions pas qu'à Fresnes, quand on est prisonnier on est plutôt à vingt ans qu'à une demi-heure de Paris...
Revenons à mon mouton.
Ce que je voulais vous dire, lectrices chéries, n’avait rien à voir avec cet aparté.
Rien du tout.
C’est seulement que je crois que je vais renoncer à raconter à Liliplume l’histoire du square Saint Lambert.
C’est un square dont Lili était persuadée que je ne le connaissais pas.
Alors que si, justement.
Et justement, c’est pour ça que je ne vais pas la raconter.
Parce qu'à la suite d’un revirement de dernière minute, je suis resté le bec dans l’eau.
Et que, bien que peu raisonnable, je me rends tout de même compte que, succès ou non, ces histoires sèment la perturbation dans un ménage qui n’est déjà que rarement calme.
Mais si vous voulez, je peux vous décrire les squares, le Sacré-Cœur et le square Saint-Lanbert car elle habitait rue Rosa Bonheur.
Je peux aussi vous décrire, les deux quartiers où se sont déroulés les chapitres de cette histoire prématurément interrompue, le IXème et ce coin du XVème bien triste qu’est le quartier Sèvres-Lecourbe.
Il est je pense inutile de décrire les deux filles qui constituèrent l’enjeu de cette histoire et surtout celle qui suscita mon intérêt.
Je suis comme ces amateurs de rubis monomaniaques que les autres pierres, si précieuses soient-elle, laissent froids.
Il faut aussi que je vous dise, tout ça c’est ma faute.
La conclusion en fut ce qu’on appelle un râteau de première grandeur…
Mais je m'en suis remis.
09:03 | Commentaires (6)
mardi, 21 janvier 2014
Mickey mahousse.
Hier soir, ma souris repassait.
Comme presque tous les soirs.
Enfin ceux où elle a le courage de déplier la planche à repasser et que nous n’avons pas passé la journée à traîner.
Donc Heure-Bleue repassait et, pour se donner du cœur à l’ouvrage elle a pris l’habitude de mettre un DVD d’une de ses séries favorites.
Ces temps-ci c’est « Friends » qui remporte ses suffrages.
Ça se passe habituellement très bien mais ce soir-là l’épisode a mal tourné.
Surtout pour votre serviteur adoré, dit « Le Gout ».
En effet, il était question dans cet épisode d’un Cubain francophone. Le type qui justement fait craquer les claires. Brun, mat, l’œil de braise.
En plus, ce salaud avait les deux, lui…
Ce Cubain papote avec notre héroïne, lui cite Verlaine, la regarde langoureusement et commence à lui expliquer qu’il est tout à fait capable de lui créer un poème exprès, sur la beauté de ses lèvres, la douceur de sa peau, etc.
Bref, le « latin lover » est prêt à tout pour vaincre le blocus qui empêche les relations détendues entre Cuba et les USA depuis la Baie des Cochons.
Encore que cette histoire de cochons…
L’héroïne, bien qu’américaine commence à fondre.
C’est là qu’Heure-Bleue, chez qui cette histoire de poème a ravivé quelque chose, me jette :
- Pfff… Ouais…
- Quoi ? Demande « Minou ».
- Tu m’en a écrit, des poèmes…
- Et ?
- Et pas qu’à moi ! Alors hein…
C'est là que j'ai eu le tort de sourire.
Elle m'a jeté :
- Ah mais ne crois pas que ça marcherait encore !
- ... ?
- Tu veux que je te rappelle à qui d'autre tu en as écrit ? Et dit ?
- Euh...
- Non !
Je me suis attelé à la confection du dîner.
Il y a des moments comme ça, dans la vie de famille où l’idée d’être transparent, voire invisible, semble plutôt une bonne idée…
Mais l’idée de jeter en douce certains DVD ne semble pas si mauvaise non plus…
06:42 | Commentaires (8)
lundi, 20 janvier 2014
Mal armé...
Ce matin, l’oreille frappée par un commentaire, l’œil attiré par une petite annonce et la cervelle occupée par des pensées indignées, je ne peux m’empêcher de faire des rapprochements dont je m’empresse de vous faire part, lectrices chéries, afin de susciter chez vous ce sursaut d’indignation qui vous va si bien et vous maintient en forme.
« Le succès de la lutte contre le chômage passe par un niveau de formation élevé. »
Quelque chose me laisse toutefois rêveur.
« Cherche ingénieur, niveau bac+5, vous serez à la tête d’une équipe de 5 personnes et aurez en charge l’étude et le développement de systèmes dans le domaine de l’avionique. 35/42 k€/an »
« Avec une moyenne de 1,3 but par match, Bidulovic, 23 ans, entre dans la légende et vient de rejoindre le club de … pour un salaire de 14 M€ par an net d’impôts. »
Bon, vous connaissez mon amour modéré pour le sport mais je me demande si je n’ai pas commis une erreur tragique en devenant ingénieur.
Et encore, j’ai eu la chance de travailler à une époque où celui qui aurait osé proposer des salaires aussi minables à un ingénieur aurait été giflé…
Pourtant, quand j’avais quelques mois, années, décennies de moins, j’avais l’œil vif, la jambe fine et musclée, la cervelle pas encore embrumée par des bêtises comme Ophélia, La divine comédie, la loi de Lentz, la constante de Planck, La mort des amants, les quatuors Rasumovski ou les équations de Maxwell ou Hamilton, j’aurais pu, j’en suis sûr, être footballeur.
Bon, ça n’a évidemment pas que des avantages, j’aurais pu me retrouver marié avec Nolwenn…
Et puis, je dois avouer que rien que l’idée de me taper des matinées entières à arpenter un stade à petites foulées sous les engueulades d’un entraîneur caractériel et aller courir comme un cinglé pendant quatre-vingt-dix minutes une ou deux fois par semaine sous les huées d’une foule de lascars qui ne sont jamais contents tandis que des centaines de milliers d’autres, avachis sur leur canapé avec une bière dans une main et une poignée de cacahuètes dans l’autre expliqueront doctement à leur téléviseur ce que j’aurais dû faire pour marquer le second but, ça me saoule !
J’aime mieux faire partie de ceux qui ne foutent rien et éteignent la télé pour échapper à « l’analyse » du commentateur.
Quoique…
Finalement…
Ecouter un type qui n’a joué au foot que pendant les matinées stade du lycée donner des conseils à des mecs qui gagnent des fortunes en gagnant des matches a un petit quelque chose de surréaliste qui frise la poésie de Mallarmé…
09:06 | Commentaires (9)
dimanche, 19 janvier 2014
La diagonale du flou...
Hier, Heure-Bleue et moi, sommes revenus de notre promenade parisienne sur les genoux.
C’était le tour d’Heure-Bleue de la jouer nostalgie.
Nous avons donc erré dans le XVIIème, bu un café avenue de Villiers en papotant longuement avec un couple de Kurdes que nous ne connaissions pas et qui venait de s'installer dans le quartier.
La conversation avait commencé avec Heure-Bleue demandant à la dame si les toilettes du café étaient « acceptables ». A continué avec votre Goût adoré prévenant le monsieur que sa fille, une petite fille d’environ quatre ans, était en train de le rouler dans la farine et qu’il ferait bien de se méfier. Nous avons conversé ainsi une bonne heure avec de parfaits inconnus.
Tout cela nous a pris du temps, nous n'avons pas eu le temps de faire des courses, seulement d'acheter une baguette.
Nous sommes revenus à la maison pour nous apercevoir qu’en réchauffant ce qui restait de légumes frais et en le mélangeant avec une boîte de carottes nous aurions les légumes tandis qu’un steak haché pour l’une et une tranche de jambon pour l’autre compléterait le repas.
Ça y est lectrices chéries ! Vous pouvez reprendre un souffle stoppé net par ces aventures palpitantes…
Nous avons alors allumé le téléviseur, histoire d'être au courant de la marche du monde.
Nous avons appris que non seulement nous avions une Première Petite Camarade de Jeux mais que nous allions probablement avoir une Deuxième Petite Amie.
Puis, lassés par les nouvelles plus très fraîches vu qu’on nous les sert depuis une semaine, nous avons attendu en papotant l’émission que nous attendions.
« Echappées belles » nous promettait un voyage intéressant en Israël.
Ô surprise ! Nous avons voyagé en terre tout à fait connue.
Nous avons bien entendu reconnu Tel-Aviv, surtout « kibboutz galuyot » (« le rassemblement des exilés ») rue intéressante où j’ai travaillé quatre ans. Jaffa et le rocher où Andromède était prisonnière – tu ne peux pas nier, Persée… Ouais, bon...- et quelques restaurants où nous avions déjeuné et dîné.
C’était bien, l’effet se faisait déjà sentir à la maison, ce n’était plus l’hiver.
Heure-Bleue commençait à avoir trop chaud et moi à me sentir bien.
Tous deux, quand le voyageur s’est rendu à Akko, que vous connaissez, lectrices chéries sous le nom de Saint-Jean d’Acre, avons ressenti une bouffée de nostalgie.
Mais si, vous savez bien, quand la gorge se serre, comme ça m’arrive parfois quand je pense à tout le temps que j’ai passé à Barcelone ou à Paris. Bref, l’effet des souvenirs, quoi…
Heure-Bleue et moi, donc, avons soupiré en reconnaissant le faux Père Noël, Uri Buri, faisant un cinéma d’enfer alors qu’il fait en réalité la publicité pour son restaurant.
Son restaurant n’a pas changé. Il est probablement plus cher. Il l’était déjà.
Mais vous savez ce qu’il y a de plus beau, à Akko ? Les couleurs. Le bleu de la mer et celui du ciel. Les ciels d’Akko sont des ciels italiens, quasiment vénitiens tandis que le bleu de la mer n’est pas le bleu de la Côte d’Azur mais un bleu profond, océanien.
Et puis, Akko est aussi une ville où, en retournant vers la ville sur quelques centaines de mètres à peine, vous arrivez au « khan ».
Là, vous vous dites, en regardant les arcades de la galerie qui surplombe et entoure la petite place et le puits en son milieu, occupée seulement par le marchand d’oranges « mais bon sang ! Où sont les esclaves ? Et les sultans ? Et la foule ? » Puis ça vous revient et, tel le commissaire Bourrel, vous vous dites « Bon sang mais c’est bien sûr ! »
Eh oui, lectrices chéries, vous vous apercevez soudain que vous êtes au milieu d’un tableau de Delacroix.
Aller si loin pour se retrouver au Louvre…
10:18 | Commentaires (5)

