mercredi, 27 novembre 2013
Notre prison est un royaume...
Hier, je suis allé me balader à Paris.
Il faisait finalement une température supportable. Plus en tout cas que ce que laissait entendre la page d’ouverture de mon navigateur.
D’autant plus supportable que vers les Tuileries, l’atmosphère était chauffée par les cars de police attendant les manifestants avec l’impatience du grand sportif avant l’épreuve.
Ce fut une journée de papotages, de balade et d’embouteillages particulièrement carabinés.
Au retour, je suis allé voir Merveille, rejoint bientôt par Heure-Bleue.
De Merveille on peut dire « malade peut-être, chiante sûrement »...
Elle en avait après son père, après moi, après le monde entier.
Avec des passages bizarres.
Dits avec la voix de Marlène Dietrich chantant « que sont devenues les fleurs »...
« Moi, je voudrais seulement vivre ! Vivre ! »
Oui, sur ce ton là.
Renseignement pris, il s’agissait de vivre dans une tente sur la terrasse.
J’avais eu peur...
J’avais raison.
Elle est venue s’asseoir sur mes genoux dans la cuisine.
Son père est passé dans la cuisine pour discuter.
« Ouiiiii !!!! Dès que je suis avec papy il faut que tu viennes voir ! Pas moyen d’être tranquille ! »
Et la voilà partie à pigner... Genre « Ouiiii !!! Je suis poursuivie. J'en ai marre ! Pfff... »
Dites-moi, lectrices chéries, l’adolescence, ça commence vraiment à six ans et demi ?
09:12 | Commentaires (12)
lundi, 25 novembre 2013
Les illusions perdues.
Oui, j’ai choisi ça comme titre parce qu’en ce moment je relis un bouquin de Balzac.
Rendez-vous compte, lectrices chéries, que c’est la première fois depuis le lycée que je lis dans un livre « sapide »...
Depuis cette époque lointaine, vaguement située entre jadis et naguère, je ne l’avais plus entendu ni lu ni dit.
Et j’ai l’impression que ce n’est pas demain que je l’entendrai.
Bon, ce n’est pas pour digresser sur les mérites du lycée en matière de vocabulaire que je vous écrivais.
Non, c’est encore pour une désillusion cruelle qui a frappé hier soir votre Goût adoré.
Heure-Bleue et moi étions languissamment allongé sur la couche conjugale, après une journée bien remplie.
Histoire de faire semblant de nous prendre pour Meryl Streep et Robert Redford, je lui avais lavé les cheveux dans l’après-midi.
C’est là qu’après avoir vainement tenté de faire mousser l’horrible mixture que j’avais versée sur ses cheveux, je me suis aperçu que nous ne voyions pas mieux l’un que l’autre. Voire ne savions pas mieux lire l’un que l’autre.
Je vous donne le renseignement tout de suite, lectrices chéries. C’est peut-être branché de se laver les cheveux avec de « l’après-shampooing », mais non seulement ça ne lave pas mais c’est inrinçable...
Et nous revoici donc dans notre plumard.
- Finalement, ils sont comment mes cheveux, Minou ?
- Pas si mal, moins secs en tout cas.
Ils avaient ce côté encore humide des cheveux mal rincés...
- Ah, c’est mieux alors. Quand je pense à tes cheveux...
- Ah ?
- Oui, tu avais des cheveux magnifiques – soupir...-
Glou-glou – gorgée de petit lait avalée illico par le Goût-
- Et...
- Tu avais des cheveux de Chinois, de jeune Chinois...
Re-glou-glou... –Grande lampée de petit-lait cette fois-.
Et Heure-Bleue d’insister.
- J’avais toujours envie de te passer la main dans les cheveux.
J’ai failli m’étouffer en avalant trop vite ce petit-lait.
- Maintenant tu as des cheveux de vieux Chinois...
Premier renvoi.
- Même pas, les vieux Chinois ont souvent de beaux cheveux...
Elle me regarde de nouveau.
- Ben non, finalement tu as des cheveux de... Ben des cheveux de... Ben de vieux !
Fini le petit lait.
Et c’est là que j’ai constaté que les coups de poignards les plus mortels viennent de nos proches.
« Tu quoque uxoris... » ai-je pensé.
Oui, si je l’avais dit à haute voix elle m’aurait tout de suite reproché d’être pédant.
La prochaine fois je lui lave les cheveux avec du goudron...
08:52 | Commentaires (12)
dimanche, 24 novembre 2013
Alapanim...
Si vous voulez savoir, demandez à Ysa ce ça veut dire.
Hier, Heure-Bleue et moi sommes allés au cinéma.
Nous sommes allés voir « Les garçons et Guillaume, à table ! »
Du coup, lectrices chéries, je peux vous donner une grande nouvelle.
Non, ne vous précipitez pas sur un blog de cuisine ! Ce n’est pas une séance de psy de plus.
Ce film m’a remonté le moral de façon tout à fait égoïste.
Oui ! Ce film montre que votre Goût adoré aurait pu avoir une mère bien plus phagocytaire qu’elle n’était !
Ce qui prouve que le malheur des autres a du bon…
Même si, au confort près, l’ambiance du film avait pour moi un petit air de « déjà vécu ».
Ça m’est apparu dans toute sa lumière quand Guillaume dit à sa mère « Tu avais peur que j’aime une autre femme plus que toi ! »
Ce film m’a permis aussi de constater que j’avais eu une chance insigne d’avoir été envoyé chez les Frères dans la prime enfance, époque précieuse dans ce cas car antérieure au réveil hormonal.
En effet, à la lumière de ce que j’ai vu sur l’écran, si j’y avais été envoyé à l’adolescence, il y a gros à parier que j’y aurais passé un sale quart d’heure…
Bref, nous avons passé un moment pas si drôle que ça, même si on rit.
J’ai même l’impression, à dire les répliques de Guillaume avant même qu’il ne les dise, que c’est un trait de caractère des mères de garçon qu’être exclusives et jalouses par avance.
On y rit souvent, on y est ému très souvent.
Ce n’est pas tant le milieu où se déroule l’action que les relations entre la mère et le fils qui m’ont captivé.
Le comportement maternel semble être une constante au cours de l’histoire.
Il me semble même que Sophocle avait pressenti puis décrit les graves emmerdements qui attendraient Jocaste.
C’est dire si cette affaire d’amour un poil trop débordant des mères pour leur fils a noirci du papier et impressionné de la pellicule.
Aaaahhh… Lectrices chéries, vous n’avez pas idée de la chance que vous avez de n’être pas des fils…
08:29 | Commentaires (17)
samedi, 23 novembre 2013
La Sécu va enfin faire des économies...
Bon, les dépenses seront immanquablement déplacées.
Vers le budget de l’administration pénitentiaire si j’en crois le dernier verdict rendu dans une affaire criminelle.
Vous savez bien, lectrices chéries, que je suis un grand spécialiste de l’indignation.
Et ce matin, je suis indigné.
Je me disais parfois que j'avais la chance de vivre dans un pays presque civilisé.
Presque parce qu'il subsiste une enclave dans le XXème arrondissement de Paris qui résiste à toutes les tentatives de civilisation...
Presque civilisé disais-je, car j'ai en outre entendu ce matin aux « informations » - le ramassis de faits divers qu’on nous sert comme informations de première importance- qu’un type qui était fondu au noir et reconnu comme gravissimement cinglé par un aréopage de psychiatres venait de plonger pour trente piges.
Alors que depuis des temps immémoriaux, si le fou avait la chance d’échapper aux proches de sa victime, on le mettait à l’ombre dans un asile quelconque où il n’était pas mieux traité qu’en taule mais il était au moins admis qu’un type qui déjantait grave devait être soigné et ne pouvait être puni comme quelqu’un qui a toute sa tête.
Les braves gens qui applaudissent à la condamnation du malade et qui, aficionados du lynchage comme le premier avocat d’extrême droite venu, nous assurent que notre beau pays doit assumer ses racines chrétiennes, devraient justement se rappeler que « sans connaissance, il n’y a pas de péché ».
A écouter les explications de la partie civile on pourrait même penser que la justice a changé de but.
Depuis qu’un président qui s’est rendu célèbre pour avoir voulu « détecter la propension génétique à la délinquance dès la crèche » est passé par là et a transformé le ministre de la Justice en Garde des Sots, le rôle de la justice a profondément changé.
Ainsi que son esprit.
Depuis longtemps, le rôle de la justice était de protéger la société des agissements de certains, de rappeler la loi et de s’attacher à la « récupération » des gens qui s’étaient mis en délicatesse avec la loi.
On dirait bien que la justice est là désormais pour assouvir la vengeance des victimes…
Il semble aujourd’hui qu’il soit loisible de mettre des fous en prison.
Et ça, ça me scandalise.
Je me demande si on va mettre en taule le malheureux tuberculeux qui aura contaminé quelqu’un en éternuant dans un bus.
Après tout, il est coupable, non ?
Surtout qu’en plus c’est souvent un immigré.
Alors, pourquoi se gêner ?
10:16 | Commentaires (6)
vendredi, 22 novembre 2013
Ich bin ein Berliner.
Nicht ein Pariser, hein Liwimy & Liv…
Bon, c’est mauvais mais je ne peux résister…
Avez-vous vu « Kippour », le film d’Amos Gitaï ?
Le début nous dit que chacun se souvient de ce qu’il faisait lorsque les sirènes ont retenti.
Aujourd’hui, c’est le cinquantième anniversaire de la mort de John Fitzgerald Kennedy.
Vous rappelez-vous, si vous étiez nées, lectrices chéries, ce que vous faisiez le jour où Kennedy fut assassiné ?
Je m’en souviens très bien.
J’étais rentré du lycée et je tentais de faire mes devoirs, mes petites sœurs aussi, c’était animé, puis mon père est rentré du travail, il a allumé la radio.
Le temps que « le poste chauffe », c’était un « poste à lampes », nous avons ramassé nos affaires, et débarrassé la table.
Peu après sept heures et demie il y eut un bref silence puis le speaker annonça « on vient de tirer sur le Président Kennedy ».
Mon père nous fit signe de nous taire, ma mère est arrivée de la cuisine, nous avons tous écouté quelques secondes et nous nous sommes précipités sur le palier.
Les S.. étaient déjà dehors et s’apprêtaient à frapper à notre porte.
Nous sommes tous descendus chez Madame B., la seule de l’immeuble qui avait la télévision.
Sa porte était déjà ouverte et nous sommes entrés, avons à peine salué Madame B.
Ses voisins -que ma mère n’aimait pas trop- les M., étaient déjà là.
Toutes les chaises de l’étage avaient été amenées dans la petite salle à manger-salle de séjour du deux pièces aussi minuscule que le nôtre.
Heureusement qu’elle était veuve sinon la pièce aurait été « salle à manger-salle de séjour-chambre à coucher »…
Nous avons regardé les informations dans un silence religieux.
Elles ont duré, duré…
Serge, le fils de notre voisin S. et les deux plus jeunes enfants des M., Martine et Jacky, tout comme mes sœurs et moi commencions à être sérieusement tenaillés par la faim.
Nous avons dû attendre au moins neuf heures et demie du soir pour dîner.
Attendre que Monsieur M, Monsieur S. et mon père aient fini de régler les problèmes qui allaient se poser quand la troisième guerre mondiale allait éclater.
C'est-à-dire incessamment.
Mesdames S., M., B. et ma mère se partageaient déjà les courses à faire.
Il semblait inévitable de stocker pour des semaines, peut-être des années, des pâtes, de l’huile, du riz et du sucre.
J’aurais bien dit de penser au café et au tonneau de vin du père M. mais l’heure n’était pas à la plaisanterie…
09:40 | Commentaires (7)

