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mardi, 22 octobre 2013

Les fées sont têtues...

Hier, c’était lundi. C’est sans importance puisque, sauf mauvaise surprise de la part des organismes de retraite, je suis en vacances jusqu’à la mort.
Ce lundi, donc,  nous sommes allés chercher Merveille à la veille de son départ à Sainte Maxime, histoire de lui reconstituer des forces usées par l’école et l’arrivée de P’tite Sœur. Comme chaque fois, Heure-Bleue tient à emmener Merveille au McDo puis au Monop’, ce qui nous met sur la paille jusqu’en août 2022...
Cette fois, il a fallu non seulement faire tout ça mais il a fallu prendre le bus jusqu’à la maison. Le premier bus s’est arrêté. J’y suis monté un instant. Et en suis redescendu, chassé par une puissante odeur de vomi. On a eu de la chance, ça a rendu le bus suivant gratuit...
Merveille tient toujours à s’asseoir sur mes genoux. Je conçois bien qu’elle soit gagnante dans cette affaire. Comme elle le dit elle-même « Il y a plus de place sur tes genoux, et ton pull est tout doux ». C’est plus pratique pour un câlin.
Enfin, je la crois, je n’ai pas l’expérience de la chose, mon grand-père n’avait pas de pulls en cachemire et n’était pas très branché câlins de petits-enfants.
Arrivés à la maison il m’a fallu m’atteler à la cuisine. Heure-Bleue voulait des « encornets à la Le-Goût ». Un travail de romain. Merveille voulait un truc que seul papy pouvait concocter. Papy n’avait rien. Il a dû inventer. Il a inventé un truc qui la rendrait diabétique en trois semaines.
Et chacune voulait bien sûr être entendue la première.
J’ai cédé à Merveille, j’ai une longue habitude d’Heure-Bleue. Elle est malgré tout plus patiente que Merveille. Oui, le « gimmick » favori de Merveille ces temps-ci est « Paaaapyyy... Tu ne peux pas faire plus viiiite ??? »
J’ai donc ouvert une boîte de lait concentré sucré, un paquet de gâteaux et ai expliqué à Merveille le but du jeu.
- Tu trempes le gâteau dans la boîte de lait. Et tu fais attention à ta chemise...
- Ce n’est pas une chemise, c’est un « petit haut » !
- Bien... Tu fais quand même attention à ne pas tartiner tes habits.
Je me suis mis à la préparation des encornets. Les bestioles « épluchées », vidées, coupées en dés, je me suis mis à la préparation des légumes.
- Papy ? Je peux t’aider ?
- Oui Beauté, tu peux, qu’est-ce que tu veux faire ?
- Quand tu as fini d’émincer les oignons, je pourrais les mettre...
- Bien sûr !
- Tu n’a pas lavé les oignons ?
- Non, pourquoi ?
- Les oignons, ça me fait pleurer.
- Eh bien je les mettrai moi-même, si on lave les oignons ils perdent la moitié de leur goût.
- Ah Bon ?
Et elle est passée à autre chose. Elle est allée voir Heure-Bleue qui lui a montré le livre qu’elle a acheté sur une brocante.
Un livre de fées.
Et voilà mes deux fées en train de choisir quelle fée chacune veut être.
Et le choix est délicat. Il y a une fée rousse. Merveille a décidé que ce serait Heure-Bleue. Elle, elle veut être Aurore, une fée aux doigts de rose...
Et chacune de défendre sa position avec acharnement.
Heure-Bleue a improvisé des tas d’histoires de fées. Elle est douée pour ça.
Elle m’en a raconté des histoires. De sac à main surtout. Et de mules Rossetti.
Et elle n’en démord pas plus que Merveille de ses désirs.
Quand je vous dis que les fées sont têtues...

dimanche, 20 octobre 2013

Le verbe alizé...

Bon, lectrices chéries, sous l’avalanche de remarques envieuses à l’endroit d’Heure-Bleue et admiratives à mon endroit –sauf une dont j’ignore les raisons du courroux-, il me faut quand même rétablir un minimum de vérité.
Ce n’est pas que je sois un parangon de vertu mais on n’est jamais à l’abri d’une mise au point inopinée de la lumière de ses jours. On ne sait jamais.
C’est vrai, je sais coudre. Mais je ne me décide à le faire que quand Heure-Bleue râle parce que je ressemble à un clochard pour cause de chemises trop échancrées ou autre motif genre accroc.
Il y a aussi le jean dont le bas s’effiloche sévèrement à force de racler le trottoir.
Quand ça rappelle un peu trop la tenue de Davy Crockett, mais au dessous des chevilles au lieu du milieu du torse, je m’y colle.
Il y a aussi le cas délicat d’une Heure-Bleue qui, à me voir jouer avec la machine à coudre de Manou, insiste pour que je lui fasse un coussin.
Je peux la faire patienter, mais pas aussi longtemps que je le souhaiterais, genre dix ans.
Donc, je joue avec la machine le temps de faire ce coussin.
Il en va de même avec le bricolage.
Peindre ? Pas de problème.  Je pars acheter la peinture.
Chemin faisant, je vois des tas de choses à acheter, elles serviront. Aucun doute là-dessus. Le temps de m’arrêter dans un café, de boire un express serré, de lire un article sur le journal qui traîne sur le comptoir, et hop ! Je reviens avec des trucs, mais pas la peinture.
J’y retournerai demain. Puis après-demain car demain j’aurai oublié d’acheter le pinceau, alors...
Je finis par faire les choses. Honnêtement, ce qui me décide c’est plus souvent une dispute avec la femme de ma vie que l’envie de me débarrasser des tâches.
J’ai fort heureusement renoncé depuis longtemps à la pose du papier peint. Ça tournait, lors des rares tentatives, au numéro de cirque pour amuser les enfants. Le lé, mal posé, légèrement en biais, rechigne à tout essai de le remettre droit. Puis, il se déchire. Lors du rattrapage, se décolle d’un coup, généralement du haut et me coiffe, m’inondant les cheveux de colle. Ça a eu au moins l’heureux effet de faire rire Heure-Bleue. Je fus du coup dispensé de pose de papier peint. La peinture est dangereuse, mais pour mes habits, j’ai assez rapidement compris qu’on peut plus aisément changer de pantalon que de plancher...
Et il en va de même pour toutes les petites choses qui semblent susciter l’envie de bazarder votre camarade de vie pour vous offrir ce bijou ménager qu’est selon vous le Goût, du moins si j’en crois vos commentaires.
Il est vrai que j’aime faire les courses, j’adore traîner dehors, je suis un voyageur. A rayon d’action réduit aujourd’hui, hélas...
Mais si faire la cuisine m’amuse, je la fais nettement moins bien qu’Heure-Bleue.
Il est vrai qu’elle bénéficie ( ?) de trente-huit ans d’entraînement, elle...
Quant à la vaisselle, il m’arrive de la faire avec un peu trop d’enthousiasme. Ça coûte en verrerie.
Mais je la fais parfois avec trop peu d’enthousiasme. Et là, les assiettes du repas suivant, sont diversement appréciées quand elles collent aux doigts.
Gardez donc vos moitiés, lectrices chéries. Je ne vous en voudrai pas.
D’autant moins qu’Heure-Bleue n’a pas l’âme matrimoniale partageuse.
Je crois vous avoir déjà parlé de ce côté panthère qui plaît tant au début et rend méfiant plus tard.
Et cette panthère douche ma joie d’avoir écrit cette note d’un « ça ne prend plus, Minou, ça ne prend plus... »
Il faut dire qu'en quarante-deux ans, j'ai dû recoudre quatorze boutons, faire sept ourlets de pantalon à tout casser et cousu un coussin que, s'il n'y avait pas eu la machine, elle attendrait encore.
Comptez bien, ça fait un bouton tous les trois ans, un ourlet tous les six ans, un coussin tous les quarante-deux ans.
C'est sûr, ce n'est pas la productivité allemande...
Et je n'ai pas repeint les vingt-et-un endroits où nous avons vécu.
J'aime bien mieux faire les bidouilles minutieuses qui m'intéressent.
Là, je peux même être très adroit...

 

De fil en aiguille...

Oui Lakevio, je couds.
Et ce n'est pas, contrairement à ce que pense une commentatrice amatrice de tournevis, parce qu'Heure-Bleue ne sait pas se servir d'un tournevis -elle ne sait d'ailleurs pas- mais parce que je vois plus clair qu'elle -elle a de très beaux yeux, hélas pas très fonctionnels...- et que je sais coudre.
Ma mère cousait très bien et aimait ça.
Donc je sais coudre.
Ergo je couds. 
Rarement pour Heure-Bleue car elle fait attention à ses affaires et pas moi.
Je couds si je veux avoir des boutons aux chemises.
Je couds si Heure-Bleue ne veut pas avoir de trous aisément visibles à l’échancrure de ses corsages.
Eh oui ! Pour que tout ceci soit mené à bien il faut que je couse !
Oui, lectrices chéries, il faut que je couse, du verbe coudre, cauchemar du troisième groupe !
Les Anglais, pauvres couillons, s’imaginent cadors de l’emmerdement de la conjugaison avec leur liste miteuse de « verbes irréguliers ».
Nous, réels cadors de la conjugaison périlleuse, avons inventé quelque chose d’autrement redoutable.
Non, nous autres Français, précis et nuancés, n’avons pas de verbes irréguliers.
Nous nous contentons d’un groupe à part...
Le troisième groupe...
Oui, lectrices chéries ! Imaginâtes-vous quelque chose de plus érotique que le verbe frire ou apparoir - qui n'a que deux locutions ? L'infinitif et la troisième personne du singulier de l'indicatif présent ?
Bref, dans les débuts d’une liaison que j’espérais naïvement sans nuage, peuplée uniquement de câlins, de mots doux et d’acquiescements à mes moindres demandes, demandes qui ne concernaient que rarement ma mise ou les repas, vous savez bien, lectrices chéries, ce que sont les débuts.
Tout, donc en ces débuts allait bien...
Tout le monde sait que vivre dans le péché est une des choses les plus délicieuses qui soient.
Oui, lectrices chéries, virez le péché et vous verrez comme la religion est emmerdante...
Dans ces débuts, donc, on me regardait comme si dieu soi-même avait atterri dans le pigeonnier où nous vivions.
Ça ne dura pas hélas.
Les défauts d’une fabrication de qualité douteuse frappèrent les chemises de votre Goût adoré.
La négligence de votre Goût, pour indispensable qu’il soit, frappa itou.
Résultat ? Les boutons des chemises s’envolèrent au gré de la brutalité du déshabillage courant chez le jeune homme épris.
C’est là que la perversion de l’éducation des jeunes filles, polluée par un modernisme de mauvais aloi me laissa fort marri.
Après avoir épuisé le stock, maigrelet le stock, de chemises, il m’est venu une idée qui apparut rapidement saugrenue : faire réparer les dégâts de la passion.
J'ai tenté, saisi d’une témérité folle, de demander à une Heure-Bleue, à l’époque en pleine possession de ses moyens -cheveux roux, peau diaphane, yeux verts, frisés les cheveux, immenses les yeux- , de recoudre un ou deux boutons.
Elle usa, quant à elle, de tous ses moyens -cheveux roux, peau diaphane, yeux verts, frisés les cheveux, immenses les yeux-. Bref la totale. Pour me pousser à les recoudre moi-même. Elle y parvint.
J’ai plus tard, tenté de lui demander de façon plus insistante de me recoudre un bouton de chemise.
C’est là que, plutôt qu'avouer qu'elle ne savait pas coudre, elle a préféré me jeter une phrase du genre  « Dis donc, Minou ! Ta mère, elle ne t'a pas fait des bras ? » 
Le truc qui vous coupe l’envie de demander même l’heure. Fut-elle bleue...

 

PS: Grâce à Manou, grand-mère de Merveille et mère de JJF, je sais même me servir d'une machine à coudre. Pour les ourlets, c'est top.

samedi, 19 octobre 2013

Je ponce donc j’essuie...

Vous vous demandez souvent, lectrices chéries, comment votre Goût préféré s'y prend pour tartiner autant sur des choses sans aucun intérêt.
Eh bien, il suffit que me vienne à l'esprit une de ces corvées dont les femmes ont le secret dès qu'il y a un changement de nid...
C'est là que les emmerdements commencent.
Et je vais devoir m'y coller tout à l'heure.
Le sort me préserve de devoir faire des trous dans ces p... de murs plus durs que le regard d’Heure-Bleue quand je laisse traîner mes affaires.
Le sort ne semble pas enclin à m’écouter.
Et pourtant, je sens venir l’obligation d’y planter des chevilles.
En plus elles ne seront jamais à la bonne place.
Trop haut pour que « ce soit la bonne hauteur » selon Heure-Bleue.
Trop bas pour « que ça fasse joli » selon la lumière de mes jours.
Je sens donc venir des après-midi épuisants, faits de tentatives vaines, de perceuses à tenir droit, de poussière à ramasser, de trous à reboucher.
De quelques remontrances parce que la panthère qui habite avec moi, oubliant que c’est elle qui me guide, n’est jamais satisfaite.
Elle me guide à coups de conseils « Plus haut », « plus bas », « un peu plus à droite », « un peu plus à gauche », « non, là c’est pas bien »,  « là, oui là c’est bien ».
A quoi pensez-vous donc, lectrices chéries ? Hmmm ?
Oubliant donc que c’est elle qui me guide, elle remarquera d’abord et avant tout la poussière, dégât collatéral de l’imprécision de ses desiderata.
Puis, le –peut-être – dernier trou à peine percé, le foret même pas à la bonne profondeur dans le mur, mon ( ?) Heure-Bleue entamera le refrain que je connais déjà par cœur : « Quand est-ce que tu me bouches le trou, Minou ? Je ne vais pas pouvoir tenir longtemps comme ça ! »
Oui, Heure-Bleue est championne du monde de l’injonction à double sens.
Ce qui ravit généralement nos invités.
Invités d’autant plus ravis qu’elle a l’air étonné d’un chaton quand elle demande « qu’est-ce qu’il y a de drôle ? » et clôt le débat d’un « Franchement, vous ne pensez qu’à ça ! » consterné.
Bref, une fois les trous inutiles rebouchés, l’enduit posé et sec, il va falloir poncer jusqu’à ce que le mur recouvre son état originel.
Et le pire, essuyer par terre.
Vous avez déjà tenté, sans aspirateur, ce qui est aussi bien car un aspirateur plein de poussière d’enduit est un aspirateur bientôt mort, d’essuyer la poudre plus que pulvérulente résultant du ponçage d’enduit ?
Ecoutez l’avis de celui qui est déjà tombé dans le piège : Evitez de commettre l’erreur tragique de tenter le chiffon humide qui, sur du plancher brut, vous permettra de transformer une partie de la pièce en zone blanchâtre qu’on ne parvient à nettoyer qu’au bout de quinze ou vingt ans...
Quand ça vous est arrivé, vous savez pour la vie entière qu’il faut protéger le sol avant de tenter quoi que ce soit.
Le mieux c’est de scotcher du papier en forme de vasque sous l’endroit à poncer.
Comme ça, il ne vous reste qu’à fermer ce cornet avec du scotch® pour être débarrassé du problème.
Débarrassé du problème ?
Que vous croyez, hélas, naïves que vous êtes, lectrices chéries !
En effet, une fois fixés les pièces d’accrochage des tringles à rideau, vous apprenez avec stupeur que « finalement non, on va les mettre plus haut ».
Juste avant que son mari-portefaix-plombier-menuisier-homme-à-tout-faire ne se précipite sur son Armide avec une lueur meurtrière dans l’œil qui lui reste, douce moitié avance « Euh... Oui... Les rideaux sont trop longs et je ne voulais pas qu’en plus tu fasses un ourlet mon Minou... »
Genre « ça ne se voit pas mais je prends quand même soin de toi, qu’est-ce que tu crois. »
Vous voyez à quoi peuvent vous exposer des idées de rideaux ?
Enfin, j’espère que je vous aurais au moins démasqué le piège perfide de l’enduit...

mercredi, 16 octobre 2013

T'as d'beaux yeux tu sais...

Comme je ne savais pas quoi faire en attendant que les cartons s’ouvrent tous seuls et que leur contenu aille de ses petits pieds se ranger de lui-même là où ça va bien, je me suis mis à rêvasser.
Le chat des voisins intéressait Heure-Bleue.
Il a fait comme moi chez Heure-Bleue.
Il s'est installé sans prévenir, mine de rien, comme s'il était chez lui...
J’ai engagé la conversation avec la maîtresse du greffier  dotée, elle d’yeux moins clairs que ceux du greffier mais d’une nuance de bleu assez intéressante. Des « zyeuxbleus », quoi...
En regardant « la pluie d’hiver, sur les carreaux », frapper ses gouttes d’eau -De rien, Mab, ça va te trotter par la tête toute la journée...- je me suis rappelé ma première rencontre avec des yeux qui n’étaient pas bruns.
C'est en octobre 1952 que je suis entré à l'école pour la première fois de ma vie...  
Le nouveau logement dans lequel mes parents, après des mois d’errance d’hôtels en « garnis », avaient réussi à emménager début 1949 était situé au quatrième étage d’un immeuble assez lépreux proche de la Porte de Clignancourt. Ma mère avait du mal à accepter la population environnante et d’ailleurs ne l’accepta jamais. Mon père, quant à lui, étant né et ayant grandi en Algérie, une forte densité « d’Arabes », comme on disait à l’époque, dans les rues avoisinantes ne le gênait pas outre mesure.
Trois ans s’écoulèrent ainsi, calmement, du moins pour moi. Au cours de ces trois ans, j’avais vu arriver deux sœurs.
D’autres épisodes cauchemardesques à consoler, sans doute…
Suite aux conséquences de ces consolations, le logement passa du statut déjà peu enviable d’exigu et habité à celui désolant de minuscule et surpeuplé.
C’est pourquoi je vis arriver avec ravissement le moment d’entrer à l’école maternelle, moment auquel ma mère m’avait préparé depuis au moins un an. Il faut dire qu’elle était intéressée à la chose, toute place libérée dans le logement était bonne à prendre, tout comme l’occasion de se libérer de l’obligation permanente d’avoir des yeux dans le dos. Surveiller trois enfants en bas âge mais assez grands pour se faufiler partout, que ce soit en marchant ou en rampant, n’est pas de tout repos. Avec cette rentrée à l’école maternelle, j’arrivais enfin en un lieu où j’avais un peu plus de place qu’à la maison.
Et surtout, oui surtout, il y avait d’autres enfants que ma grande sœur qui me martyrisait car c’est le travail des aînés de martyriser leurs cadets et mes deux petites sœurs qui me cassaient les oreilles en piaillant le jour et la nuit.
Mes parents, ma grande sœur et mes deux petites sœurs, l’une était très brune, l’autre très blonde et la grande châtaine avaient, comme moi, des yeux très sombres et une peau mate.
J’ignorais totalement que la couleur des yeux pouvait être différente du marron que je voyais tous les jours, tant dehors qu’à la maison car dans la rue où nous habitions, près de la Porte de Clignancourt –qui sera un repoussoir et dont la population restera  l’exemple de ce qu’il ne faut surtout pas devenir selon mes parents- il n’y avait pratiquement que des Algériens arabes, pas de Kabyles.
Dès mon arrivée à l’école je me vis assigner par la maîtresse une place à côté d’une petite fille. Elle s’appelait Malika et je ne pouvais détacher mon regard de son visage.
C’était la première fois que je voyais des yeux autres que des yeux bruns et les siens me semblaient extraordinaires. Ils étaient bleus ! Je les trouvais magnifiques et les regardais à la moindre occasion tant ils me semblaient beaux. Bien plus beaux que ceux de mes sœurs ou les miens. Ils me paraissaient même plus beaux que ceux de ma mère ! C’est dire à quel point j’étais impressionné.
Ce qui me paraissait une particularité aussi rare que merveilleuse entraîna chez moi un bouleversement qui me plongea dans un abîme de perplexité. C’était la première fois que je me surprenais à aimer quelqu’un qui n’était pas de mes proches. Cette affection pour une petite fille qui n’était pas une de mes sœurs était une bizarrerie qui n’avait pas fini de m’étonner.

Me voici donc assis à côté d’une petite fille aux cheveux aussi noirs que les miens mais frisés et aux yeux bleus. Ces yeux qui me feront me cogner dans les portes.
J’adorais grâce à elle, entrer en classe après la récréation, ce qui aura un effet bénéfique pour la suite de mes études.
Nous devions, à la fin de la récréation et dès l’appel de la maîtresse, nous mettre en rang par deux et, ô joie pour moi, donner la main à notre camarade pendant que nous rentrions.
J’étais toujours à côté de Malika pour entrer en classe et j'adorais lui tenir la main. En classe j'étais encore assis à côté d'elle à une de ces petites tables à deux places avec un petit banc attaché et je détestais lui lâcher la main. Heureusement pour moi, elle aussi.
Cette « romance » ne dura hélas qu’un peu plus de deux ans. L’enseignement de l’époque, qu’il soit public ou privé, avait l’habitude d’instaurer une sévère ségrégation entre les filles et les garçons dès le CP.
Cette pratique a mis fin brutalement, j’en suis sûr, à nombre d’amourettes qui avaient pris naissance sur les bancs de l’école maternelle.