vendredi, 14 septembre 2012
La vie n’est peut-être pas un long fleuve tranquille, mais quand même…
Aujourd’hui, c’est vendredi, c’est pas raviolis c’est digression.
Et je vais me mêler, comme d’habitude, de ce sur quoi je devrais me taire.
Pour tout dire, sur les commentaires que vous laissez, lectrices chéries, chez Heure-Bleue ou votre serviteur.
Je crois que nous ne nous sommes pas assez ennuyés au cours des quarante dernières années.
Il en ressort que nous sommes –peut-être- amoureux, mais surtout que nous sommes un peu cinglés.
Eh bien en fait, il faut que je vous dise une chose.
Heure-Bleue fut quelqu’un de très sage –du moins le prétend-elle – jusque vers dix-huit ans, âge où elle abandonna le domicile familial, un peu trop animé à son goût, pour une piaule au Quartier Latin.
Elle dit aujourd’hui qu’elle est cinglée, mais il faut bien voir qu’elle partait dans la course à la plus grosse bêtise avec un handicap sérieux.
Elle ne pouvait pas rattraper quelqu’un qui s’était élancé dès l’entrée en primaire dans d’énormes âneries.
Vous pensez bien qu’elle ne pouvait que tenter de suivre, sans jamais le rejoindre, le fougueux siphonné.
Tant qu’elle courait, elle ne pouvait pas réfléchir.
Tant qu’elle ne pouvait pas réfléchir, elle ne pouvait pas se poser de questions dangereuses sur la finalité de la course.
Tant qu’elle ne se posait pas de questions, ça évitait les réponses.
Et c’était toujours ça de gagné !
Des années gagnées !
Bon, aujourd’hui on court moins vite, mais comme on ne réfléchit pas plus.
D’ailleurs on a une autre bêtise en vue.
Mais non, on ne va pas faire un bébé…
14:20 | Commentaires (8)
jeudi, 13 septembre 2012
Va voï ma fils !
Heure-Bleue n’est pas encore arrivée mais il y a suffisamment de travail pour que son absence soit –tout juste- supportable. Et puis il fait beau alors qu’à Paris le temps est gris et pousse à se jeter dans la Seine. Mais ça ne va pas sans inconvénient. Au bout de trois à quatre semaines, quand vous allez à la fenêtre au réveil, vous regardez le ciel et vous finissez par vous dire « M… ! Il fait encore beau ! ». Rassurez-vous, ça ne dure pas et on s’y fait très vite. Près de la maison, il y a des boutiques ouvertes entre sans arrêt et tout le temps. Vous manquez de cigarettes ? Vous descendez la rue Bograshov jusqu’à la rue Pinsker et un peu après le coin, une boutique vend à peu près tout. Du Coca-Cola au jeu de cartes en passant par les gâteaux et les cigarettes. Du moment que vous y allez avant trois heures du matin, ça va.
Ces années là, avant la seconde Intifada, ce pays avait encore une caractéristique intéressante : un enfant pouvait traverser Tel-Aviv à pieds en pleine nuit sans risquer autre chose qu’une engueulade de ses parents.
La violence ne s’exerçait que sur le terrain militaire. Les choses se sont gâtées par la suite avec l’arrivée d’une nouvelle aliyah massive de Russie.
L’achat d’un petit bouquin, de longues discussions avec Mommy le matin et avec les gens de la boîte pour se faire expliquer les arcanes de la langue permettent de ne pas parler comme un zyva. Un juron dont on peut savourer la classe revient souvent dans la rue. Les automobilistes semblent partout les mêmes, du coup « ben zona » résonne souvent et permet des échanges parfois musclés. Mommy me renseigne, « ben zona » égale « fils de pute ».
Ce qui explique des réactions parfois vives mais qui ne vont que très rarement jusqu’aux coups. Il est surprenant par exemple, parce que ça tournerait au meurtre de masse à Saint Denis, de voir des soldats armés de leur fusil, se disputer comme des chiffonniers, puis se lever, accrocher leur fusil à la patère de Mommy et s’accrocher, prêts à se coller des baffes, se pousser puis se calmer et demander des cafés.
Comme partout ailleurs, on peut remarquer que l’uniforme de ces soldats n’existe qu’en deux tailles : trop grand et trop petit.
En revanche, vous qui me connaissez un peu, vous ne serez pas surprises, lectrices chéries, de l’intérêt –esthétique bien sûr, seulement esthétique- que je porte aux petites soldates.
Et parmi les choses intéressantes à remarquer –mais non, pas que ça- il y a justement l’uniforme. Il est certain que leurs mères ont prêté la main à la transformation genre « fashion victims » de leurs filles.
Il y a notamment cette jeune fille -les filles font leur service de dix-huit à vingt ans- dont la chemise « blouse » élégamment sur un pantalon collant à souhait –elles peuvent encore…- retouché façon « pattes d’eph » dont les « pattes d’eph » sont fendues et équipées de revers qui dévoilent à chaque pas des volants en liberty du plus bel effet.
Faites ça en France et vous allez au trou pour dégradation du matériel administratif…
11:26 | Commentaires (9)
mercredi, 12 septembre 2012
L’exil.
Reprenons donc le fil de ce récit décousu.
Bon, je dis l’exil, j'exagère, il manque les gémissements.
L’exil si tu gémis pas, c’est pas l’exil, c’est rien que du tourisme…
Il y a une chose extraordinaire, enfin pas qu’une, dans ce petit pays où on compte plus de musiciens que de public et accessoirement équipé de trois millions de premiers ministres –il suffit de les écouter parler de la situation internationale- , c’est que même ceux qui y sont nés se sentent soit exilés, soit enfermés. Du coup, des gens que vous croisez pendant quinze jours disparaissent de la circulation pendant un mois. Vous demandez s’il leur est arrivé quelque chose et on vous dit que non, limite ils sont partis chercher du jambon à Paris.
Ils sont partis, ils partent, ils vont partir.
Parmi les conséquences curieuses de cet atavisme de la fuite, il y a ces vols Paris-Tel-Aviv qui sentent la charcuterie, le saumon fumé et le camembert.
Tout ça mélangé à des parfums hyper sucrés et entêtants car la « shalala » se parfume à pleins seaux de fragrances redoutables.
Ça ne paraît pas mais Poison ou Shalimar au lait cru, honnêtement, ça arrache.
Finalement, ces vols constituent un excellent entraînement pour les trajets boulot-maison en transports en commun.
Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais ces trajets sont toujours riches en senteurs épouvantables…
Toujours est-il que nous avons décidé de recommencer notre vie ailleurs.
Vers un ailleurs riche de promesses. Surtout riche de promesses d’ailleurs.
Mais ne nous plaignons pas, le gîte est assuré, la rémunération est plus qu’intéressante, le climat me plaît et l’appartement est agréable.
Si mon père qui, vit le jour près d’Oran, avait été là, il aurait fallu dix flics pour le sortir du pays.
Le matin, quand la main géante allume le ciel d’un seul coup, je prends l’habitude d’aller prendre mon café chez Mommy, à la terrasse, en contemplant le ciel sans nuage, lisant l’International Herald Tribune ou Haaretz (l’équivalent de Libé en Israël) et regardant la mer au bout de la rue Bograshov.
Il est tôt et j’ai le temps, la boîte n’ouvre que vers neuf heures, et j’ai un quart d’heure de marche par la rue Allenby.
Bon, j’y vais souvent en taxi car je suis fainéant comme une couleuvre.
J’ai été dénoncé auprès d’Heure-Bleue par un Russe.
On ne peut pas faire confiance à un Russe.
Je vous parlerai plus tard de la vodka locale, que « c’est plutôt une boisson d’homme » comme disait Lino Ventura dans « Les tontons flingueurs ».
19:00 | Commentaires (8)
dimanche, 09 septembre 2012
Tu ne peux pas nier, Persée !
N’exagérons rien, il y a quand même des choses stables dans la vie d’Heure-Bleue et du Goût-des-autres.
D’abord une curiosité insatiable pour ce qui se passe ailleurs que chez nous et dans notre beau pays.
Ensuite une propension à faire des bêtises qui ne semble pas près de nous quitter.
Enfin une heureuse nature qui nous permet de prendre les aléas de la vie avec le flegme qui sied à ceux qui viennent de tout perdre mais à qui il reste l’idée de se dire « la prochaine fois …»
Vous êtes donc en présence d’un de ces couples de légende, constitué d’une Andromède qui a mal aux pieds et d’un Persée qui perd ses pièces…
Mais bon, du moment qu’on à l’espoir de déménager et que l’occasion de faire des âneries nous sera sans aucun doute donnée, tout va bien.
Nous vivions dans l’angoisse que Persée perde son rein ?
Nous vivrons dans l’espoir qu’Andromède puisse se faire réparer le pied droit !
Parce qu’il n’y paraît pas, mais ne pas pouvoir aller traîner à la recherche d’une dépense qui excède nos capacités de financement nous tue le moral à petit feu.
L’été, Andromède –plus connue sous le nom d’Heure-Bleue- et Persée –plus connu sous le nom du Goût-des-autres- sont trop souvent punis de Paris pour cause de pied endolori.
L’hiver, les mêmes sont punis de Paris par la frilosité de Persée qui a bien du mal à respirer dès que la température est inférieure à 15°C.
Il est temps de vêtir l’un et de réparer les pinceaux de l’autre sinon nous allons vivre reclus.
Et ça, c’est dramatique. Nous n’avons comme seule vaisselle digne d’une dispute que le service en porcelaine de Bavière de la mère du Goût. Et il y tient un peu quand même, à part les vacheries qu’elle a distillées à l’encontre d’Heure-Bleue pendant trente-cinq ans –elle a commencé dès de début- ce service est tout ce qui lui reste de sa mère.
Pas question donc de rester enfermés, le Goût et sa moitié finiraient par se battre à coup d’assiettes. Et, à nos âges, on cicatrise moins bien.
Et quant aux réconciliations, sachant qu’il n’y a qu’un pas du sublime au ridicule, surtout un faux-pas, il importe d’être extrêmement prudent.
Or, connaissant l’état des pieds d’Heure-Bleue et la maladresse légendaire du Goût, la méfiance est de rigueur…
09:12 | Commentaires (13)
vendredi, 07 septembre 2012
En route vers de nouvelles aventures.
A la demande générale de trois lectrices chéries qui insistent pour que je ne commence pas à piocher comme un fou n’importe où dans le jardin de notre existence, à Heure-Bleue et moi, je me remets au début de cette passionnante aventure qu’est un redémarrage total de notre vie.
Après tout, la stabilité étant la mère de l’ennui, il faut bien faire des bêtises de temps à autre, si ce n’est régulièrement.
Histoire de donner à l’existence le rythme trépidant qui la rend intéressante.
Fort d’une position de cadre dit « III B » dans une multinationale, je profite d’une ancienneté importante, de bonnes relations avec la « direction des ressources humaines » et surtout de la direction financière pour laisser tout tomber parce que je vais au boulot à reculons depuis trop de temps. Je m’ennuie profondément avec des gens qui passent leur temps à éviter de faire quoi que ce soit d’un peu marquant ou créatif pour ne pas se faire remarquer. Vous vous rappelez le slogan de Hewlett Packard ? « Invent ». Le leur était plutôt « Don’t invent ! ».
Bref, je m’ennuyais ferme au travail pour la première fois depuis vingt et quelques années.
Ayant eu vent d’un programme d’aide à l’installation, je sautai sur l’occasion pour me lancer.
La législation étant particulièrement favorable et les entreprises nettement moins pingres qu’aujourd’hui, je profitai grassement en démissionnant d’un pactole.
Ça ne paraît pas, mais une ancienneté de vingt-cinq ans, les congés payés, les « jours de cadre », les « jours d’ingénieur » à prendre, six mois de préavis payés et non effectués, le tout non imposable, c’est plutôt pas mal. Ça permet, quand on a une tête de linotte et le goût du risque, de se lancer dans une nouvelle aventure au lieu d’acheter un appartement cash…
Heure-Bleue avait bien parlé de cet appartement, mais l’idée de refaire le coup de « j’ai ma librairie à moi toute seule » la tenaillait. J’avais eu quant à moi le droit à une consultation gratuite de l’expert comptable de la boîte pour lui expliquer ce que je voulais faire. Il était sûr que tout marcherait bien. A quelques détails près sur la répartition des activités sur l'échelle des temps, ça s’est avéré.
Nous achetâmes donc une librairie pour Heure-Bleue puis j’allai donner des sous à l’URSSAF avant d’avoir touché mes premiers honoraires de consultant.
A l’attention de celles qui se demandent ce qu’est un consultant, c’est normalement quelqu’un qui connaît son métier assez bien pour conseiller – pour assez cher- des entreprises qui ont un problème un peu pointu à résoudre.
On appelle aussi hélas « consultant » le joueur de tennis qui n’a jamais pu dépasser les 16ème de finale à Roland Garros et qui vient vous expliquer à la télé ce que devraient faire Federer et Nadal dans le troisième set. L’éventail est large, vous le voyez et recouvre à peu près n’importe quoi, souvent une aptitude au « faire-savoir » plutôt qu’au « savoir-faire ».
Pour en revenir à notre triste condition de pauv’zindépendants, nous voici partis pour de nouvelles aventures. Heure-Bleue vend ses bouquins. Je me rends compte, de mon côté que l’emploi du temps prévu par l’expert comptable est un peu erroné.
Il avait écrit dans le rapport qu’il m’avait gentiment concocté que je devrais consacrer, compte tenu de mon carnet d’adresses, environ 30% de mon temps à chercher des clients, 50% à faire le travail, 10% à l’administratif et le reste en relances diverses.
L’expérience m’a montré que je passe 10% de mon temps à chercher des clients, 30% à faire le boulot et le reste à courir après les sous qu’on me doit. Heureusement quand même, on m’en doit pas mal.
Un jour, alors que j’attendais un gros chèque d’une grosse boîte –ce qui veut surtout dire gros délai-, je reçois un appel téléphonique de quelqu’un qui cherche le Goût. Il a besoin de lui pour ses connaissances dans le domaine de l’optique et du magnétisme.
Bon, ce n’est pas à côté. On me passe le boss de la boîte qui me dit tout de go en rosbif « voilà, j’ai besoin de vous pour un projet, je vous offre dix mille US$ par mois, un appartement, téléphone, électricité et gaz payés. OK ? »
Ma première réponse est « Je suis en cours de mission, je dois terminer. Ce ne peut-être qu’après. ». Et le boss de me dire « même pour dix mille US$ ? ».
Je dois dire que je suis interloqué par son culot et je lui demande « que diriez vous si on me proposait vingt mille US$ et que je vous laisse tomber au milieu de l’affaire ? Ça vous plairait ? Je ne fais pas ce genre de chose. ».
Finalement, ça m’a plutôt servi que desservi. Je pensais que j’en aurais pour un mois ou deux, comme d’habitude. Mais non, il a fallu qu’Heure-Bleue se débarrasse de la librairie, loue un appartement à l’Ours –qui nous reproche de l’avoir abandonné- et attende de voir comment ça se passe avant de me rejoindre.
Je ne vous ai pas dit où je devrai exécuter ce fabuleux contrat ?
En Israël ! Plus précisément Tel-Aviv. La première fois que je m’y suis rendu, je n’avais pas vu à quoi ressemblait la ville vue d’en haut.
Les vols suivants, j’ai pu affiner mon impression. Vous voulez savoir à quoi ressemble Tel-Aviv vu d’avion ?
Eh bien ça ressemble à un tas de commodes renversées avec les tiroirs ouverts…
Heure-Bleue me dit « non ! c’est pas vrai », mais si, c’est vrai…
Mais c'est animé. Il y a des moments où tout vole dans ce merveilleux pays.
Les oiseaux.
Parfois les pierres.
Mais surtout les boutiquiers...
16:47 | Commentaires (12)

