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vendredi, 01 février 2019

Temps plus jeune ? Temps plus vieux !

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Je lisais il y a quelques minutes le commentaire laissé par une lectrice chérie.
Il y était question d’un de ces multiples bidouillages des années soixante.
Permis par la croissance de l’époque et les composants disponibles à foison.
Qu’ils fussent issus des surplus de l’armée ou de lots censément détruits par devant huissier par les fabricants et qui finissaient dans les boutiques comme dans les radios et téléviseurs fabriqués par une nuée de petites entreprises.
Cette commentatrice parlait ainsi d’un « écouteur rose prothèse monstrueusement gros ».
Il m’est alors revenu ce qu’il y avait à l’autre bout du fil de cet écouteur que j’ai encore dans les yeux.
Enfin, dans l’œil…
En réalité dans l’oreille…
J’ai repensé donc à un transistor dont j’ai retrouvé par hasard une pièce dans le bor…azar qui m’accompagne depuis toujours.
Je sais qu’encore aujourd’hui, caché quelque part, il y a encore « OC71 », semi-conducteur au germanium né en 1954 et qu’on trouvait à foison dans des boutiques comme « Radioprim ».
J’adorais cette boutique de la rue de l’Aqueduc, près de la Gare du Nord.
C’était la seule boutique de bidouille en « libre service ».
Avec d’autres élèves du lycée saisis du démon de la bidouille, nous allions y passer un moment avant de rentrer à la maison.
Nous errions dans cette caverne d’Ali Baba et je sais que parmi ce que nous avions en sortant, tout n’avait pas forcément fait l’objet d’un paiement…
Nous n’étions pas des voyous, évidemment.
Mais il y a toujours cette zone grise entre le bandit et le saint, n’est-ce pas…
Cette lectrice chérie a apparemment fait ou écouté une de ces radios crachotantes, « inréglables » et instables, montées « comme le bon dieu à fait les bossus » autant dire, « à vue de nez ».
Ces montages ressemblaient à une pelote de composants, un « nid de pie » dont le désordre empêchait le fonctionnement stable pourtant attendu de montages réalisés par des génies tels que nous autres, gamins du début des sixties.
En fouinant sur le Web, j’ai trouvé une photo de ce qui ressemble la plus à nos tentatives maladroites d’entrer dans le XXIème siècle.
Ça ressemblait assez à ça mais avec des composants moins « modernes ».

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Mais on s’était drôlement bien amusé à faire ça.
Plus tard on a préféré attendre les filles à la sortie de Jules Ferry ou de Lamartine.
Autres temps, autres jeux…

jeudi, 31 janvier 2019

Voyage dans la Lune.

Que je vous dise, lectrices chéries :
Non, votre Goût adoré n’est pas le créateur de cet admirable « J’ai dû m’endormir en sursaut ! » qui semble vous plaire beaucoup.
Il convient donc de rendre à César ce qui appartient au regretté Franquin.
En effet, ainsi se justifiait Gaston Lagaffe, serré par Fantasio ou Prunelle en train de glander aux frais de Monsieur Dupuis.
Cela dit, ce n’est pas de ça que je voulais vous parler de prime abord.
Je voulais vous parler lectrices chéries de l’occasion qui m’est donnée de revivre ce moment passionnant de ma jeunesse.
Et ça ne paraît pas, mais reculer de cinquante ans sans effort est une occasion à ne pas rater.
Un documentaire de CNN Films sort bientôt.
Je me précipiterai  dès qu’il arrivera sur nos écrans.
Ouais, lectrices chéries ! « Apollo 11 » que ça s’appelle !
J’avais vingt ans quand les Etats-Unis ont réussi à envoyer trois types sur la Lune.
Ils ont même réussi à les faire revenir.
C’était émouvant.
Rien que le décollage d’un cigare géant de près de cent-quinze mètre de haut plein de liquides qui ne demandent qu’à exploser dès qu’on les mélange, ça vous avait une de ces gueules !
J’en frissonnais d’émotion.
En plus, à l’époque j’étais encore gentil.
Je veux dire par là que, bien que de gauche, je n’étais pas comme Waldeck Rochet, en train de souhaiter intérieurement l’explosion du monstre au décollage…
Je suis sûr qu’il pensait « Boum ! Trois capitalistes de moins ! » en entendant s’égrener le compte à rebours.
Le voyage dura plus de trois jours. Trois jours de suspense.
Mon père et moi passions du temps devant la radio et, le soir, devant la télé des voisins.
Au café du coin, les querelles habituelles sur la politique avaient provisoirement cessé.
Même « LE » communiste du coin s’était calmé, saluant platement l’évènement d’un « Si les ricains n’avaient colonisé économiquement la moitié du monde, z’auraient pas pu se payer un jouet comme ça ! Fumiers ! »
Nos trois héros arrivèrent enfin sur la Lune.
l’ORTF avait mis les petites caméras dans les grandes.
L’instant fut unique.
Neil Armstrong a mis le pied sur la Lune.
Le silence sur Terre, du moins dans le bistrot resté ouvert pour l’occasion, fut assourdissant.
Même Michel Anfrol s’est tu.
Rien que ça souligne l’importance de l’exploit.
Ceux qui, comme moi ont assisté à l’alunissage du LEM, savent combien faire taire Michel Anfrol, le journaliste le plus prolixe de l’ORTF était une performance…
Donc, lectrices chéries, j’attends ce documentaire avec impatience.
Cette fois, avec la prudence due aux années, je n’aurai pas l’envie de faire une fusée.
Je ne pouvais perdre qu’un œil.
Ce fut fait…

mercredi, 30 janvier 2019

Oh les beaux jours !

Mais où diable ces gosses prennent ils tous ces kilowattheures ?
Eux que j’entends à peine parler habituellement.
Eux que je vois de ma fenêtre avancer lentement vers le collège.
Eux que je sens alourdis par le poids du matelas qu’ils ont abandonné à regret.
Eux dont je vois bien qu’ils ont encore l’oreiller collé dans le dos.
Ces gosses se livrent ce matin une guerre sans merci de part et d’autre de la rue.
Le toit des voitures leur servant de redoute.
Toutes ces munitions glacées volent vers des figures parfaitement réveillées.
Ce matin donc, les enfants sont réveillés, tellement réveillés qu’on aurait cru le dernier jour d’école.
Celui qui précède les grandes vacances.
Je me suis alors levé et ai allumé la radio.
Pendant que le lait chauffait et que je préparais les tartines de la lumière de mes jours, les seuls qui semblaient affolés par la neige étaient les journalistes.
Même Madame Hidalgo trouvait que ça ne s’était pas si mal passé, c’est dire…
J’ai failli me rendormir debout à écouter François Bayrou nous égrener ses éternelles leçons sur le ton triste et vaguement geignard qu’il affecte de prendre quand il dit du mal du gouvernement.
Comme il s’est fait jeter rapidement de ceux auxquels il a participé, il a toujours du mal à dire d’un gouvernement.
S’il est de gauche, c’est parce qu’il est de gauche.
S’il est de droite, c’est parce qu’il est de droite.
S’il est du centre, c’est parce qu’il n’en fait plus partie.
Bref, quand il cause dans le poste, j’ai toujours peur de m’endormir en sursaut.
Un jour je m’enverrai mon café sur le pantalon sans y prendre garde…
Mais bon sang ! C’est quand les beaux jours ?

mardi, 29 janvier 2019

« Schadenfreude »

Bien que plutôt philosophe, huit jours passés avec une veuve en « phase colère » ont mis ma « zenitude » à rude épreuve.
Je n’ai pourtant pas ruminé de vengeance ni voué la dame aux Gémonies.
J’ai simplement pensé certains jours que la coutume des Indiens de l’Inde de coller la veuve sur le bûcher ou brûlait l’époux n’était pas totalement dénuée de bon sens…
La petite sœur d’Heure-Bleue est frappée depuis peu par le malheur et depuis toujours par la certitude qu’une maison « propre » doit l’être comme un bloc opératoire.
On m’a fait porter des chaussons, on m’a fait remarquer que les feux de cheminée ne doivent pas voir un atome de cendre sortir de l’âtre, etc.
Bref, on ne m’a pas fait porter de charlotte ni de combinaison en « non tissé » mais tout juste.
Aujourd’hui, les nouvelles de la météo me rappellent un détail.
Ayant ramené quelques vivres après un aller-retour de trois kilomètres il m’a fallu aller chercher le pain un peu plus bas dans le bled.
J’ai mis mes chaussures puis, ayant oublié quelque chose, il m’a fallu l’aller chercher au sous-sol.
En chaussures… Propres certes, mais EN-CHAU-SSURES !
Revenu avec le pain, je me suis déchaussé à la porte, ai enfilé mes chaussons et suis allé poser le pain à la cuisine avant de retirer mon caban et aller dans le séjour.
- Merci, Le-Goût…
- De rien, tu as vu ?
- Quoi donc ?
- J’ai remis les chaussons en rentrant !
Elle a penché la tête.
- Tu es allé en chaussures dans le couloir, il y a des traces !
- Ouais bon…
- Propre, c’est propre, c’est pas « propre avec des traces de pas » …
Un couloir au sol gris uni devrait être le premier soin d’un service de renseignements sérieux.
Il suffit de respirer pour le marquer, alors marcher dessus, vous pensez…
Il y a des jours comme ça, où la tristesse du temps vous crée le besoin de ces petites vengeances mesquines, si détestables pour la morale mais si délicieuses pour le moral.
Aujourd’hui devrait être pour moi un jour faste.
La météo du jour me pousse à cette « schadenfreude » qui fit une part des revenus du bon docteur Freud.
Je me demande donc maintenant, avec cette « joie mauvaise », comment va faire la petite sœur d’Heure-Bleue pour marcher à vingt centimètre du sol pour épargner à ses chaussures et au sol du couloir les traces inhérentes à la marche dans de la neige qui sera immanquablement transformée en gadoue…
Ce petit plaisir superflu me montre une fois de plus que le superflu fait partie des éléments indispensables à notre santé.
Surtout mentale…

lundi, 28 janvier 2019

La cigale et la fourmi.

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Je m’y étais mise ce matin mais sans entrain.
Je ne parvenais pas à chantonner, garder mon humeur habituelle de fêtarde sous ce ciel de deuil.
Le bleu habituel du ciel et l’air tiède du matin, légèrement agité par une brise caressante avait été remplacé par un ciel gris assez triste et un air froid chassé  par une bise encore plus froide.
Et j’ai faim !
Évidemment pas une seule mouche assez imprudente pour passer à portée de mandibule, pas un seul de ces petits vers délicieux qui sortaient parfois étourdiment de l’écorce juste sous mon œil…
En plus j’ai froid et s’il y a une chose que je déteste, c’est avoir froid.
J’en ai les ailes qui frissonnent rien qu’à me dire que l’été est parti pour un moment.
Le pire ? Je ne suis pas sûre d’atteindre le suivant…
Ça ne paraît pas mais il me va falloir attendre le prochain mois de juin avant de pouvoir faire la fête de nouveau et voir la nourriture à foison.
Aahhh… Toutes ces bestioles pressées de se faire croquer, uniquement condamnées par  leur imprudence ou leur légèreté.
Un peu comme moi, quoi…
Je vais devoir aller faire la doucereuse, l’hypocrite, chez l’autre pingre, là à côté.
Oh, elle n’est pas méchante.
Le problème, c’est qu’elle n’est généreuse qu’en conseils de gestion et en leçons de prudence ou de morale.
Je suis sûre que cette radine va m’envoyer me faire voir.
Enfin… Essayons…
- Euh… Madame Fourmi ? 
- Oui ! Qu’est-ce que c’est encore ?
In petto :
- Ça commence mal…
Ad alta voce :
- Euh, je suis un peu à court, ces temps-ci, vous…
- Oubliez ! J’ai rien !
- Oh mais je vous le rendrai, Madame !
- Cet été, j’ai travaillé, moi médème !
- Mais moi aussi ! J’ai chanté devant tout le monde, c’est un boulot !
- Oui mais moi j’ai pas gigoté bêtement devant les autres bêtasses pour les allumer !
In petto :
- T’aurais allumé qui, avec ta gueule pincée et ton cul serré, andouille triste…
Ad alta voce :
- Oui mais je…
- Fallait faire pareil, feignasse !
Et dire qu’elles sont toutes comme ça dans cette famille, « et gnagnagna fallait, et gnagnagna fallait pas, et gnagnagna t’aurais dû… » maintenant je n’ai plus qu’à claquer des mandibules.
La prochaine à qui je dis « j’ai faim » et qui me répond « tu vois, tu prends un petit carnet et tu notes, comme ça, tu vois, tu sais… Etc. » je la traîne chez la mante religieuse…