mercredi, 13 mars 2019
Je ne vois pas les sous venir…
Vous savez quoi, lectrices chéries ?
Eh bien, quand vous avez traversé la Seine en passant par le Petit Pont parce que vous êtes allés voir Notre Dame, vous arrivez quai de Montebello.
J’ai chantonné en y pensant « Dis, t’as vu Montebello ? Non, j’ai vu monter personne… » sur cet air-là :
Ouais, bon, ne dites rien, c’est mercredi aussi pour moi…
Vous tournez à droite en sortant du pont et, après avoir marché quelques dizaines de mètres, vous arrivez à un petit square.
J’y pense aujourd’hui parce que je mangerais volontiers un des petits choux de « chez Odette ».
De fait j’ai le romantisme digestif…
Ce petit square est bien trop rangé aujourd’hui.
Il est moins fouillis et bien plus envahi par ces odeurs que Mab semblait regretter avant que la camarde ne l’embarque.
Revenons à mon petit square pas si petit que ça et trop bien rangé aujourd’hui.
Je ne sais pas d’où est venue cette manie de vouloir « réaménager » ces squares si chouettes.
Ils étaient tous un peu fouillis, plein de recoins où pouvaient se cacher les amoureux et les enfants et dont les frondaisons assuraient l’ombre propice aux entreprises des uns et des autres.
Ces squares, jardins qu’ils étaient, sont maintenant remplacés par des « espaces verts ».
Zones dégagées où les arbres ne sont laissés là que comme vague décoration d’une pelouse sans âme.
Même, dans certains, les allées autrefois sablonneuses ont été asphaltées, de peur sans doute d’empoussiérer les « Louboutin » des unes et les « Weston » des autres…
Ce square, coincé entre la Seine et l’église Saint Julien le Pauvre, était mal rangé et à l’époque bénie où j’usais mes « newman » pas très loin dans de grands bâtiments, j’aimais bien m’y asseoir histoire que des gens dont je n’ai pas le droit de parler puisse reposer leur tête sur mon hospitalière épaule.
Oui, à l’époque j’avais l’épaule très hospitalière…
Ce n’est pas que je ne le sois plus mais mon hospitalité semble intéresser moins de monde.
Allez donc savoir pourquoi…
Heureusement, je peux quand même aller avec la lumière de mes jours et une amie déguster ces petits choux à la crème.
C’est à côté de l’entrée de l’église.
Ce n’est pas que je croie en un dieu quelconque, mais il y fait si frais l’été…
D’ailleurs, si j’y avais cru encore en sortant de chez les Frères, le film « Les diablesses » que nous avons regardé hier soir m’aurait guéri.
Il m’a prouvé une fois de plus, si besoin était, que « croire » c’est surtout « ignorer »…
10:21 | Commentaires (5)
mardi, 12 mars 2019
J’ai une dent contre lui…
Le dentiste est venu la chercher.
Un jeune homme brun, jeune et aux yeux bleu foncé.
Elle l’a suivi, évidemment, jeune, brun…
J’ai pris une revue sur la table.
« Geo ». Le numéro anniversaire de la quarantième année de parution.
À peine ouvert, une publicité a attiré mon attention « De quels moments vous souviendrez vous dans quarante ans ? »
J’ai commencé à y réfléchir le plus sérieusement du monde.
Quel optimiste que votre serviteur, tout de même…
La réalité, d’un coup m’a sauté à la figure !
Dans quarante ans je ne me souviendrai de rien !
Je ne saurai pas même que je risque de n’être qu’un souvenir fuligineux dans l’esprit de Merveille ou de P’tite Sœur.
Cette publicité de Lufthansa dans « Geo » m’aura au moins fait rire de moi.
J’étais heureux de n’avoir pas perdu une journée qui était partie pour être désolante pour Heure-Bleue et moi.
J’étais inquiet depuis la veille, peur que j’ai depuis longtemps que la lumière de mes jours ne soit abîmée par un arracheur de dents quelconque.
Ces gens non seulement lui mentent mais lui font parfois mal…
Ce fut finalement une bonne journée, sans douleur et avec de bonnes nouvelles.
09:48 | Commentaires (14)
lundi, 11 mars 2019
J ai la gêne éthique. Et toc !
Ouais, bon… Je sais, j’ai fait mieux, ne dites rien…
On ne distingue pas pas encore les traits mais on y projette toujours quelque chose.
Ouaip ! Ça m’a fait ça quand je l’ai vue.
Elle était floue.
Pourtant sa démarche m’évoquait quelque chose…
Quelque chose entre un appel et une danse, une danse ondulante, élégante et troublante.
Je ne pouvais pas dire « lascive » car je ne la connaissais pas plus qu’elle ne me connaissait.
Pourtant je sentais bien qu’elle se dirigeait vers quelqu’un, quelqu’un que je ne connaissais pas mais qu’elle tremblait d’envie de connaître.
Elle avançait de ce pas dansant que j’avais déjà vu ailleurs et en d’autres temps.
Elle n’avait en avançant aucune difficulté à tenir sa pochette qui, tenue par quelqu’un d’autre, n’aurait demandé qu’à glisser jusqu’au caniveau.
Même le balancement de ses hanches avait quelque chose de magique, quelque chose de miraculeux qui imposait le silence.
Une perfection qui interdisait toute autre manifestation qu’une admiration muette.
Il ne serait venu à l’idée de personne, à la regarder avancer sur ce trottoir rendu éblouissant par l’averse récente, de se permettre quelque chose d’aussi déplacé qu’un regard salace ou un sifflet, admiratif et gentil mais malvenu.
Je l’ai regardée plus attentivement.
Elle avançait élégamment, telle Maya Plisetskaya, cygne volant pour la dernière fois sur la musique de Tchaïkovski.
C’était bien ça !
Je me demandais encore, alors qu’elle était déjà dans les bras qui l’attendaient, si elle volait vraiment où si c’était sa hâte délicate qui me l’avait fait prendre pour le cygne.
C’est là que je me suis rendu compte que c’étaient mes larmes qui l’avaient rendue un peu floue…
C’est fou ce que l’émoi peut faire à un homme qui regarde la beauté…
08:02 | Commentaires (14)
dimanche, 10 mars 2019
Z'avez pas vu ma soeur ?
Hier j’ai appelé ma grande sœur.
Hier ma grande sœur a eu soixante-dix-sept ans.
Elle eut la malchance de naître en 1942.
L’année 1942 fut un mauvais plan pour beaucoup.
D’abord pour son père qui avait eu non seulement l’idée de résister à l’occupant mais pour un de mes oncles qui avait eu l’idée de le faire avec lui.
Ce fut pour notre oncle et son père une idée d’autant plus funeste qu’ils y laissèrent tous deux leur peau.
Ce fut funeste aussi pour les relations entre ma mère et une de mes tantes, l’épouse de l’oncle tué par les Allemands.
Pourquoi ça ?
Parce que de 1946 à 1995 ma mère détesta sa sœur pour une des raisons les plus bêtes qui soient.
Je vous explique : La ville d’Aubervilliers décida, peu après la Libération, d’honorer ses « Résistants morts pour la France » et donna à la rue où furent abattus le père de ma grande sœur et mon oncle le nom de… mon oncle.
Oncle inconnu car je n’étais pas né quand il est mort et dont j’eus connaissance par ma grande sœur car c’est elle l’archiviste de la famille.
Ma grande sœur a donc atteint hier l’âge respectable de soixante-dix-sept ans.
Elle vit dans un village minuscule du Gers et bien que je l’appelle régulièrement, je ne l’ai pas vue depuis 2005, à l’enterrement de notre mère.
En raccrochant, j’ai eu de la peine pour elle.
Elle me déchire le cœur.
J’en parle peu mais j’ai mal au cœur pour elle.
Je l’ai vu rire, bien sûr, mais je crois bien que je n’ai pas vu ma grande sœur vraiment heureuse depuis qu’elle s’est mariée la première fois.
Je l’ai vue plus ou moins joyeuse quelques fois mais jamais plus aussi heureuse qu’elle l’était avant 1963.
Ma grande sœur va d’ennuis en malheurs depuis la naissance de sa première fille.
Elle est maintenant partie pour enterrer sa première fille et son mari.
L’incertitude ne porte que sur le fait de savoir qui mourra avant l’autre et à quelle date.
Vous vous rendez compte, lectrices chéries ?
N’avoir jamais connu autre chose que de « bons moments » depuis cinquante-six ans !
Ma grande sœur était une jolie fille douée pour le bonheur jusqu’à l’âge de vingt ans.
Ce don pour le bonheur a été tué par son premier mari.
C’est le dernier type avec qui j’ai failli me battre passé vingt ans.
Il a brisé là car il s’était soudain aperçu que je n’étais plus un petit garçon d'une douzaine d’années et étais devenu plus grand que lui.
Il fut trompé parce que ma sœur est si petite qu’il avait oublié qu’il y avait des gens plus grands que lui et moins gentils qu’elle…
Bref, elle est partie pour être malheureuse et seule.
Le pire ?
Mon père, qui savait reconnaître le « faisan » de loin, avait pressenti ce qu’était le premier mari et avait prévenu ma mère et ma grande sœur.
Ma mère hélas n’avait été sensible qu’au fait qu’il avait une dent en or, signe indubitable de réussite, et surtout qu’il y aurait un peu plus de place à la maison…
À quoi tient le malheur d’une vie…
10:38 | Commentaires (12)
vendredi, 08 mars 2019
La tradition...

Hier nous avons reçu à déjeuner un ami que nous partageons avec « Tornade ».
Il est grand, et me rend huit bons centimètres.
Il faisait du sport jusqu’il y a peu.
Il est donc resté mince.
J’avoue que je l’enviais un peu.
Méchant comme je suis, j’ai été rassuré quand il a avoué qu’il avait le dos défoncé et que ses pieds étaient dans un état lamentable et nécessiteraient probablement une opération.
Je lui avais laissé un message.
Laconique le message : « Tu pourrais arriver avec une baguette « Tradition » bien cuite, s’il te plaît ? »
Il avait amené donc amené cette baguette « Tradition » bien cuite selon le souhait de la lumière de mes jours.
Elle était délicieuse et accompagna parfaitement les « tagliatelle alla carbonara » que je m’étais échiné à préparer.
Cette baguette était vraiment très bonne.
Je ne sais pourquoi me vint à l’esprit cette réflexion de ma mère « Et n’entamez pas le pain frais ! Ça fait mal à l’estomac ! »
Sans doute en opposant cette « Tradition » brune à souhait, dorée et craquante.
Elle donnait envie de croquer dedans à peine le morceau à côté de votre assiette.
Pendant qu’Heure-Bleue faisait la conversation je suis allé chercher la tarte fine aux pommes qui m’avait occupé au début de la matinée.
Un dessert que ma mère n’aurait fait mais que ma grande sœur faisait avec plaisir quand elle était bien disposée.
En fait quand on lui avait fait une cour éhontée pour l’amener à couper les pommes en petites tranches parfaitement égales et parfaitement disposées en éventail sur la pâte.
Elle faisait même la pâte feuilletée et ça lui prenait des heures.
Souvent, dans ces moments là on se moquait de ma mère avec son injonction « Surtout, vous dites bien bonjour et vous demandez un pain parisien, et bien blanc s’il vous plaît ! »
Ce qui était immanquablement suivi de « ET DE CHEZ GALY ! PAS CHEZ MARION HEIN !!! »
« Marion » faisait du pain « moulé » et ma mère détestait ça.
Hier midi j’ai eu de la chance, j’ai de la chance depuis que je ne mange plus chez ma mère.
Depuis que je ne mange plus chez ma mère, je mange du pain frais.
Je ne mange plus, sauf exception, de ce « pain d’hier », le « pain parisien de quatre cents grammes », ce « pain d’ouvrier ».
On en avait marre, mes sœurs et moi de cette exhortation quotidienne de ce « PAS LE PAIN FRAIS ! Il en reste d’hier, il est encore bon ! »
Mais à y réfléchir, je me suis dit en coupant la tarte que ma mère n’avait pas forcément tort.
Amollie par une nourriture équilibrée et du pain frais, dorlotée par une éducation qui la fit passer de la batiste à la soie, Heure-Bleue a des digestions difficiles.
À défaut d’enfants sans névroses, ma mère a au moins fait de nous des gosses aptes à digérer des briques jusqu’à un âge aujourd’hui avancé.
Bref, ces « tagliatelle alla carbonara », cette baguette « Tradition » et cette « tarte fine aux pommes » ont été avalées avec délectation par tout le monde.
Chouette déjeuner.
10:35 | Commentaires (12)


