vendredi, 08 juillet 2016
Le prêche papier…
Celle dont le nom commence par « Heure-Bleue » et finit par « Lumière de mes jours » a décidé d’arrêter d’écrire sur son blog.
- Je passe trop de temps sur les blogs, Minou.
Elle ajoute, après un temps :
- Et puis j’en ai un peu assez.
Elle commence à écrire ce qu’elle pense être sa dernière note avant l’élection présidentielle de 2017 et lâche :
- De toute façon, je radote.
Super mignon que je suis, je me suis mordu la langue pour garder pour moi ce qui m’est venu à l’esprit…
Je dis plutôt quelque chose d’aussi vrai mais plus gentil :
- Tu sais, moi aussi…
- Et puis pendant que je fais ça, je perds du temps que je pourrais passer à lire !
- Mais le temps que tu passes à lire, tu voudrais sous peu le passer autre chose…
- Oui mais regarde toutes celles qui ont abandonné les blogs !
- C’est vrai, elle ne sont pas revenues…
Elle s’arrête brusquement :
- Ouais, elle sont toutes sur FB…
- Ah ?
- Elles y passent plus de temps qu’elles n’en passaient sur leur blog.
- Qu’est-ce que tu vas faire ?
- Je ne sais pas…
Un instant plus tard :
-Tu veux bien me laver les cheveux ?
- Hon hon… Tu pourrais écrire.
- Finalement c’est vrai, je peux écrire.
- On peut aller plus souvent au ciné ou au musée…
- Voilà ! Oui Minou, on rate plein d’expos en ce moment !
Je la connais, quand on aura vu un film, vu une expo, visité un musée, qu’on sera allé voir quelque chose, elle sautera sur son clavier pour en faire part au monde…
14:15 | Commentaires (15)
jeudi, 07 juillet 2016
Les droits de l’Homme sont bafouillés...
Je ne m’habituerai jamais au « parler fille ».
Jamais, lectrices chéries, jamais !
Heure-Bleue s’appuie sur le balai.
- Minou reconnais quand même qu’il y a des bailleurs qui sont fondus, regarde le café !
- Quel bailleur et quel café ?
- Mais si, c’est en balayant que ça m’est venu.
- Oui mais quoi ?
- Mais si, le café à louer, le bailleur exagère !
- Mais de quoi me parles tu ?
- Mais si ! Je repensais à ce que tu disais au type du salon de thé.
- Mais comment voulais tu que je sache de quoi tu parles ?
Après des décennies, l’abîme d’incompréhension qui nous unit –si, si, je vous assure, sinon l’un de nous se serait enfui il y a longtemps- n’a pas rétréci d’un millimètre.
L’avantage c’est qu’il y a toujours de la nouveauté dans notre vie même si nos conversations sont souvent étranges.
Je me demande même par moment si en matière de surréalisme, André Breton ne fait pas petit joueur à côté de nos conversations…
Puis, les minutes passant, un autre détail me tracasse.
La lumière de mes jours me semble acquérir rapidement une technique que j’ai repérée chez ma mère.
Celle-ci avait une méthode remarquable pour faire de petits bagages impossibles à décoller du sol si on n’était pas déménageur de piano.
Ce qui faisait que tout départ voyait mon père pester « il y a bien quelqu’un qui te proposera de t’aider à porter tes bagages » et laisser ma mère marcher devant lui.
Après avoir dit à mon père tout le bien qu’elle pensait de son aide, une crainte se faisait alors jour chez ma mère, surtout dans ce quartier où « il y avait vraiment trop d’Arabes ».
C’est souvent là que ça tournait mal.
C’est quand il la rassurait d’un « ne t’inquiète pas, de toute façon il ne pourra pas s’enfuir avec… » que ça dégénérait...
Eh bien, avant-hier, quand nous sommes revenu de notre balade avec L., une fois le dîner pris et je ne sais quel bulletin d’informations n’intéressant que les amateurs de foot nous faisant éteindre la télé, je me suis attelé à la tournée habituelle des petites tâches à mener à bien le soir.
Éteindre les ordinateurs, trouver les lunettes d’Heure-Bleue, retrouver son Télérama et nos bouquins respectifs, chercher où est passé ce foutu smartphone qui sert surtout d’horloge et amener tout ça dans la chambre.
C’est alors qu’elle était dans la salle de bains que j’ai apporté au pied du lit « le cadeau d’avance » que je lui ai offert pour un anniversaire qu’elle n’espère pas voir arriver fin juillet mais dans vingt ou trente ans…
Quand je l’ai acheté, il était léger comme le bagage intellectuel de Cyril Hanouna.
Quand avant-hier soir je l’ai attrapé, ce sac était devenu lourd comme l’humour du même.
Ce sac, que j’ai acheté vide, de petit format, fait de deux pochettes accolées, un fois meublé par la lumière de mes jours se révèle « importable ».
Celui qui s’essaierait, au cas où la bandoulière tiendrait le coup, y laisserait un poignet définitivement luxé et une épaule démise.
Mon bras s’est allongé de deux tailles de chemise rien qu’à le poser sur le lit.
Non seulement je frémis à l’idée du délai nécessaire pour y trouver son porte-monnaie mais à mon état quand elle me dira « Minou, tu ne veux pas tenir mon sac deux minutes ? »
Il ne contient paraît-il que l’indispensable.
Alors, pour une fois que le poids des ans est plus supportable que celui de l’indispensable…
09:01 | Commentaires (8)
mercredi, 06 juillet 2016
Homme de l’être…
À propos de clafoutis, je tiens à rappeler à mes lectrices chéries un dernier point qui a son importance.
Bien sûr, les noyaux… Bien sûr, le goût des cerises en est renforcé…
Mais c’est après m’être livré in petto à une comparaison entre le prix d’une couronne et celui d’une livre de cerises que je me suis mis à dénoyauter.
À part ça, Heure-Bleue et moi sommes allés place de la Bourse à notre rendez-vous avec une amie.
Le café que nous avions choisi était bondé, seules quelques places dans un sous-sol sans fenêtre avec vue sur l’entrée des toilettes étaient disponibles.
Alors nous sommes repartis, papotant de tout, surtout de rien, vers les Folies Bergères.
N’y passant habituellement que le soir, nous n’avions pas remarqué que le bas-relief qui en surplombe l’entrée, tout comme l’auvent, avaient été redécorés de couleurs vives.
Le bas-relief, doré à souhait, était devenu un pur chef-d’œuvre de « l’esthétique pied-noir ».
Notre amie avait même pensé un instant à l’esthétique portugaise.
Mais ça doit être une détestation atavique d’humain d’origine espagnole et ça ne pouvait pas car il manquait le « bleu layette » que le Lusitanien semble affectionner pour les murs.
Puis, à la surprise générale, enfin la mienne, c’est Heure-Bleue qui nous a amené chez le Turc de la rue des Petites-Écuries.
Oui, c’est elle ! Je le jure !
Du coup je soupçonne chez elle une inclination pour ce garçon évidemment brun, mal rasé et au teint mat.
Nous avons ensuite fait découvrir à L. les passages qui conduisent de Cadet à la rue Vivienne. Du passage Verdeau qui devient passage Jouffroy à celui des Variétés en passant par celui des Panoramas nous sommes arrivés à la rue Vivienne.
Je me suis rappelé que nous avons vu « Soldat bleu » qu’un soir à la télévision il y a quelques années. Et encore pas en entier…
J’avais commencé par lui proposer d’aller voir « Soldat bleu ».
Nous avons fini par nous retrouver avec l’Ours.
On ne dira jamais assez les dangers du cinéma…
Après un passage par une « boutique à shtuyot » nous nous sommes arrêtés devant l’armurerie proche de la société où j’ai une jour croisé Heure-Bleue.
J’ai alors rappelé à L. qu’elle avait demandé où trouver un aérosol genre « Lady Defender ».
Nous sommes donc entrés dans l’armurerie où aussitôt un type massif du genre à faire une tuerie de masse dans une école américaine a dit « Ah ! Moi alors là ! Avec moi, pas de discussion, en cas d’agression, c’est deux balles en pleine tête ! Ouais ! ».
J’ai dit à L. « ne la mets pas dans ton sac, t’as vu le temps que mets Heure-Bleu à trouver son téléphone ? Le mec se sera tiré avec ton sac ou il t’aura estourbie… »
Une dame plus calme lui a dit à peu près la même chose et de la mettre dans sa poche.
L. a donc acheté une mini-bombe au poivre pour sa fille.
Je lui ai dit de mettre la bombe surtout dans le bon sens dans son jean car en la glissant à l'envers, elle allait se vider dans une poche au contact de l’aine et ça allait avoir des conséquences cuisantes…
On a passé une super journée mais il y a tant à en dire que j’en reparlerai une autre fois.
Nous avons fini par un autre café dans la galerie Vivienne, en face « Legrand, Filles & Fils » et nous sommes arrivés à la maison à neuf heures passées…
10:30 | Commentaires (6)
mardi, 05 juillet 2016
Le clafoutis aux bigorneaux.
Pourquoi donc Heure-Bleue avait-elle fourché de la langue à propos de bigarreaux l’autre jour ?
Eh bien parce qu’avec les poireaux à un bras il lui était venu une idée de clafoutis.
En habitué des promesses de Gascon, j’avais inconsidérément promis à ma moins ardente et plus du tout houri de lui faire…
Un clafoutis.
Elle a vu, place de la Bourse, un marché qui n’est plus des valeurs et dont la corbeille regorge de fruits et non d’actions.
Et sur ce marché des cerises.
- Minou ! Tu m’as dis que tu me ferais un clafoutis !
- Ahem…
Ai-je dit « faux-derchement » tout en demandant au marchand des cerises.
Heure-Bleue a ajouté :
- Une livre, s’il vous plaît.
Puis
- C’est pour me faire un clafoutis !
Sans doute pour faire fondre sur moi l’opprobre qui sied au mec malhonnête au cas où je ne m’exécuterais pas dès le lendemain matin.
Le marchand, très marchand a dit :
- Prenez plutôt celles là, mettez les au frigo car elle sont très bonnes mais assez mûres.
Il a pesé, fait une remise de 70% et ajouté une énorme poignée de cerises après avoir imprimé le ticket.
J’ai goûté les cerises, elles étaient délicieuses.
C’est en revenant à la maison qu’Heure-Bleue m’a dit :
- Ma marque préférée, c’est les « bigorneaux » elle sont moins sucrées…
Je me suis attelé dès potron-minet, c’est à dire vers onze heures car le potron-minet du retraité n’est pas celui de l’éboueur, à ce clafoutis.
Le plus exceptionnel de l’affaire c’est que j’ai réussi à dénoyauter plus d’une livre de cerises sans m’envoyer une seule goutte de jus de cerise sur ma chemise bleu clair.
Et puis j’ai fait ce clafoutis.
Aux dires même de ma moitié « c’était une tuerie ».
Le problème, comme dans toutes les choses censément bonnes pour nous, ce sont les effets secondaires voire pervers.
Ce clafoutis, riche de plus d’une livre de cerises bien mûres dénoyautées, de deux œufs auxquels furent ajoutés deux jaunes d’œuf, de vanille, de sucre, un quart de litre de lait entier et d’une giclée de rhum aurait été parfait pour la famille entière.
Notre famille est composée d’une belle-mère, une mère, un père, un fils, une belle-fille, Merveille et P’tite Sœur, tout ce monde doté d’un appétit de Biafrais de 1968.
Hélas, trois fois hélas, nous n’étions que deux.
Nous avons tenté d’être raisonnables, ça n’a pas marché.
A peine un peu au début.
- Juste un petit bout, Minou, s’il te plaît…
- J’en prends un aussi.
Habituellement je ne prends pas de dessert mais là…
De petit bout en petite part et de petite part en petit morceau et « on va pas laisser ça quand même il n’en reste qu’une part on partage », le clafoutis fut englouti.
Début de la dégustation à douze heures trente.
Lavage de la tôle à quatorze heures trente.
Entre les deux, environ treize cents grammes de gâteau ont disparu.
Assez étonnamment, la balance, contrairement à nous, est restée sage.
On en a déduit que le clafoutis est super diététique.
Je me suis préparé sans le vouloir des matinées industrieuses…
11:09 | Commentaires (11)
lundi, 04 juillet 2016
Heureusement qu'on va vers l'été...

Je vais succomber à une tentation à la quelle je ne succombe que rarement : Celle du recyclage.
Pourquoi ça, lectrices chéries ?
Eh bien parce que le devoir de Lakevio correspond si bien à quelques périodes déjà vécues que je ne résiste pas à l’envie de vous faire part de ce qui m’advint l’été 1957.
Et puis c’est le Tour de France qui m’a ramené là, alors...
Que je vous dise, cette année là, j’ai failli apprendre quelque chose qui devait me servir toute la vie.
Ce fut hélas raté :
Rappelez vous lectrices chéries qui ont déjà lu ce drame enfantin.
« le Goût, laissé estourbi par un coup de foudre contrarié, lors de l’épisode précédent.
Malgré cet échec cuisant, ma détermination n’était pas entamée.
L’opiniâtreté étant la marque de fabrique du Goût-des-autres, je n’allais pas me laisser sombrer sans rien faire pour arranger les choses avec Brigitte P.
Les cris poussés par les parents d’Arlette lors d’explication de gravure avec la sœur n’étaient pas infondés.
Un autre « vieux » habitait à côté de l’infâme fils de flic.
Jacques S.
Il avait treize ans je crois et était aussi passionné par le Tour de France que par la grande sœur d’Arlette sur laquelle il semblait savoir un tas de choses que normalement on ne sait pas à son âge...
Un après-midi de juillet de cette année là j’allai chez lui et demandai à Jacques S. s’il avait une idée pour approcher Brigitte P.
Obnubilé par le Tour, il me jeta « chut » pour écouter l’arrivée de l’étape.
Et là, ça me revient, je sais que j’avais huit ans et qu’on était à l’été 1957 car ce Tour de France fut remporté par Anquetil.
Après avoir pesté car son favori était Darrigade, il m’écouta enfin.
- Mais qu’est-ce que t’y veux à la Brigitte ?
- Ben, euh… qu’elle soit ma « bonne amie » !
- Aaaahh… Tu veux yi (prononcer comme la finale de « bouillie ») faire un p’tit ! Ben t’as qu’à la « quiner » !
Après avoir traîné dans le coin en shootant dans une boîte de pilchards –impeccable pour faire des passoires pour sasser le sable, suffisait d’un clou et d’une pierre-, en jetant des cailloux dans le canal et en me creusant la cervelle, je revins au bistrot de ma tante.
- Dis, ma tante, c’est quoi « quiner » ?
D’habitude elle n’écoutait que d’une oreille distraite le babil de ma petite sœur et moi mais là elle se retourna d’un coup.
« Toi, t’as été voir le Simonot ! » me dit-elle d’un air bizarre, à la fois sévère et vaguement souriant.
Elle parlait avec l’accent de Colette (je ne l’ai su que bien plus tard).
- Oui ma tante, mais qu’est-ce que c’est « quiner » ?
- Tu le sauras bien assez tôt mon « paul’ petit » et crois-moi, quand ça arrivera, tu n’auras pas besoin d’explication…
C’est tout que j’ai appris cette année là.
Et toujours pas de Brigitte… »
06:40 | Commentaires (13)

