vendredi, 12 août 2016
L’avis est un long fleuve tranquille…
Vous connaissez sûrement cette expression qui se jette dans les campagnes quand on ne veut pas se mouiller « Ah… Ça… Dame… »
Oui, avec tous ces points de suspension.
Quand on vous raconte une querelle ou la rumeur qui veut que la femme du boucher a préféré le mari de la coiffeuse aux euphorisants de la pharmacie pour se remonter le moral.
Il y a toujours le moment où vous entendez « alors, hein ? Qu’est-ce que vous dites de ça ? Hmmm ? »
À part « Ah… Ça… Dame… », vous ne pouvez rien dire.
Eh bien hier, lectrices chéries, alors que nous traînions dans « la ville d’à côté », nous nous sommes arrêtés à la terrasse d’un café agréable, au bord d’une petite place toute ronde avec un massif au milieu.
D’autant plus agréable que pas une voiture ne passait.
Heure-Bleue, Manou et moi papotions.
Un moment, je me suis rendu au comptoir.
Le mastroquet écoutait un client, son pilier habituel je suppose, d’un air distrait en essuyant ses verres.
Le client lui dit je ne sais quoi qui finit par « Alors tu comprends hein… Qu’est-ce que t’aurais fait à ma place ? Hein ? »
Et là, le bistrotier, dans un élan superbe de la version masculine du « parler fille » lui jette « Ouais… Avant… mais là, après... Maintenant… »
Oui, avec tous ces points de suspension.
Même moi qui vis depuis longtemps avec Heure-Bleue je suis resté soufflé devant cette technique de l’évitement, de la précision.
Ah ! Ce « Oui mais non » de « parler fille » traduit en mastroquet !
Je dois dire que j’ai été ébloui par cette version du campagnard « Ah… Ça… Dame… ».
Parce que quand même, ça me laisse rêveur ce « Ouais… Avant… mais là, après... Maintenant… ».
Franchement, je n’aurais pas osé.
Et pourtant, dès qu’il s’agit d’éviter de se mouiller dans des histoires de fringues ou de sac à main, je suis plutôt bon...
10:26 | Commentaires (8)
jeudi, 11 août 2016
A propos de tartine...
Et pour ce qui est de tartiner, lectrices chéries…
Bref…
Un voile de calme s’étendit hier sur la maison tandis que dans la lumière du soir le silence n’était troublé que par le passage d’un train de temps à autre.
Comme il m’arrive parfois quand l’atmosphère s’y prête, une sorte de « vague à l’âme » m’étreignit.
Ça ne s’était pas produit depuis mes dix-sept ans, je crois.
Vous savez bien, lectrices chéries, ce genre de « vague à l’âme » qui saisit l’adolescent qui ne sait pas pourquoi il ressent cette impression de manque ni ce qui lui manque, même s’il en a une vague idée.
Enfin, ça saisit surtout l’adolescent lycéen parce que les autres adolescents n’ont pas le temps, ils doivent gagner leur pitance, eux.
Je suis sûr que vous savez…
Je me suis arrêté devant mon écran et, saisi d’une étrange tendance à philosopher, j’ai réfléchi un peu à ce qui m’arrivait soudain.
Il était tard, Heure-Bleue et moi avions terminé notre dîner.
Après avoir débarrassé la table et hésité devant un Télérama désespérément vide, nous avions entamé un paquet de gâteaux au chocolat.
Le truc qu’on attrape machinalement dans la gondole en passant dans l’allée qu’on devrait absolument éviter.
Le machin pas cher mais qui ne vaut pas plus…
Nous avons tout bouffé.
Plus exactement, j’ai quasiment tout bouffé.
C’est ça qui m’a donné le « vague à l’âme ».
Si j’avais su plus tôt que pour avoir le cœur d’un gamin de dix-sept ans il n’en coûtait que 1,45 €…
Mais bon, ,je sais bien qu’en réalité c’est bien plus mauvais pour le foie et le pancréas que pour le cœur.
Mais quand même, grâce à cette vague nausée, j’ai vu passer devant mes yeux des visages que je pensais oubliés depuis longtemps.
Tous pâles.
Tous encadrés de cheveux châtains ou roux.
Tous éclairés par des yeux clairs.
Tous m’avaient serré la poitrine.
Tous m’avaient causé cette sensation de ventre qui se liquéfie.
Tous m’avaient enfermé le cœur dans un étau.
Tous m’avaient empli de cette sensation d’envie insatisfaite bien qu’à portée de l’âme.
Tous m’avaient fait trembler de ce désir dont on ne sait s’il est réel ou fantasmé.
La routine, quoi…
Maintenant je le sais, ce sont ces foutus gâteaux au chocolat de mince qui me pourrissent la digestion.
Au départ, ça fait un peu pareil que quand on est amoureux et qu’on a dix-sept ans.
Après, on se rend compte qu’on a plus de soixante piges et que ça fait un peu pareil que quand on a trop mangé.
Bon, en fait ces gâteaux, ça fait pas du « vague à l’âme ».
Ça fait juste mal au cœur...
09:37 | Commentaires (9)
mercredi, 10 août 2016
Ce soir, bandonéon…
Le mastroquet est prêt à tout pour faire oublier au client ce qu’il a dans son assiette.
D’autant plus réduit aux pires extrémités que ce qu’il propose est cher.
Il y a des années, un restaurant parisien, sans doute pour éviter des questions gênantes quant à ce qu’il mettait exactement dans les assiettes, avait prétendu qu’on apprécierait mieux sa cuisine si on la dégustait dans le noir complet.
Un autre restaurateur, par ailleurs honorablement connu, s’était vu demander par voie de justice quelques explications sur les raisons qui l’avaient poussé à surveiller d’un peu trop près ce que faisaient les clientes dans les toilettes de son établissement.
La curiosité du mastroquet étant ce qu’elle est, je me demandais jusqu’où étaient prêts à aller certains pour apprécier l’anatomie de leurs clients.
Surtout clientes je suis sûr…
Eh bien je sais maintenant.
Et si j’ai bien quelques lumières sur les ficelles qui meuvent le mammifère humain en toute saison, ça devrait valoir son pesant d’or.
Oui, cet établissement à mis au point une stratégie imparable pour avoir des informations sur la plastique de sa clientèle.
Imaginez un peu, lectrices chéries, le client qui n’osera pas ôter sa serviette et encore moins sortir de table pour aller régler parce que la serveuse qui se penche vers lui pour lui présenter l’addition est particulièrement accorte.
15:24 | Commentaires (5)
mardi, 09 août 2016
Quand le bonheur est à louer, je suis heureux comme un pou l’est.
Il y a près d’un mois, Sylvie passait chez moi pour dire qu’elle ne passait plus dans le jardin face à la Halle Saint-Pierre.
Alors, le jardin en face, c’est « le Sacré-Cœur ».
Bon, il a changé trois fois de nom mais n’a jamais été appelé par le bon.
C’est toujours « le Sacré-Cœur ».
Il fut le « square Saint-Pierre » jusqu’à ce que l’État, qui administre Paris depuis la Commune, l’appelle « square Willette ».
En 2004 on s’aperçut avec un certain retard à l’allumage qu’Adolphe Willette avait été le seul « candidat antisémite » d’élections législatives.
Comme ce n’était pas bien vu, on rebaptisa le jardin du Sacré-Cœur « square Louise Michel ».
Ces temps ci, le glissement à droite étant marqué, je doute que ce jardin porte encore longtemps le nom d’une dame qui commit l’erreur d’être du côté des Fédérés lors la Commune.
Les temps n’ayant jamais été propices aux perdants et l’époque actuelle franchement néfaste aux Communards, le square devrait changer de nom sous peu…
Hélas, il n’y a pas que le nom du jardin qui a changé.
Le jardin aussi.
Adieu les allées sableuses, les chaises métalliques qu’on pouvait amener où l’ombre était propice et les rapprocher autant que faire se peut.
Adieu la dame à sacoche qui pestait parce que les gamins assis s’enfuyaient dès qu’ils l’apercevaient.
Il arrivait tout de même, qu’occupés à se regarder, les jeunes gens soient obligés de sortir une pièce en échange du minuscule ticket qui donnait le droit de rester sur la chaise.
Il m’est même arrivé d’en avoir un ou deux…
Cela dit, Sylvie, si tu as raison pour la population, pense que la rue qui sépare le Jardin de la Halle Saint-Pierre reste une rue super.
Oh ! Ça ne paraît pas comme ça.
Mais imagine la rue Ronsard les soirs d’automne, quand les feuilles qui tombent du flanc de la falaise artificielle jonchent le trottoir.
Imagine toi rentrant du lycée, le cartable battant le mollet, traînant les pieds dans les feuilles mortes en rêvassant à on ne sait quoi.
Ça fait un bruit chouette.
Si, si, regarde, il ne fait pas encore nuit, même pas crépusculaire, l’heure est la même en été et en hiver.
Tu n’as qu’à tourner la tête vers le Panthéon pour voir le soleil se coucher.
Quand tu as dépassé le tournant, ne prends pas la rue André del Sarte, elle est sale, elle sent le pipi et les trottoirs sont pleins de crottes de chien.
Non, continue et monte la volée de marches qui t’emmènera jusqu’à la rue Muller.
Après, tu vas où tu veux, moi je vais continuer jusqu’au chez moi de ce temps là…
09:54 | Commentaires (6)
lundi, 08 août 2016
Eros tanne Athos pour savoir ce que les cupides ont…
Que je vous dise, lectrices chéries, une d’entre vous, qui n’a que deux garçons, s’étonne que Merveille partage son papy sans rechigner.
Alors voilà Liv, toi qui es une femme, tu as peut-être oublié que Merveille est comme tu fus et est comme toutes les filles.
Ça désola les garçons comme moi qui, nés dans une famille de filles, se retrouvèrent bien seuls par moment.
Même si Merveille proteste de son amour pour son papy, elle arrive dans ces moments de l’enfance où les filles ne veulent plus voir les garçons.
Evidemment, ça ne tombe jamais pile poil dans le temps où les garçons ne veulent pas voir les filles et ne veulent que jouer aux cow-boys et aux Indiens.
Maintenant je ne sais pas à quoi ils jouent mais ils se battent pareils que quand j’avais leur âge.
Mais si, lectrices chéries, vous vous rappelez sûrement très bien cette période où les filles jouent entre elles et plus du tout avec les garçons.
En revenant du jardin, je marchais largement devant Heure-Bleue et Merveille, entraîné d’un bon pas par P’tite Sœur pressée d’atteindre le « repaire des goûters ».
Eh bien, la lumière de mes jours m’a rapporté que pendant ce temps là, Merveille lui avait dit « Tu as vu mamie ? P’tite Sœur fait comme moi avant, quand je donnais toujours la main à papy ! »
Merveille me partage donc volontiers avec P’tite Sœur.
Elle me partagerait même avec n’importe qui, même si, en retournant chez elle il y a toujours un moment où elle me donne la main.
Elle me partagea aussi avec cette petite Naël qu’elle ne connaissait alors que depuis une heure.
Heureusement que je n’ai pas une âme « d’abandonati »…
Elle ne condescend à se souvenir de papy que quand elle trouve que P’tite Sœur se comporte un peu trop en propriétaire du papy en question sinon.
Et encore, je pressens que ça ne va pas durer.
Ouip ! Not’ amour a du plomb dans l’aile !
Comme disait Brassens « Il y a des jours où Cupidon s’en fout »…
Ces jours se font hélas nombreux.
Ce matin déjà, en me levant j’ai réveillé Heure-Bleue par mégarde.
Je vous ai déjà parlé des réveils d’Heure-Bleue.
Si on n’a pas une bonne raison, c’est un peu comme marcher sur la queue d’un chat, ça se passe mal
Si Cupidon a tiré une flèche aujourd’hui, c’est dans mon dos.
Nous sommes lundi, et l’amour du lundi, des fois c’est comme la bagnole du lundi.
Autant dire que ça démarre mal…
Mais bon, elle s’est rendormie.
Elle est comme ça Heure-Bleue.
« Je ne dors pas » dit elle.
Elle somnole néanmoins très profondément huit heures par nuit…
07:53 | Commentaires (9)

