jeudi, 03 avril 2014
Au printemps le bus t’attire…
Hier après-midi je suis allé ailleurs pour de sombres affaires de paperasse histoire de confirmer un statut de bancal.
Ce n’est pas tant le côté bancal qui me branche que les menus avantages qu’il m’octroie et auxquels je tiens d’autant plus que je les partage avec la lumière de mes jours.
Ce statut m’a coûté des pièces vraiment détachées mais me permet de ne pas faire la queue aux guichets des musées, mieux encore d’y entrer sans payer avec mon accompagnatrice, accompagnatrice avec qui je me permets pleins de trucs qui m’enverraient au tribunal pour harcèlement si je n’étais pas marié avec…
Mais non, pas ça… Pfff… Lui demander de me repasser mes chemises, laver mes affaires, tout ça…
Ce statut, vaillamment gagné à force de délabrement, me permet normalement de ne pas faire la queue aux guichets de la SNCF mais ceux-sont si rarement équipés d’un guichetier que ça ne m’a jamais servi.
Revenons à mon périple d’hier. A l’aller, malgré une oreille et un œil attentifs, je n’eus rien à me mettre sous le clavier pour nourrir ce blog.
Au retour, en revanche, une charmante saynète, telle que peut en réserver le 378, bus de banlieue plein de gens et de surprises, m’a captivé.
Je suis entré dans le bus au terminus, je suis resté seul un certain temps que je mis à profit pour poursuivre la lecture de mon bouquin. Quelques minutes avant le départ, six pour être précis, un jeune homme est monté, un petit pot à la main, qu’il a commencé à déguster.
Que je vous dise : Le terminus est à deux pas d’un Monop’ ce qui explique en partie la suite.
A peine assis, une jeune fille, très brune et plutôt bien faite, est montée d’un pas décidé et s’est assise face au jeune homme. J’ai pensé qu’au vu des places disponibles, elle avait en vue la compagnie du gamin…
Lui, a levé les yeux de son petit pot, l’a regardée et s’est exclamé :
- Waouh ! On a pris tous les deux « caramel salé » ! C’est marrant, on doit être du même signe astro !
La môme a avalé sa bouchée de crème et, l’air intéressé, a répondu :
- C’est quoi ton signe ?
Les choses étaient bien engagées m’a-t-il semblé, j’ai replié mon bouquin et fait semblant de ne pas exister, attendant la suite que je subodorais, parti comme c’était, plutôt drôle.
- Verseau ! A dit le gamin plein d’espoir.
La môme a rosi de plaisir, si si, il y en a encore qui rosissent, ça m’a surpris mais j’ai vu ça hier.
- Oh ! Moi aussi ! A dit la gosse.
- Waouh ! On est fait pour s’entendre !
Le jeune homme, poussant son avantage, a osé :
- C’est quoi « ton 06 » ?
Fiérote la gamine a sorti un smartphone et a dit :
- C’est 07… A-t-elle commencé.
- Ah ben m… ! Chuis pas au top alors, j’ai qu’un 06…
Elle lui a donné quand même et a noté le sien.
Le bus est parti. Ils ont continué à papoter.
J’ai repris ma lecture.
Les mois d’avril sont comme ça…
08:51 | Commentaires (9)
mercredi, 02 avril 2014
Ce petit Pâques est de sucre…
Hier, Heure-Bleue est partie se faire « décafouillonner » les cheveux.
Vaste programme voué à l’échec. Elle dort encore et je suis sûr que ses cheveux auront repris leur liberté désordonnée.
Mais… Hier il faisait beau et je profitais de ma solitude pour rêvasser en regardant l’arbre plein de fleurs blanches que je vois de ma chaise à travers la porte-fenêtre contre laquelle je suis.
J’ai repensé à des vacances de Pâques, pour autant que je me le rappelle, c’était en mars 1961, quelques jours avant les vacances de Pâques. Les profs avaient renoncé à enseigner quoi que ce soit à des gamins d’une treizaine d’années le lundi d’une semaine qui s’achèverait le mercredi soir.
Oui, comme mon fils, je ne me rappelle pas vraiment les dates, je me rappelle bien les jours et c’était un lundi de mars.
On avait eu le droit de jouer à la condition que le niveau de bruit ne dépassât pas le chuchotement. Dans « ma » rangée, nous avons décidé à quatre de « jouer au baccalauréat ».
Un moment, le sort désigna la lettre « U ».
Le prénom passa aisément, la ville aussi, la fleur itou, le fruit idem.
L’animal posa à tous un problème.
Sauf à moi qui avais vu il y a peu une bestiole peu engageante dans le Petit Larousse Illustré.
Fort de mon savoir tout neuf j’écrivis « Urubu » sur ma feuille.
Nous commençâmes à vérifier les résultats de ce « baccalauréat ».
Ça s’est gâté.
« Animal ? » à dit J.
- … A dit A.
- Pfff… A dit M.
- Urubu ! A dit Le Goût.
- Oaaahhh !! L’aut’ !!! Ça exissse même pas ! Ont dit les trois autres.
Un à même prétendu à voix basse « Eh ! Tu nous prends pour des cons ou quoi ? »
Oui, on n’avait pas toujours le langage espéré par les parents dès qu’on était loin de leurs oreilles.
J. a levé le doigt.
« Oui ? » a dit la prof d’anglais.
- Madame, S. il dit que l’urubu c’est un animal !
- Aaaahhh !!! Monsieur S. et son imagination délirante ! « Urubu » ! Mais qu’est-ce que c’est que ça… Urubu… Non, je ne crois pas…
J. s’est foutu de moi. J’ai perdu. Mais j’étais sûr de mon fait et je n’ai pas lâché l’affaire.
Le lendemain j’ai apporté Le Petit Larousse Illustré pour « leur montrer ».
A la première récré, j’ai attrapé J. et lui ai montré l’article et l’image de l’urubu en question.
Ce salaud m’a dit
- P’têt’ mais tu l’as dans le cul mon p’tit pote ! J’ai gagné !
Alors on s’est battu.
Et j’ai gagné car si j’avais un an de moins, il était plutôt chétif.
N’empêche, je l’ai eu mauvaise…
Mais on s'est rabiboché.
On a bien fait.
C'est lui qui, des années plus tard, m'a amené à « La Casita ».
07:48 | Commentaires (6)
mardi, 01 avril 2014
Je viens acquis, elle va innée...
Hier, sur le banc, comme Carmen et La Hurlette, Heure-Bleue et moi avons déjeuné d’un kebab.
Oui, de temps à autre, pour nous rappeler les temps durs où nous faisions semblant d’appartenir aux « classes laborieuses, classes dangereuses », nous « déjeunons façon clochards ».
Je dois dire que je fais ça nettement mieux que ma camarade de vie.
Heure-Bleue goûte avec précaution et évite avec talent sa chemise, sa jupe, son cache-poussière là où je tente de manger, le papier sur les genoux, les morceaux de viande tombant, un coup par terre, un coup sur mon « milleraies » mais jamais sur le papier,
Que voulez-vous, lectrices chéries, je suis comme ça.
Vous et moi sommes d’accord, qui disons volontiers que les hommes sont des cochons. Nous ne pensons pas aux mêmes choses, c’est tout…
Les travers de porc peuvent être variés. (Ouais, bon…)
Nous nous sommes promenés longuement puis revenus à la maison.
J’étais, pour mon compte, enchanté.
Prêt même, dans la lumière du soleil couchant, à dire à la dame qui partage ma vie des trucs du genre :
J’adore sur ta peau, voir la douceur du soir
Tandis que peu à peu s’évanouit dans le noir
Ta silhouette pâle…
Ouaip ! Je suis tout à fait capable de lui sortir des trucs comme ça…
Au flan ! Sur l’inspiration du moment.
Mais j’évite. J’évite soigneusement.
Hélas, lectrices chéries, Heure Bleue n’a pas une âme à ça.
Il y a chez elle une nette scission entre la littérature et la poésie.
Que dis-je, une scission ? Un schisme !
Pour elle, ces « petits machins » sont un dévoiement de la littérature.
Puis, comme ce genre de chose me prend plutôt vers le crépuscule, si je ne veux pas entendre une réponse du genre « Euh… Minou… Le riz va être trop cuit. », je garde mes envolées pour moi.
Quand nous étions plus jeunes, je tentais le coup régulièrement.
En m’entendant, elle me jetait un regard suspicieux.
Mais des fois ça marchait…
08:13 | Commentaires (8)
lundi, 31 mars 2014
Mignonne, allons voir si la rose...
Je suis en train d’écouter le nombre phénoménal de gagnants aux élections municipales.
Un détail me chiffonne.
J’ai cru un moment, il y a longtemps, que nous, électeurs, étions les acteurs et que ceux que nous installions dans les sièges étaient nos représentants et vivement conviés à réaliser ce pour quoi on les avait mis là.
Que nous étions les maîtres du jeu et que les gouvernants étaient à notre service et pas l'inverse.
Erreur, lectrices chéries, tragique erreur !
A écouter les uns et les autres, on nous a clairement ramenés à ce que nous sommes : Des pions !
Je ne parlerai pas du FN, il a ses ennemis perpétuels, quasiment inusables : Les autres, surtout les pas blonds…
Ni du PdG qui a les mêmes ennemis : Les autres, mais ceux qui ont des sous.
Non, je vous demanderai seulement de tendre l’oreille vers ce que disent les ténors des partis dits « de gouvernement ».
Et là, je suis aussi stupéfait que l’enfant de chœur qui se rend compte que non seulement le bon dieu n’existe pas mais que si le type à col romain lui a demandé s’agenouiller, c’est pour un rite pas très catholique.
J’apprends ainsi que nous ne sommes que « les enjeux d’une stratégie de reconquête », que « nous n’avons pas compris », que « nous n’avons pas vu tous les efforts que le gouvernement à faits pour préserver le pouvoir d’achat », que nozélites « n’ont pas suffisamment expliqué », que les ministres « n’ont pas fait suffisamment preuve de pédagogie ».
Bref, il faudra que nous tenions compte désormais, pauvres électeurs que nous sommes, d’un fait irréfutable : Nous sommes des minus habens.
Nous sommes stupides au point de n’avoir pas compris que si le gouvernement appliquait un programme pour lequel il n’a pas été élu, c’est qu’on n’avait pas compris que c’était normal.
Je n’aurais pas l’outrecuidance, pauvre vermisseau que je suis, de faire remarquer à la cible de notre hargne que s’il avait oser avouer quel programme il comptait mettre en œuvre il aurait été boulé dès le premier tour…
L’opposition à son tour s’est longuement étendue que la stratégie qu’elle comptait mettre en œuvre pour « amener l’électeur à bien voir où le menait le gouvernement », comment « elle allait communiquer pour convaincre que nous sommes la seule solution aux problèmes auxquels se heurtent les Français », comme elle allait « faire toucher du doigt les erreurs commises par la majorité actuelle ».
A écouter tout ça, j’ai compris pourquoi ces émissions ne sont jamais « interactives », pourquoi on ne commet jamais l’erreur de demander à l’électeur attentif ce qu’il pense de ce qu’il vient d’entendre.
Ce n’est pas seulement pour éviter d’entendre des bordées de jurons.
Lectrices chéries, ne pensez-vous pas que c’est surtout pour ne pas s’entendre jeter à la figure, devant des millions de téléspectateurs « Mais au lieu de vous étendre sur ce que les autres ont mal fait, si vous nous proposiez des solutions ? Et surtout expliquez nous donc pourquoi ne les n’avez vous pas appliquées lors de la précédente législature ! »
Qu’on nous prenne pour des andouilles, soit.
Qu’on nous le dise à mots à peine couverts, d’accord.
Mais tout de même ! Qu’on ne le fasse pas de façon si voyante et sans précautions.
C’en est vexant…
07:55 | Commentaires (9)
dimanche, 30 mars 2014
Partie de campagne.
Hier je suis allé à la campagne avec Nadia.
Mais non, lectrices chéries, n’allez pas penser à des trucs inconvenants…
Avec Fred, un autre copain de notre forum de fondus de l’audio avec qui je me chamaille mais pour des raisons qui n’ont rien à voir avec la hi-fi, nous étions invités par un malade de la bidouille dans un coin au fin fond de l’Oise.
Coin tellement paumé que même les deux GPS, celui de Nadia et celui de Fred avaient du mal à indiquer la route mais étaient tout de même de temps en temps d’accord entre eux.
C’est vous dire le coin…
Il est apparu au retour que le bled n’était qu’à une quarantaine de kilomètres de Paris.
C’est sans doute pourquoi nous avons parcouru près de soixante-dix kilomètres grâce aux tergiversations et autres hésitations de ces GPS.
Le début de la visite s’est plutôt bien passé. Nous avons été un peu surpris d’arriver dans un… J’allais écrire un jardin. Dans un truc qui ressemblait à une décharge dédiée au rebut d’un revendeur d’enceintes acoustiques victime de vandalisme.
J’ai tout de même trouvé une de ces merveilles des début de l’électronique à tubes. Rouillé, en mauvais état mais un appareil dont la précision de la mesure faisait penser à l’honnêteté d’un tract électoral. L’appareil était équipé d’un galvanomètre pourvu en tout et pour tout de trois indications : « Mauvaise-Douteuse-Bonne »
Notre hôte était charmant. Ce pauvre homme avait trois filles tout aussi charmantes.
Tout s’est bien passé jusque vers quinze heures. Le but de la visite s’annonçait sérieux.
Nous avons d’abord accueilli un homme, encore jeune mais plus pour très longtemps, plutôt effacé, qui m’a raconté, déçu de la vie, ce qu’il faisait, c'est-à-dire peu, les intermittents du spectacle étant pour nombre d’entre eux des intermittents du chômage, proies de boîtes de production qui les utilisent comme des kleenex.
Puis sont arrivés deux autre hommes, dont nul n’a pu savoir ce qu’ils faisaient exactement.
Enfin, le clou de la journée fut donné. Un couple étrange fit son apparition. Ils étaient le vrai but de cette invitation.
Un lutin proche de la soixantaine est arrivé, accompagné d’une petite femme genre « Joan Baez addict ».
Lui, passablement dégarni du dessus mais si soucieux de garder ses quelques mèches restantes qu'il les maintenait d’un catogan.
Il avait l’air très affairé avec deux petites planches dans une main tandis que sa femme portait une enceinte acoustique. J’ai déduit du spectacle que c’était lui l’intellectuel…
C’est à partir de ce moment que ça s’est un peu gâté. Heureusement que, vue au second degré, la situation était parfaitement désopilante.
Après avoir regardé sa femme jouer de la « clef Allen » pour monter un caisson de grave, le seigneur a passé du temps à « régler le système ».
- Alors ? Ça marche là ? Qu’est-ce que vous en pensez ?
- Euh… La voie droite est muette…
Le maître s’est levé, a approché une oreille, à constaté le silence qui s’échappait de l’enceinte, a soupiré, a vérifié, a dit « merde ! », a rebranché, a revérifié et remis en route le bouzin.
Il s’est mis au milieu de la pièce, les mains dans le dos, les yeux clos.
Il avait l’air sérieux, le vrai, celui qui prête à rire.
Il a haussé les épaules et a poussé l’enceinte gauche de dix centimètres vers la gauche, a eu l’air satisfait.
Il n’y avait pas de quoi. La pauvre chanteuse sortait passablement esquintée de son voyage au travers d’enceintes que lui seul pouvait qualifier d’acoustiques.
Il a lancé « Alors ? Hein ? »
Il y eut quelques « mmmouaiiisss… » polis.
- Qu’est-ce que vous en retirez, les gars ?
J’ai osé :
- Que c’est trop fort.
Fred a abondé dans ce sens.
- Ah mais non ! A dit le sérieux qui a insisté :
- Le direct, ça pète !
J’ai insisté :
- Pas les chanteuses. Du moins pas en concert.
Je ne suis pas sûr de m’être fait un ami…
Sur le chemin du retour nous avons convenu que nous avions entendu quelque chose de bien pire que les enceintes de Nadia. Mais la journée fut somme toute agréable.
Il est toujours réconfortant de constater que d'autres peuvent être plus ridicules que nous...
09:58 | Commentaires (6)

