lundi, 18 mai 2020
Devoir de Lakevio du Goût N° 39
Cette femme attend, mélancolique.
Dites moi, lectrices chéries.
À quoi pense-t-elle ?
Dans votre histoire il y aura ces dix mots :
- Bibi.
- Légèreté.
- Trait.
- Tomenteux.
- Envie.
- Nourrain.
- Gypaète.
- Nyctanthe.
- Physique.
- Nuage.
J’attends…
Je meurs d’envie de retirer un gant pour caresser mon chapeau.
Il est doux.
Aussi doux que j’espère le sera la peau de Jules.
Parce que Jules est doté d’un physique agréable mais je ne sais pas, du moins pas encore pas encore, si j’aimerai sa peau…
J’adore mon chapeau.
Et Jules…
Ce petit bibi tomenteux attire la caresse, rien qu’à le regarder.
Jules aussi…
J’ai bien vu l’autre jour que ce n’est pas sur le chapeau que Jules voulait passer du bout des doigts…
Je sais qu’il aurait aimé laisser un trait de douceur sur mon cou.
Lui savait à coup sûr que j’avais hâte de sentir sa main passer avec légèreté sur mon cou.
J’attends…
Je l’attends à l’abri du porche d’où je vois l’obélisque.
L’obélisque me rappelle ce poème de Théophile Gautier, celui qui justement raconte « L’obélisque de Paris » qui se rappelle qu’il vit, dans les jours passés, « l’ibis rose et le gypaète au blanc plumage au serres d’or ».
Je me demande soudain, souriant pour moi seule, si Jules ne voudrait pas me prendre comme nourrain pour peupler sa maison…
Je le revois me demandant de me revoir et soudain l’idée de peupler sa maison me semble intéressante…
Je pense à un confinement délicieux.
Il me préparerait un bain de pétales de fleurs de nyctanthe dont je sais qu’il aime l’odeur.
Je rêve m’en être parfumée et je l’attends…
Il arriverait enfin et, déjà séduite, je le laisserai me dévorer.
Enivré par mon parfum, il me picorerait de baisers des paupières aux orteils.
À cette idée, je me sens déjà plus légère, flottant sur un nuage de rêves pleins d’envies très secrètes et de caresses indiscrètes…
07:36 | Commentaires (27)
vendredi, 15 mai 2020
39ème de voir de Lakevio du Goût.
10:28 | Commentaires (7)
mercredi, 13 mai 2020
La gifle.
Yvanne disait lundi dans son commentaire « Quelle humiliation de recevoir une gifle devant tous ses camarades. Et sur l'estrade en plus ! »
Quand tu sais que les baffes étaient libéralement dispensées dans les pensionnats religieux de l’époque, ça relativise vachement la notion d’humiliation.
On ne peut pas parler d’humiliation, lors de la première gifle on était vexé mais surtout surpris pour cause de nouveauté et d’ignorance des règles en vigueur.
Cette vexation disparaissait rapidement car tous y avaient droit à un moment ou un autre de la journée.
Avec le recul de l’âge, je me dis que les Frères devaient avoir mal au mains avant le fin de la journée…
De ces gifles on ne retirait que la douleur qu’il fallait éviter le plus possible grâce à un mouvement de tête qui accompagnait le geste auguste du semeur de tarte.
La technique, qu’on finissait tous par acquérir avec un peu d’entraînement, consistait à relever la tête de façon à présenter le bas de la joue pour éviter que la baffe n’atteignît l’oreille et te laissât la tête bourdonnante et la joue brûlante.
Sinon, l’imagination étant au pouvoir en matière de sadisme éducatif, parmi les punitions courantes en cas de bêtises, si vénielles fussent-elles, il y avait cette façon de nous convaincre que la pesanteur était une idée idiote.
Vous faisiez en classe ce que vous ne pensiez pas un instant être une bêtise comme tourner la tête vers votre pote alors que le Frère disait quelque chose d’important.
Par un mystère que je n’ai jamais éclairci, le Frère s’apercevait toujours que vous n’étiez pas attentif à ce moment-là.
Il descendait alors de son estrade, marchait vers vous d’un pas lent puis, à côté de vous, toussotait.
Pile au moment où vous leviez la tête vers lui, il vous attrapait par les petits cheveux sur la tempe.
De toute façon il n’y avait pas de cheveux autres que petits sur nos têtes.
Les mieux lotis avaient « les cheveux en brosse », les autres, comme moi justement, avaient la coupe de l’époque, entièrement prévue antipoux, « courts devant, ras derrière et bien dégagé autour des oreilles »…
Et le Frère tirait. Il tirait et vous vous leviez, vous suiviez.
S’il levait le bras ? Eh bien démerdez-vous mais flottez !
Le sadique vous traînait ainsi jusqu’à côté de l’estrade et vous aviez d’un coup écopé de « Une heure ! »
Une heure à genoux sur le carrelage de la salle.
La fatigue s’installait et au bout d’un quart d’heure à vingt minutes, il vous venait l’idée de vous reposer un peu.
La première idée qui vous venait à l’esprit était de vous asseoir sur vos talons.
Vous étiez alors, au choix, remis à la position « normale » par un nouveau « tirage des petits cheveux » ou d’un magistral coup de pied dans le bas du dos.
Bref, Yvanne, le souci n’était pas, tu le vois « l’humiliation » mais la survie en milieu hostile.
Sachant que les récrés n’étaient pas plus calmes, ça forge un caractère…
10:29 | Commentaires (16)
mardi, 12 mai 2020
Usagés de la RATP...
Après avoir lu pendant trente-cinq ans « Sortez couverts », j’espère bien que nous et nos enfants ne liront pas pendant trente-cinq ans « sortez masqués » sur les panneaux d’affichage …
La radio nous le demande maintenant plusieurs fois par jour.
Alors hier après-midi nous sommes sortis masqués.
Ça m’a fait drôle de voir Heure-Bleue en « mini-hijab » bleu clair.
Alors que je regardais souvent ses yeux cette fois je ne voyais plus qu’eux.
À croire que ce fichu masque réduit la lumière de mes jours à une paire d’yeux.
Évidemment il me manque tout le reste…
Heureusement elle ne dort pas avec le masque.
Je nous imaginais déjà entamer une parodie permanente de la toile de Magritte que je vous ai proposée il y a peu.
Nous sommes donc allés au Monop’ de notre coin pour un réassortiment.
Arrivés au bas de l’immeuble nous avons mis nos masques.
Je me suis immédiatement dit « Ça y est ! J’ai chopé le coronamachin ! »
Puis, réfléchissant deux secondes, je me suis dit que ce masque empêchait de contaminer son prochain pour une raison toute bête : On ne peut pas respirer avec ce truc sur la figure.
Pas de respiration, pas de contamination…
On se trouve donc dans la situation de celui qui a été contaminé au détail près qu’il n’a pas – encore- besoin de réanimation.
Sur le chemin du Monop’, un autre inconvénient s’est révélé.
J’ai eu besoin de me moucher.
Vous avez déjà essayé de vous moucher avec un masque sur le nez ?
Le temps de réaliser, j’ai laissé tomber l’idée.
Hélas, un rayon de soleil devant le square a éclairé les yeux d’Heure-Bleue.
J’ai eu l’idée saugrenue de l’embrasser.
Encore un fois, ce masque a coupé net mon élan…
Heureux d’arriver enfin à la maison, j’ai commencé à retirer les emballages que j’ai jetés.
J’ai ensuite nettoyé les produits en emballage plastique et les bouteilles, rangé les produits et, après m’être lavé les mains, emporté par la satisfaction du devoir accompli, avant de fermer le robinet, j’ai rempli un verre d’eau pour le boire.
J’ai posé le verre sur la paillasse de l’évier, pensé à retirer ce fichu masque et bu ce verre d’eau.
C’était drôlement bien de respirer sans masque.
Je suis finalement heureux d’avoir choisi la carrière d’ingénieur plutôt que celle de chirurgien.
Bien sûr j’ai dû de temps à autre enfiler une combinaison genre « NBC », une charlotte et des « chaussons à chaussures » pour cause d’atmosphère contrôlée et de précision des opérations à faire mais pas aussi souvent qu’un chirurgien.
Aujourd'hui nous devons prendre le bus...
Retour des bandits masqués...
12:33 | Commentaires (4)
lundi, 11 mai 2020
Devoir de Lakevio du Goût N° 38
38ème devoir de Lakevio du Goût.
En cherchant chez Harold Harvey une œuvre qui au moins m’inspirerait pour le « devoir de Lakevio du Goût », j’ai vu celle-ci :
Elle a immédiatement attiré mon attention car elle est liée à un souvenir qui aujourd’hui me fait sourire mais qui m’a terriblement mortifié et frustré quand est survenu l’évènement.
Je suppose que vous aussi aurez quelque histoire à raconter à propos d’enfants, de jeu de billes ou simplement de campagne…
Cette toile me rappelle un souvenir qui peut sembler cruel mais ne l’est pas tant que ça.
Vous vous rappelez que j’ai passé enfant quelques années chez des fondus persuadés que la meilleure façon d’amener un gamin à croire en dieu était de le punir chaque fois qu’il posait une question qui amenait une autre réponse que « c’est comme ça que le bon dieu a vu la chose ! »
Quelques éléments toutefois me plaisaient dans ce pensionnat.
À part les récréations où on me fichait désormais la paix, ce que j’aimais c’était la classe.
Surtout parce que c’était l’endroit où je me débrouillais le mieux avec le chant et les parties de « billes au pot » des récréations.
C’est d’ailleurs ces parties de billes qui me firent pour la seconde fois détester ma mère.
Vous ne savez pas jouer « au pot » avec les billes ?
Que je vous explique.
C’est passionnant.
Du moins quand on a l’âge des gamins sur la toile d’Harold Harvey.
Il y avait « les billes », de petites boules de terre cuite peintes de diverses couleurs.
Assez ternes et de peu de valeur mais disponibles en grand nombre.
Puis il y avait « les cales », billes de verre parfaitement sphériques et agrémentées de trainées de verre coloré noyées dans le verre transparent de la bille.
On ne mettait ces « cales » en jeu que quand on avait perdu jusqu’à la dernière bille.
Et enfin, l’apothéose, le graal du joueur de billes, imaginez une « cale » mais à l’échelle trois ou quatre, « le calot ».
Le jeu consistait à trouver un des endroits de la cour de récréation où un trou de la taille adéquate se prêtait au jeu, se mettre à environ un mètre du trou et chacun des joueurs jetait quelques billes par terre.
Celui dont une des billes était la plus proche du trou commençait, suivi par le suivant dans l’ordre de proximité.
Une fois l’ordre établi, il suffisait au joueur d’envoyer d’une pichenette les billes dans le trou. Tant que la bille que vous aviez envoyée tombait dans le trou, vous jouiez. Si vous ratiez votre coup, le joueur suivant prenait son tour.
Celui qui envoyait la dernière bille dans le trou, dit « le pot » ramassait toutes les billes.
La suite consistait à échanger un certain nombre de billes contre quelques rares « cales » puis quelques cales contre un « calot ».
Surtout ne pas oublier de garder quelques billes de façon à éviter de commencer une partie par le sacrifice de choses aussi précieuses que des cales…
Quel rapport avec ma mère ? Direz-vous.
Eh bien, il se trouve que j’étais assez habile pour remplir mes poches assez vite.
Un manque de chance tout relatif au bout du compte fit que lors d’une récréation je ramassai toutes les billes en jeu, celles de tous les jeux auxquels j’avais participé.
Les deux poches de ma blouse étaient pleines.
Pleines de billes.
Trop pleines de billes.
Arrivé en classe, je fus trahi par la résistance des matériaux.
Vous vous rappelez sans doute que mes blouses n’étaient pas ces blouses grises, solides à souhait.
De la blouse de quincailler.
De la blouse qui pouvait servir de caisses à outils sans cligner d’un revers de poche. De la blouse parfaite en somme, capable de tenir deux kilos de billes par poche.
Et au bas mot s’il vous plaît !.
Mes blouses donc, n’étaient pas grises, rappelez-vous, mais bleues, avec un liseré rouge et un « col Mao ».
Et c’est là que la fâcheuse habitude maternelle de sauter sur le « moins disant » fit des ravages.
À mon amour-propre d’abord, à mes possessions ensuite et enfin à mes récréations.
Comme je vous l’ai dit, je me débrouillais plutôt bien en classe.
À une question du Frère, je levai si vivement le doigt qu’une poche céda d’un coup, envoyant une centaine de billes sur le carrelage de la classe.
Je me levai alors dans un mouvement brusque qui fit céder la seconde poche et envoya une autre centaine de billes par terre.
Le silence de la classe fut brutalement interrompu par la ruée de tous les autres pour ramasser les billes.
Leurs efforts furent vains.
Une fois toutes les billes ramassées, le Frère passa parmi eux et les confisqua toutes.
Oui ! Toutes !
Une fois les billes enfermées dans son bureau, le Frère me fit venir sur l’estrade, me donna une gifle, deux cents lignes et me renvoya, les larmes aux yeux mais pas pleurant, à ma place.
Ce fut la seconde fois que je vouai une haine farouche à ma mère.
Ça passa rapidement car je ne suis pas rancunier mais ce ne fut pas la dernière fois. J’étais assez jeune pour qu’elle dispose encore d’une impressionnante réserve de tours pendables à mon endroit...
Je perdis ce jour-là l’habitude de jouer aux billes.
Voilà ce qu’amène à ma cervelle ce matin le tableau d'Harold Harvey…
06:51 | Commentaires (27)