lundi, 28 novembre 2022
Devoir de Lakevio du Goût N°144

J’avais évidemment repéré quelques toiles représentant des jeunes femmes vêtues de peau pâle, réchauffées de cheveux roux et au visage délicat rafraîchi par le bleu et le vert d’eaux océaniques.
Mais je me suis dit « Bon, les unes vont encore pester « encore des rousses ! Mais qu’il en drague une et nous fiche la paix ! » alors je laisse tomber… »
J’ai trouvé quelque chose qui, à défaut de convenir à toutes et tous, semble plus adapté à ce que je ressens parfois.
C’est un « devoir d’égoïste » en somme…
Si cette peinture vous donne quelque chose à raconter, je vous en prie.
Laissez aller votre imagination.
J’espère que nous nous lirons les uns les autres avec plaisir.
Alors à lundi…
Bon sang que c’est loin !
Assis là, sur cette pierre d’angle au bas de l’escalier, comme un vieil imbécile qui ne sait même pas comment il va bien pouvoir se relever, je rêvasse.
J’aurais pu évidemment, passer par la rue Foyatier et manquer de mourir d’une crise cardiaque à vouloir suivre le chemin du funiculaire et ses plus de trois cents marches.
Mais non, au bas du jardin, les quelques marches de l’entrée gravies, j’ai remonté à pas lents l’allée sur la droite, celle qui ne monte pas trop car elle suit la rue Ronsard.
Puis après une pente pas bien raide, je suis arrivé sur cette petite place, face au « Soleil de la Butte » qui m’a rappelé mon oncle qui chantait des versions inavouables des succès de l’époque, qu’il s’agît de Francis Lemarque ou d’Edith Pïaf.
Là, ça me revient.
Il faisait beau et mon oncle a commencé à chanter « La grenouille ».
On l’entendait à la radio et elle finissait par quelque chose comme « La grenouille se change en une fille aux cheveux d’or » et elle devait partir main dans la main avec le garçon.
Mon oncle, qui avait un sens plus aigu des réalités a commencé « Un garçon part en vadrouille au bord d’un étang » mais a continué « Il marche sur une pierre qui roule et fout le camp dedans… »
Je me rappelle avoir ri et en avoir été surpris parce que d’après ma mère, je ne ris pas beaucoup et ça l’inquiète parfois.
Je me suis arrêté un instant sur la place, devant le « Soleil de la Butte » et j’ai continué jusqu’à l’escalier que j’ai descendu.
Là, je me suis arrêté, me suis assis sur la pierre à gauche de l’escalier et ai regardé l’entrée de la rue Charles Nodier.
Là boulangerie en face n’est plus là.
Je suis repassé là parce que ma mémoire s’efface et que j’ai peur.
Je passe de temps en temps dans tous ces endroits avec l’angoisse de ne plus savoir ce que j’y ai vécu, vu, senti, ressenti, entendu.
J’ai parfois l’impression que ma vie est devenue fuligineuse, faite d’évènements qui s’effacent petit à petit.
Je fais face à la rue André del Sarte et là aussi il me revient qu’elle sentait terriblement le pipi et était sombre, même quand il faisait soleil.
Il y a bien quelque chose lié à cette boulangerie disparue, mais quoi ?
Toutes ces traces éparses ne me font pas mémoire mais ressemblent plus à une boîte de vis et écrous divers qui aurait été renversée.
C’est pour ça que j’ai peur.
Je ne sais pas si je pourrai encore longtemps les ramasser et les ranger.
On dit même que parfois on devient méchant parce qu’on ne les retrouve pas…
10:07 | Commentaires (19)
vendredi, 25 novembre 2022
144ème Devoir de Lakevio du Goût
J’avais évidemment repéré quelques toiles représentant des jeunes femmes vêtues de peau pâle, réchauffées de cheveux roux et au visage délicat rafraîchi par le bleu et le vert d’eaux océaniques.
Mais je me suis dit « Bon, les unes vont encore pester « encore des rousses ! Mais qu’il en drague une et nous fiche la paix ! » alors je laisse tomber… »
J’ai trouvé quelque chose qui, à défaut de convenir à toutes et tous, semble plus adapté à ce que je ressens parfois.
C’est un « devoir d’égoïste » en somme…
Si cette peinture vous donne quelque chose à raconter, je vous en prie.
Laissez aller votre imagination.
J’espère que nous nous lirons les uns les autres avec plaisir.
Alors à lundi…
08:25 | Commentaires (6)
lundi, 21 novembre 2022
Devoir de Lakevio du Goût N°143
Ça faisait longtemps que je ne vous avais pas proposé de raconter une histoire.
Cette toile de John Salminen, peintre que j’aime car il me paraît parcourir Paris avec le même regard que Modiano me dit qu’il est temps qu’un véritable hiver arrive.
Et vous ?
Comment verriez-vous cet hiver qui pousse la dame à pousser la neige dans le caniveau ?
À lundi j’espère…
À peine claquée la porte de l’appartement, je frémis sur le palier.
Nom de dieu qu’il fait froid !
J’avais perdu l’habitude…
Si je ne savais pas qu’il ne faut pas confondre « le temps qu’il fait » et « le climat », je jurerais comme un charretier avec la horde des « climatosceptiques ».
Je pesterais des choses comme « Ah les couillons ! On m’a bien eu avec cette histoire de réchauffement climatique ! »
La lumière est curieuse et l’ouïe elle-même est frappée par l’impression de vivre dans une atmosphère ouatée.
Dès que la porte de l’immeuble s’ouvre, je me transforme en statue de glace.
Et une fois sur le trottoir et les deux pieds dans la neige je sais je ne vais pas fondre dans l’heure qui vient.
Heureusement que le métro n’est pas loin.
La deuxième surprise de la journée arrive rapidement.
Les jambes de la boulangère !
Je ne les avais jamais vues !
Chaque fois que j’allais chercher « une « tradi » bien cuite s’il vous plaît. » je la voyais derrière sa vitrine de pâtisserie.
Accorte, certes, mais des cheveux « casqués » façon « Dallas » jusqu’à la taille.
Le reste restait mystérieux et je dois avouer que si je la trouvais plutôt chouette, ça n’allait pas plus loin.
Jusqu’à ce matin où je découvre qu’elle a des jambes et que ces jambes sont assez réussies pour réveiller chez moi des pensées qui n’ont rien à voir avec le travail…
Oui, je suis comme ça.
Quand quelque chose me plaît chez une femme, l’envie d’en savoir plus me trotte par la tête.
Mais il fait bien trop froid pour que je me lance dans une tentative de badinage sur ce trottoir enneigé.
En plus, pas toujours aimable, elle est bien capable de me donner un coup de pelle si j’approche.
Exit donc les pensées folâtres et bonjour le métro…
10:22 | Commentaires (26)
vendredi, 18 novembre 2022
143 ème Devoir de Lakevio du Goût.
Ça faisait longtemps que je ne vous avais pas proposé de raconter une histoire.
Cette toile de John Salminen, peintre que j’aime car il me paraît parcourir Paris avec le même regard que Modiano me dit qu’il est temps qu’un véritable hiver arrive.
Et vous ?
Comment verriez vous cet hiver qui pousse la dame à pousser la neige dans le caniveau ?
À lundi j’espère…
10:07 | Commentaires (6)
jeudi, 17 novembre 2022
L’espace d’un instant…
J’ ai lu la dernière note d’Alainx, je le remercie d’avoir inspiré celle-ci.
Je dois dire que j’ai, comme lui parfois, la sensation de radoter.
Sauf que je radote pour de bon.
Ce n’est pas une volonté délibérée, c’est simplement que les mêmes questions reviennent régulièrement occuper ma cervelle parce que je leur cherche vainement une réponse.
Pourquoi la rue Turgot, pour ne parler que d’elle reste-t-elle coincée dans ma mémoire de façon irréversible ?
Alainx se demande régulièrement pourquoi il a l’impression que ses « cloisons intellectuelles se gondolent ».
La belle affaire ! Il n’est pas le seul !
Les miennes se sont effondrées il y a longtemps.
Non quand je me suis aperçu que j’étais mortel mais avant.
Quand je me suis demandé pourquoi la sensation de solitude et de fuite du temps et des amours se faisait si lourde.
Pourquoi diable cette boulangerie du coin de la rue Ronsard et de la rue Charles Nodier reste-t-elle accrochée à ma mémoire comme le morceau d’albuplast l’est au doigt du capitaine Haddock alors qu’elle a disparu ?
Et je cherche, et je gratouille ce neurone rétif jusqu’à ce que surgisse cette petite fille.
C’est lancinant ces souvenirs qui ne veulent pas resurgir quand on les sollicite.
Je pense parfois à cette boulangerie « l’espace d’un instant »…
Il matérialise très bien ce « paradoxe du bonheur triste », celui que je nomme in petto le « syndrome du radotage intérieur », ersatz du voyage dans le temps…
Vous ressentez soudain le bonheur d’avoir vécu l’instant, et êtes écrasé par la certitude qu’il s’est enfui à jamais.
L’instant qui me vit, marchant lentement, mon cartable me battant le mollet.
J’étais tout seul et flânait car il faisait beau et doux alors arrivé place Saint Pierre, je suis entré dans le jardin du Sacré-Cœur, suis sorti rue Paul Albert pour descendre les escaliers jusqu’à la rue Ronsard.
Je me suis arrêté devant la vitrine de la boulangerie pour regarder les gâteaux, juste à côté de la porte.
Un instant plus tard elle est sortie, son cartable dans une main, un « pudding » dans l’autre.
La boulangère a crié « la porte ! » quand elle est sortie, tirant la porte de son coude, les deux mains encombrées.
J’ai dit « je peux fermer la porte ».
Je ne sais pourquoi j’ai dit ça.
Peut-être, sûrement même, parce que je trouvais jolie.
Elle a dit « oh merci ! », j’ai fermé la porte.
Quand je me suis retourné elle m’a tendu son cartable.
Elle a repoussé le papier, a arraché un petit morceau du « pudding » et m’a dit « tu en veux ? »
J’ai juste hoché la tête et, les deux mains encombrées, je me suis penché.
Elle a glissé délicatement le petit morceau de « pudding » entre mes lèvres et a dit « T’es en quelle classe ? «
J’ai eu soudain très chaud aux oreilles, je le sais bien.
J’ai réussi à avaler ma salive avec la petite bouchée de « pudding », je l’ai regardée et j’ai dit « en sixième… » elle m’a répondu « Oh ! Moi aussi ! »
Elle n’a pas dit « Ah ! », elle a dit « Oh ! » et j’ai trouvé ça plus joli.
Avant de descendre la rue André Del Sarte, je l’ai suivie du regard tandis qu’elle descendait la rue Charles Nodier.
Nous n’étions pas du même monde…
Mon dieu que j’ai envié son monde à ce moment, le mien était bien plus dur…
J’ai suçoté ce morceau de « pudding » jusqu’à la maison…
Ce morceau de « pudding » et ce qui allait autour est un des nombreux instants de bonheur grappillés au long de ma vie.
Mon dieu, que le bonheur est une essence volatile…
Ah ça, c’est bien plus long qu’une note d’Adrienne !
10:06 | Commentaires (6)





