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dimanche, 20 décembre 2020

Pas de pavés ? Pas de plage !

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Depuis plusieurs présidents de notre République, le pouvoir tient absolument à effacer jusqu’au souvenir de Mai 68, de peur sans doute que les plus jeunes remarquent qu’on peut secouer son joug et faire avancer les choses sans attendre que des barbons se réveillent dans l’Assemblée.
Un slogan de ce mois propice à l’émeute hurlait  en majuscules sur le parapet du « Pont Neuf »

« Soyez réalistes ! Demandez l’impossible ! »

Cette aussi jolie que clairvoyante maxime reste étonnamment vraie et tout aussi utopique ces temps-ci en remplaçant le mot « impossible » par « possible ».
Alors méfiez-vous parce que quand on lit dans le Figaro

« Cette crise marque la fin du capitalisme néolibéral »

Et surtout quand Mr Matthieu Pigasse, ex-DG de la Banque Lazard et aujourd’hui à la tête de la banque américaine Centerview juge :

« Il est urgent d’inventer une société dont la priorité absolue serait un meilleur partage. »

Ça me fait sursauter.
Un peu comme si j’apprenais brutalement que le loup, devenu végan, laissait tomber l’agneau.
Ça suscite chez moi quelque méfiance, non sur le sens de « partage », qui est assez clair mais sur le sens de « meilleur partage » dont j’ai pu apprécier la conception chez nombre de financiers et d’industriels…

samedi, 19 décembre 2020

On ne nous transporte pas on nous roule !

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Le confinement me pousse à réfléchir à ce que j’ai entendu à la radio.
Et c’est pas brillant car hier, pendant que je préparais le petit déjeuner de la meilleure moitié de moi-même, le petit poste qui me truque les nouvelles du monde m’a appris incidemment qu’une institution qui me transportait sans problème autre qu’assurer son service sept jours sur sept sauf grève impromptue va « être ouverte à la concurrence ».
Oui lectrices chéries, la TCRP que connaissaient mes parents qui était devenue la  RATP après la guerre de 39-45, va désormais devoir rapporter des sous au lieu de transporter des usagers et assurer des conditions de travail humaines à son personnel.
Je dois avouer à mon grand dol que Michel Houellebecq, qui avait parlé ce jour-là au lieu de se laver les cheveux qui en ont grand besoin, avait raison qui avait dit « le monde d’après sera comme le monde d’hier. Et même un peu pire… »
Il avait même plus encore raison qu’il le pensait.
« Le monde d’après » semble parti pour être comme « le monde d’avant-hier » plus encore que « le monde d’hier ».
Il paraît que nous serions devenus « raisonnables ».
Enfin, à l’exception notable des cheminots et des « hératépiens », ces chiens qui se battent comme des chiffonniers et « nous prennent en otage » pour conserver des « privilèges indus » et obtenus grâce à la menace et à « la lâcheté de gouvernements à la solde de Moscou ».
Quel dommage que le slogan « Sous les pavés la plage » qui va fêter ses cinquante-deux ans dans six mois soit tombé en désuétude.
C’est un des effets pervers de « l’évolution des mentalités vis a vis de l’économie », ça rend un peu nunuche, en fait ça bouche carrément l’entendement.
Même, on pourrait dire de la « communication politique » ce qu’un autre slogan cinquantenaire disait de la publicité : « La publicité vous prend pour des cons. La publicité vous rend cons ! ».
Ça arrive à faire croire à une forte proportion d’électeurs qu’une régression sociale, quand c’est affublé du substantif « réforme » et que ça va dans le sens de l’accroissement des inégalités, c’est bon pour nous.
Ça arrive même à nous faire voter contre nos intérêts, c’est dire...
On remarque parfois çà et là des monuments de naïveté, du type « l’éthique devient une valeur de l’entreprise » ou « la transparence fait son entrée dans la gouvernance des entreprises ».
Il m’est même arrivé de lire dans un article des Échos des bluettes comme « la responsabilité sociale fait son entrée dans le monde de la finance » alors que des banques se voient citer dans d’autres journaux comme « blanchisseuses de sous » et « évadeuses fiscales » sous des tropiques enchanteurs…
Quoi que pensent les thuriféraires de notre Président, qui applaudissent à des « réformes » qui vont bientôt les frapper à leur tour, il ne faut pas rêver.
Depuis quand une entreprise que l’État a bâtie et financée pour le bien de tous doit-elle mettre à la disposition d’entreprises privées qui, quasiment sans investissement, se verront offrir un marché et des infrastructures que le contribuable aura payées ?
Pour ce que je constate de « l’ouverture à la concurrence » que ce soit dans la distribution d’énergie ou les transports, il semblerait qu’il ne s’agisse pas tant d’assurer les missions qui sont les leurs que d’éliminer des syndicats qui dérangent les visées de groupes qui verraient bien le public remplir leurs caisses au lieu d’assurer une vie décente à ceux qui font leur travail en permettant au contribuable d’être transporté, chauffé et éclairé.

Encore un effort et, si nous n’y prenons pas garde, notre Président qui pour l’instant nous maltraite , va nous sous-traiter...
On devrait se rappeler que depuis moult années millénaires, l’expérience montre que l’on obtient jamais que ce que l’on prend.
Il est même inutile de le demander gentiment, c’est systématiquement « Non ! »
Donc...

vendredi, 18 décembre 2020

Le temps passé…

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« Il s’est glissé dans nos pensées et à notre insu à travers ces jours traversés ».
C’est comme ça que commence la chanson de Jonasz « Le temps passé ».
Ça m’est venu à l’esprit cet après-midi en revenant de « La Maison des Bancals ».
J’étais reparti de chez eux, sûr cette fois que mon dossier était à jour, ce qui n’est jamais si simple qu’il y paraît.
Je suis parti d’un pas de promeneur jusqu’à la gare Saint-Lazare.
J’y ai acheté des tickets, acheté aussi le Télérama de la lumière de mes jours.
J’ai « traînassé » un peu jusqu’à l’arrêt du 95 dans lequel je suis monté.
Comme toujours quand le bus roule, je regarde les gens, les trottoirs, les boutiques et, évidemment les immeubles et surtout ce que parfois ils dévoilent de la vie de ceux qui les habitent.
Cet après-midi le bus était étrange.
D’abord les passagers étaient calmes et silencieux.
Et même courtois puisque chaque nouveau passager saluait civilement le machiniste.
Ne ricanez pas, lectrices chéries, il n’est pas si fréquent que le passager sache gré au machiniste de l’emmener à bon port…
Je me suis assis, ai commencé par sortir mon livre et j’ai failli me plonger dedans quand nous sommes arrivés place de l’Europe.
Là, tiré de mon idée par je ne sais quel instinct, j’ai levé les yeux et regardé à travers la vitre.
Le bus a fait le tour de la place, est passé sur le pont de l’Europe qui n’a guère changé depuis que Caillebotte l’a peint, puis a emprunté la rue de Saint Pétersbourg qu’enfant j’ai connue comme « rue de Leningrad ».
L’immeuble de « La Poste » passé, à la station « Bucarest » le bus s’est arrêté.
Je vous ai déjà parlé de cet immeuble qui me remue chaque fois que je regarde le premier étage, ce premier étage où un lustre vieillot diffuse une lumière chiche ?
Oui,  c’est bien celui-là.
Celui où la lumière est si chiche qu’habituellement elle n’atteint pas même les murs.
Celui qui me rappelle un copain dont la mère me semblait très belle et jouait du piano.
Eh bien cet après-midi, le bus s’est arrêté un peu après la station, mon siège juste face à l’immeuble qui m’a semblé encore plus émouvant que d’habitude.
J’ai vu la pièce.
Le plafond et les murs sont d’un blanc terriblement passé par les ans.
C’est un « blanc gris ».
On voit que c’était blanc mais les ans l’ont maquillé de triste.
La pièce n’est pas bien grande mais je suis sûr qu’elle est très agréable.
Le lustre était plus que suranné bien sûr qui réussissait à illuminer sur le mur que je voyais à gauche de la fenêtre, un magnifique trumeau aux dorures écaillées.
Sur le mur, à droite de la fenêtre, une bibliothèque, toute simple, faite de bois, de bêtes étagères de vrai bois, massif et sombre.
Cette bibliothèque est pleine de livres.
De livres de toutes sortes, des anciens et des simplement vieux parce qu’achetés neufs il y longtemps.
J’ai regretté que le bus s’en aille car je suis sûr que si la porte de l’immeuble s’était ouverte, mon copain en serait sorti.
Il m’aurait reconnu et nous serions allés ensemble boire un expresso.
Je n’aurais plus eu mal au genou.
Il y a des jours, comme ça, où la solitude dans le bus montre des choses qui passent inaperçues parce qu’elle ne sont visibles que seul…

mardi, 15 décembre 2020

Les lettres de mon moulin...

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Ambre-Neige, avec ses histoires de café a ramené à la surface de ma mémoire une histoire.
Pas tant de café que de moulin à café.
Dans l’immeuble de mon enfance, qui tenait plus de « L’immeuble Yacoubian » de Alaa-Al-Aswany que de « Tentative d’épuisement d’un lieu parisien » de Georges Perec, le moulin à café était mécanique sauf chez le bougnat du rez-de-chaussée.
Toutefois, un moi de mai, la modernité entra à la maison à l’occasion de la Fête des Mères.
Lemmy, finança le complément en francs de la mise de fonds en centimes de votre serviteur et de ses petites sœurs et celle de quelques francs de ma grande sœur.
Celle-ci se vit chargée d’aller acheter au mieux des intérêts de tous le cadeau de notre mère.
Outre les colliers de nouilles et la coquille Saint-Jacques peinte, il fut offert à ma mère un moulin à café électrique.
Oui ! Un vrai moulin moderne ! Un vrai « Moulinex ».
Ce moulin éblouit tout le monde et donna entière satisfaction jusqu’au jour où mon père, passant illico de « Lemmy » à « Gaby », décida d’aider ma mère.
Or, ma mère, ignorant délibérément notre peu d’appétence pour les pois cassés décida d’en faire ce dimanche-là, probablement un de ces jours où la relative fortune nous épargnait pour une fois le choix cornélien entre les pâtes et les pommes de terre.
Elle fit cuire les « pois cassés » et commença à les écraser à l’aide du presse-légume que ma grand’mère lui avait donné.
Mon père, pressé de se faire pardonner une ânerie quelconque, lui proposa de l’aider.
Hélas, ce jour-là elle accepta avec un soupir de soulagement , la main douloureuse à force de manier le presse-légume et peu satisfaite du résultat.
« Merci Lemmy ! C’est gentil ! » dit-elle en lui tendant la casserole et le presse-légume.
Il prit la casserole, alla dans le fond du boyau où se trouvait l’évier, rinça le presse-purée et le posa sur l’égouttoir.
- Mais qu’est-ce que tu fais Lemmy ?
- Tu vas voir, ma poule…
Ah ça, on a vu…
Et entendu…
Mon père ouvrit le buffet de l’entrée, prit le moulin à café encore neuf sous l’œil inquiet de ma mère et vint poser le tout sur la table de « la grande pièce » qui n’était pas bien grande mais bon…
La prise était trop loin de la table aussi il remplit le moulin d’une louche de poids dégoulinants d’eau tiède et alla jusqu’à la prise près du coffre où on s’asseyait.
Il tint le moulin à la main, mit la fiche dans la prise.
Trop pressé de faire admirer le résultat à « Ma poule », il pressa le bouton alors qu’il enfonçait la fiche.
Il aurait été judicieux de tenir plutôt le couvercle du moulin.
Le moulin se mit à tourner à la vitesse folle habituelle, soulevant un tourbillon de pois-cassés qui firent rapidement sauter le couvercle.
On a ri.
Ma mère a hurlé « Oh non ! » et s’est précipitée.
Mon père dit « Oh merde ! » et a échappé  le moulin qui alors a cessé de tourner.
Mon père était constellé de points verts de la taille aux cheveux.
Il y avait pire.
Des trainées de purée verte tapissaient le plafond, les murs, les meubles et les rideaux.
Bref, on n’a pas mangé de purée de pois-cassés.
Mais tout le monde a eu droit à la « soupe à la grimace »…

lundi, 14 décembre 2020

Devoir de Lakevio du Goût N°61

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C’est de saison et Rembrandt, qui savait sûrement qu’on resterait coincé pour Noël avait déjà prévu de bafouer les consignes en matière de « gestes barrière ».
La preuve.
Néanmoins, pour ce dernier devoir du premier trimestre de l’année scolaire 2020-2021, une histoire sur le fameux et si peu suivi « message de Noël » serait bienvenue.
Alors, lectrices chéries, à lundi.

Avec Heure-Bleue on a décidé de partir deux trois jours à la campagne, histoire de voir décembre ailleurs.
Alors le soir du 24 on se baladait, j’étais gelé, Heure-Bleue était contente.
Pour une fois elle n’avait pas trop chaud.
On est passé devant cette ferme un peu éloignée du bled.
Tout était éteint.
C’est un peu plus loin, devant une des dépendances, peut-être bien une étable, que j’ai entrevu une lumière vacillante.
« Ma Mine, regarde la lumière là-bas, il y a quelque chose de bizarre… »
On s’est approché, craignant qu’un incendie ne se soit déclaré.
J’ai jeté un regard à l’intérieur, entre les planches disjointes de la porte.
J’ai fait signe à la lumière de mes jours d’approcher.
On a regardé.
Il n’y avait pas le feu mais compte tenu de la société, probablement une longue vie d’emmerdements débutait là.
Un môme, vaguement enroulé dans un chiffon, était posé sur la paille.
Un bœuf, se penchait sur lui, soufflant.
Heure-Bleue a dit « Ça commence bien ! Le môme va débuter directement par la fièvre aphteuse ! »
J’ai ajouté « Ou il va finir piétiné par le bœuf, à moins que ce ne soit par l’âne qui attend que le bœuf ait fini de lui souffler ses miasmes pour en faire autant… »
« En plus, t’as vu ? » m’a dit Heure-Bleue « Elle est loquée « look migrante », ça va mal finir… »
De fait la mère était voilée et le mec à côté, probablement son père, portait une djellaba et avait l’air très emmerdé.
Qu’est-ce qu’ils foutaient là au lieu d’être Porte de la Chapelle ?
C’était mal barré pour ce gosse, à tous les coups, encore un petit rebeu…
Ça sentait le couple « d’étrangers en situation irrégulière ».
Des migrants quoi, ou alors ils avaient fui l’Égypte...
En plus, ça avait beau être silencieux, ça faisait quand même un peu nouba, dans l’étable.
Elle a ajouté « Et t’as vu, les trois lascars autour ? »
J’avais vu…
D’abord ce black, et ça, ça détonne parce que dans ce bled, si t’es pas blanc, tu te fais salement regarder de travers.
Déjà rien que si t’es basané t’es mal vu, alors le père du môme, je le sentais « ratonné » sous peu…
Et puis, il y a ce Chinois dont je me suis demandé ce qu’il fout là au lieu de rouler des sushis dans sa piaule ?
Heureusement le troisième, c’est un Gaulois, comme vous et moi.
Ils sont fringués zarbi mais bon, aujourd’hui tout le monde s’en fout.
Heure-Bleue m’a dit « J’espère que tu as ton portable ! »
J’ai dit bêtement « Pourquoi ? Tu veux une photo ? »
Elle m’a dit « Mais non Minou ! On ne peut pas laisser ce môme comme ça.
Maté par des types bizarres et mal surveillé par des parents complètement paumés ! Il faut appeler des secours ! »
Elle a secoué la tête et dit « Déjà qu’il a l’air mal parti, ce môme va mal finir… »
C’était sûr qu’on en parlerait pendant des siècles...