vendredi, 29 mai 2015
Mon fils a des lunettes !
Hier fut une journée néfaste pour Heure-Bleue qui vit se confirmer nos craintes.
Oui, je dis « nos » parce que l’idée qu’elle perde des dents ne me plaît pas plus qu’à la lumière de mes jours.
Quand on est sorti du cabinet du dentiste je l’ai entendu d’ici se frotter les mains et j’ai même cru entendre la comptable de la mutuelle se cacher pour pleurer.
Puis on est allé chercher Merveille à l’école.
Elle est sortie de l’école, l’air un peu genre « Waouhhh ! Je survole le monde aujourd’hui ! C’est trop ! »
Elle avait quasiment l’air de sainte Thérèse d’Avila attendant sa pluie de pétales de roses.
Nous avons demandé à la maîtresse d’école, pardon « la professeure des écoles » comment se débrouillait Merveille.
« Très bien, pour les dictées de classement des CE1 elle n’a fait qu’une seule faute, elle est dans le top ten ! Même mieux. »
Merveille a commencé à prendre cette démarche un peu bizarre.
Celle des gens au dessus du monde, un peu « je remonte la file des lauréats pour aller chercher mon prix ».
Elle m’a fait penser à ma grande sœur allant chercher le sien à Gustave Rouannet…
Mais si, vous savez bien, avec la tête qui ne sait pas comment se tenir et la démarche un peu raide.
Puis elle a accompagné son père parti chercher ses lunettes.
Il est beau comme tout mais avoir un fils presbyte ne me rajeunit pas du tout…
Merveille a prétendu nous apprendre à jouer au morpion.
A nous ! Avec nos années d’école et de longues heures à l’étude !
Petite joueuse, va…
Puis on est rentré à la maison.
Mon Heure-Bleue avait mal à la dent, alors j’ai voulu la prendre dans mes bras.
Elle a pesté. Elle a pris ses antibiotiques puis, comme chaque fois, après quelques minutes elle a dit :
- Minou, j’ai les lèvres qui piquent. Regarde.
- Elles n’ont rien, ma Mine.
- Elles ne sont pas gonflées ?
- Hélas, moins qu’avant…
- J’ai quand même mal.
Alors j’ai voulu la prendre dans mes bras. Elle a pesté. Oui, elle est comme ça.
Puis a bien voulu. Quand elle s’est dégagée elle m’a dit
- Pffiouu ! J’ai la tête qui tourne !
- Je sais… Je fais souvent ça aux filles…
J’ai su qu’elle allait mieux quand j’ai vu à son air qu’elle m’aurait piétiné…
Mais elle a souri quand même, alors ça va.
08:34 | Commentaires (14)
mardi, 26 mai 2015
Les loges de la folle lient...
Pendant une retraite dont il n’aura pas hélas profité longtemps, mon père avait trouvé à s’occuper dans une boîte qui vendait de l’outillage pour joailliers.
Il était en bons termes avec le patron de la boîte, ce qui lui permettait de prendre son travail comme il avait toujours pris la vie.
C’est dire comme quelque chose qui n’est pas forcément drôle tous les jours mais en aucun cas quelque chose de sérieux.
Il en profita pour parfaire l’éducation de l’Ours.
Il lui apprenait à se servir de certains outils, ce qui m’a toujours fait peur car les outils et mon père avaient quelque chose des relations entre chien et chat.
Souvent l’outil gagnait…
Il lui apprenait aussi des choses beaucoup plus intéressantes.
Il était assez sage pour lui montrer que, même si on est plus un enfant, on n’est pas obligé d’être un adulte.
Il l’initia donc dans l’art de se faire des relations.
Il commença alors par lui montrer que bien qu’il s’entendît mal avec la concierge de l’immeuble en face, il était possible d’entretenir avec elle des relations presque cordiales.
Tendues certes, mais propres à mettre de bonne humeur pour le restant de l’après-midi du mercredi.
La cour dont la concierge prenait soin était une de ces nombreuses cours du Marais, pavées de petits pavés ronds qui donnaient l’impression au marcheur qu’il était chaussé de semelles glissantes et instables.
Les interstices entre les pavés étaient pleins de mousse verte.
Le détail a son importance.
Tout comme l’interdiction de toucher ces pavés protégés par l’Architecte de la Ville comme la prunelle de ses yeux.
La chose n’arrangeait pas la bignole…
D’autant moins qu’elle avait eu le malheur de houspiller mon père un jour qu’il avait lancé une de ces remarques acides dont il avait le secret.
Un de ces jours bénis où l’Ours était parti « bricoler avec papy », la bignole partit se remonter le moral au Brelan, le bistrot du coin de la rue Beaubourg.
Elle avait, pour ce que m’en avait dit mon père, un goût marqué pour « un p’tit blanc sec ! » rapidement suivi d’un « remets moi ça, tu veux ? »
Je la connaissais de vue et l’avais déjà entendue expliquer avec un sérieux médical que « Vous comprenez, c’est diurétique , oui ça me fait aller ». C’était une de ces Parisiennes qui ont fait la célébrité de la Ville Lumière, le pas mal assuré, le pif bleu marine et le regard vague.
Ce mercredi là, je ne sais ce qu’elle avait fait à mon père pour qu’il montre à l’Ours comment on s’amuse bien pour pas cher.
Il acheta une dose de « mini Mir, mini prix mais il fait un maximum ».
Il en coupa le coin, emmena l’Ours dans la cour de la bignole, versa entre les pavés du milieu la dose de détergent, ressortit et attendit.
La bignole revint. Mon père tenant l’Ours par la main lui lança « Ah la la… Il y a vraiment des cochons, ils ont renversé de l’huile ou je ne sais quoi dans la cour… »
Elle regarda, se précipita, prit le jet d’eau et l’ouvrit en grand pour nettoyer.
Plus elle rinçait, plus ça moussait. Ils l’ont laissée se débattre avec ses mètres cubes de mousse.
Ils ont bien ri, mon père et l’Ours, ce jour là.
Même si ma mère à pesté après mon père en disant que « quand même, c’est plus de ton âge… »
Et je tiens de ma mère et de l’Ours qu’ils ont renouvelé la chose quelques fois.
09:51 | Commentaires (23)
lundi, 25 mai 2015
La belle et le bête…
Hier après-midi nous étions peinards, Heure-Bleue et votre serviteur, profitant d’un dimanche calme et quasi ensoleillé.
Heure-Bleue me dit, d’une voix melliflue qui me surprend toujours venant d’elle :
- Minou, tu me fais des « rico » ?
Je vais vers la cuisine.
Je passe derrière la lumière de mes jours et, comme chaque fois que l’occasion se présente, je passe la main sur son cou.
Et non, lectrices chéries, je ne peux toujours pas résister à l’envie de toucher la peau diaphane d’une moitié que même moi j’hésite à qualifier de douce.
Comme chaque fois itou, elle peste :
- Minou ! Arrête de me patouiller !
Elle dit toujours ça.
Au début…
- Oh, ça va te manquer, tu verras…
- Aaahhh… Ah oui, quand tu seras mort ? C’est ça hein, c’est ça ?
Elle me jette toujours ma mort à la face, forte de statistiques impitoyables en matière d’espérance de vie.
J’insiste.
- Hon hon, oui, tu verras, ça va te manquer…
Elle va vers la fenêtre pour récupérer du linge, s’arrête et se tourne vers moi.
Plein d’espoir, j’attends un de ces serments qui marquent la vie d’un couple.
Le truc genre « nous partirons ensemble, Minou, je ne pourrais pas vivre sans toi ! »
Elle me dit, d’une façon étonnamment gentille pour qui connaît Heure-Bleue et son caractère de… Bref, on va dire vif…
- Tu sais quoi, Minou ?
- Hmmm ?
- Tu sais ce qui va vraiment me manquer, quand tu seras mort ?
La hyène ! Elle accepte déjà de bonne grâce l’idée de me voir avec des fleurs sur le ventre.
Néanmoins, plein d’espoir, j’ose :
- Moi ? Ton petit déjeuner ?
- Non. Toutes les « rico » que tu me prépares à longueur de journée. Ça, ça va me manquer…
Et elle agrémente ça d’un soupir de regret.
Pour les ricorés, j’en suis sûr.
Puis elle a eu ce petit sourire.
Le genre de sourire qui a sans doute poussé Henri VIII aux extrémités regrettables qui ont fait sa célébrité.
La garce !
06:54 | Commentaires (12)
dimanche, 24 mai 2015
Pas la peine...
Je voulais écrire une note mais je la sentais réac.
J’ai bien fait de ne pas l’écrire.
Heure-Bleue a fait ça très bien.
Et à ma place…
Le pire ?
Je suis d’accord avec la lumière de mes jours…
Vous savez pourquoi ?
Parce que, même pour l’école, gouverner, en théorie c’est prévoir.
Pour l’avoir souvent constaté, gouverner c’est surtout décevoir.
Et tous les jours je vois que pour ceux qui le briguent, c’est forcément trahir.
Bon, en réalité je dis ça parce que je fais la gueule.
Pas qu’à un parti qui n’a de socialiste que le nom.
Bien sûr un peu à cause le façon dont nous sommes roulés dans la farine au nom d’idéaux qui sont foulés aux pieds par ceux qui nous ont juré que « si, si mes chéris, on va arranger tout ça ».
Il y a ça aussi « mais pas que ».
Je dis « mais pas que » parce c’est une expression consacrée par la branchitude et que je me dépêche donc de l’utiliser avant d’être débranché.
Non, pour tout vous dire, lectrices chéries, je sors de la salle de bains.
Et malgré des efforts incessants pour ne pas boire plus de deux babies par semaine, ne me jeter que rarement et avec répugnance mais malgré tout avec appétit sur le saucisson, même le vendredi et bien que ce ne soit pas casher, rien ne va.
Oui, lectrices chéries, tous ces efforts ne servent à rien.
Ce matin, je me suis d’abord contemplé comme tous les matins.
Puis, pris d’un accès de clairvoyance, je me suis seulement regardé.
Et avec méfiance en plus.
Lectrices adorées, bien que je ne vive plus et ne cause plus « Porte de Clignancourt » je me suis écrié dans un vain espoir de rajeunissement , à considérer les valoches qui me pendaient aux mirettes :
« P… ! Mais j’ai les musettes à chagrin qui m’arrivent au milieu des guitares ! »
Reconnaissez tout de même que, malgré quelques retours à la langue de ma contrée d’origine, je suis un exemple d’intégration réussie, non ?
Voilà…
10:15 | Commentaires (7)
samedi, 23 mai 2015
« Les hommes naîtront libres et égaux en droit » qu’ils disaient…
Ce matin, je lisais quelque chose sur Clisthène.
Oui, je fais parfois des choses comme ça le matin quand une idée me titille et qu’un souvenir me traverse l’esprit.
D’où Clisthène.
Ce brave homme, que ses os ne tracassent plus depuis un bon moment, est censé être le père de la démocratie athénienne.
Entre autres idées, restées subversives dans plein de bleds, il a jeté celle, assez saugrenue, de « l’égalité de tous devant la loi ».
Quel farceur ! On voit bien qu’il ne connaissait pas la fable de « La voiture du pékin lambda et du scooter du fils du président »…
Au même moment mon poste, qui me truque les nouvelles du monde, me susurrait une info qui m’a laissé rêveur.
Je me suis dit que notre beau pays, dit « Des Droits de l’Homme » n’était pas loin de rejoindre la cohorte des nombreuses « républiques héréditaires » si ce n’est « républiques bananières ».
Une aristocratie qui, contrairement à ce que laisserait penser l’étymologie du mot, n’est manifestement pas « le gouvernement des meilleurs », s’est fait une place de choix dans le pays et s’y comporte, non comme le serviteur du pays qu’elle est censée être, mais comme une caste au dessus des lois qu’elle-même a pourtant concoctées.
Et c’est la « revue de presse » qui causa ma grogne.
Y étaient mises en parallèle deux affaires où le respect de la loi était piétiné et le principe de l’égalité devant la loi carrément cramé.
La première est celle de l’inénarrable présidente de l’INA qui claqua quarante mille €uros de taxi en dix mois alors que l’INA lui allouait une voiture de fonction.
Et pas une « autolib » sale et rayée, non non non ! Une super charrette ! Avec un chauffeur !
Madame la Présidente s’en tira avec un poste de chargée de mission au Ministère de la Culture.
Madame sa ministre de tutelle nous expliquant qu’elle était sanctionnée puisque passant du statut de présidente à celui de chargée de mission.
Elle nous dit ça sérieusement genre « elle est punie ! Maintenant elle attend les allocs pour acheter du sucre, non mais quoi ! »
La seconde affaire traite d’un SDF qui « s’est fait un tronc d’église ».
D’accord, c’est pas bien du tout.
Mais est-ce vraiment pire que faire les poches des retraités et des salariés pour éviter de froisser la grosse poignée de ceux qui ont fait évader soixante à quatre-vingt milliards d’€uros des caisses de l’Etat ?
« Mais quel est donc le rapport entre ces deux affaires ? » Vous demandez-vous lectrices chéries.
« Mais où diable veut en venir notre Goût préféré ? » Vous esbaudissez-vous lectrices chéries.
Eh bien voilà, lectrices adorées que j’aime et tout, le pourquoi de ma mine scandalisée :
- Une, celle « de la caste d’en haut », s’est vue morigénée par son autorité de tutelle et recasée un bon prix dans son administration d’origine pour une broutille de quarante mille €uros.
- L’autre, un « de basse extraction », s’est vu illico précipité sur la paille humide des cachots pendant quatre mois, oui il a pris « quatre mois ferme », pour la somme rondelette, voire scandaleusement démesurée de… Dix-sep €uros !
J’ai cru à ce moment entendre Clisthène se retourner dans son mausolée en maugréant « Ben merde alors ! Et l’égalité de tous devant la loi, alors ? »
10:02 | Commentaires (12)

