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mercredi, 24 juin 2015

Le prénom...

Vous savez quoi, lectrices chéries ?
Gamin, mon prénom ne me plaisait pas.
Mais alors pas du tout.
Vous vous en foutez, je le sais…
Maintenant je me suis habitué mais mettez vous à ma place, deux secondes.
A part un copain de pension qui s’appelait « Loïc » et qui me tannait avec la Bretagne, j’étais entouré dans mon quartier d’une foule de Michel, André, Roger, Jean-Pierre, Jean-Jacques et pire, de Philippe.
Je n’avais évidemment pas le droit de parler à la foule des Mohammed, Mouloud et autres Rachid, des fois qu’être arabe, ça soit contagieux…
D’ailleurs ils ne cherchaient pas non plus à me parler.
Depuis ma rencontre de la maternelle avec Malika, celle aux yeux si bleus qui me donnait la main, la méfiance s’était installée…
Pour les « Philippe », nés juste après guerre, je me demande à quoi avaient bien pu penser leurs parents pour les appeler « Philippe », parce que franchement…
Ma mère m’avoua bien plus tard avoir choisi mon prénom parce qu’elle était tombée amoureuse, avec un manque de clairvoyance désastreux, de Jean Marais dans « L’éternel retour »…
Je n’étais pas le snob que je suis devenu après des années de ce lycée de bourges.
Alors, lectrices chéries, si vous saviez comme j’aurais aimé que des « potes » et pas des « copains », m’appellent « Dédé », « Gégé » ou « Nanard » en me donnant des claques sur l’épaule.
Oui, « Nénesse » et « Bébert » étaient déjà passés de mode…
En foi de quoi, j’ai détesté mon prénom jusqu’à ce que je devienne copain avec un garçon de la rue Championnet.
Je vous ai déjà parlé de Bernard R. à propos du square Saint-Lambert quand nous étions plus vieux.
J’avais fait sa connaissance quelques années auparavant, alors que je faisais les courses dans le coin avec ma mère et que je regardais les photos du cinéma « Ornano Palace », là où j’avais vu « Les dix commandements ».
Bernard était un garçon brun et mat, comme votre serviteur mais en plus timide.
Nous avions engagé la conversation timidement sur Stewart Granger car évidemment, « l’Ornano Palace » proposait un vieux western.
Tout aussi évidemment nous ne fûmes « pas d’acc’ » parce que « Robert Vaughn, quand même, y tire mieux ! »
Un peu qu’il tirait mieux, d’ailleurs « Les sept mercenaires » le prouvaient…
Quand sa mère vint le prendre, on se donna rendez-vous pour le jeudi.
Ma mère ne dit rien mais n’agréa pas franchement jusqu’à ce que Bernard lui dise poliment « Au revoir madame ».
Ma mère, bien qu’elle n’appréciât pas vraiment pas vraiment que je devienne copain avec des garçons du quartier, dans sa hantise de « l’accent faubourien des voyous de la Porte de Clignancourt », fut satisfaite de mon nouveau copain.
Quelques années plus tard, s’il quitta l’école pour un travail d’apprenti mécanicien à la RATP toute proche, nous restâmes copains.
Et c’est lui qui, un après-midi d’été de sa dernière année d’école me confia quelque chose qui me fit considérer autrement mon prénom.
Bernard R. me confia tristement un jour qu’on était assis sur un banc du square Clignancourt, ce havre de paix quasiment bourgeois :
- Pfff… T’as du pot, toi.
C’était bien la première fois qu’on me disait que j’avais du pot.
J’allais au lycée, j’avais des devoirs, j’avais perdu un œil avec une fusée et ma mère m’achetait des habits choisis rien que pour me faire honte.
- Pourquoi j’ai du pot ?
- Ben tu t’appelles pas Bernard…
- C’est chouette Bernard ! Yen a plein !
- Ben justement… Toi au moins…
- Quoi moi ?
- Toi, ton nom « y fait classe », d’abord y en a pas beaucoup…
- Ah ?
- Ben t’es le seul que je connais…
Il est vrai que dans le coin, on croisait plus de Jeannot et d’Abdel que d’Alexandre ou Ismaïl…
Depuis, j’aime bien mon prénom. Il n’était devenu courant que vers les années soixante et a recommencé à se raréfier à partir des années soixante-dix.
J’aurais donc passé ma vie dans la rareté…

mardi, 23 juin 2015

Valls a mis le temps…

Aujourd’hui, vers chez moi, il y a un ciel de Boudin.
Un joli bleu.
Bleu ciel, justement.
Avec des nuages blancs.
Comme c’était sympa et que je ne savais pas quoi vous raconter, lectrices chéries, j’ai posé mon bouquin et erré sur le Web.
Mal m’en a pris.
J’ai appris qu’avec la clairvoyance qui le caractérise, le PS venait de nommer « Secrétaire National à l’Intégration Républicaine » un type qui s’était signalé à l’attention de la justice pour avoir battu sa femme à coups de ceinturon.
Le lascar avait payé sa dette à la société et était en principe peinard.
Hélas, déjà que ce garçon était affublé d’un patronyme qui fleurait bon « la diversité » assez mal vue ces temps ci, le PS a cru bon le sortir de l’oubli alors qu’il dormait tranquillement, la tête sur ses lauriers d’adjoint au maire du XIXème.
Ce n’est pas la première fois que le PS se méprend sur la cécité ou la surdité d’une opinion menée plus souvent par des mouvements de rejet que par la réflexion.
Pour une fois néanmoins, la raison avancée me semblait plutôt raisonnable. Il y était question de « donner une seconde chance » à quelqu’un qui a commis une faute et a payé sa dette.
On ne peut pas en dire autant de la bêtise précédente où furent avancées deux raisons pour expliquer la bévue ministérielle.
La première m’avait fait bondir.
Le « C’est une erreur de communication » nous avait carrément tous pris pour des andouilles.
Genre « M… ! Ils n’ont pas plongé dans notre carabistouille ! »
La seconde était plus drôle qui affirmait « le Premier Ministre est obligé pour des raisons de sécurité d’emprunter les avions du GLAM lors de ses déplacements. »
Là, je me suis demandé si les avions du GLAM étaient vraiment prévus pour aller voir des matches de foot mais bon…
Désolé, j’ai clos la fenêtre du navigateur et ouvert Word en me grattant le menton.
Oui lectrices chéries, le matin, je me gratte le menton, comme tous les types qui se rasent tous les matins.
Pour remplir le vide de ma cervelle j’ai alors allumé la radio.
Je suis tombé de Charybde en Scylla en entendant une dame qui se préoccupe de l’intégration de jeunes immigrées.
Eh bien, figurez vous, lectrices chéries, que pour parvenir à ce résultat elle m’assène sans sourciller  « Pour elles, apprendre le français c’est un début de commencer à devenir… ».
Je crois que je commence à comprendre bien des choses sur les ratés de l’intégration…

lundi, 22 juin 2015

Passe un père, et manque…

Hier, c’était la Fête des Pères.
C’était aussi la Fête de la Musique, alors j’ai eu envie de trucs qui secouent un peu.
J’ai voulu écouter « whole gotta love » de Led Zepp’
Ça m’avait été rappelé par la publicité « Dior Homme ».
Je l’ai mis, hélas à un niveau de chuchotement ecclésial car Heure-Bleue n’aime pas Led Zeppelin.
C’était une écoute bien trop confidentielle pour que je me risquasse à me dandiner sur ma chaise.
En plus, les chaises, chez moi…
Et vous savez bien, lectrices chéries, comme ma tendance à la digression me frappe aussi bien dans la pensée que dans le papotage.
Ce chouette morceau m’a rappelé évidemment l’année 1969 et ses activités effrénées.
Ludiques ou non.
Ce fut une année agitée, bien sûr mais pas seulement à cause de l’arrivée du LEM sur la Lune.
J’avais d’ailleurs une affaire de ce genre moi aussi.
L’ambiance chez moi étant calme ce matin, de rêvasserie en souvenirs fumeux, Led Zepp’ m’a rappelé autre chose, plus ancien.
Vous vous rappelez j’en suis sûr, le batteur de Led Zeppelin, un type plein d’énergie dont je suis surpris qu’il soit encore vivant avec un mode de vie qui amène l’individu standard sous une dalle de granit vers cinquante piges…
Eh bien, lectrices chéries, cet type s’appelle –encore- « John Paul Jones ».
Et évidemment ça m’a ramené dix ans avant « Whole gotta love ».
Mon père m’avait emmené au cinéma « Le Fantasio », au bout du boulevard Barbès.
Mais bon sang quel rapport avec Led zeppelin ?
Le Goût est ce matin encore plus cinglé que d’habitude !
Ben voui… C’est comme ça que fonctionne et erre la pensée de votre Goût adoré lectrices chéries.
Souvent elle est vague et là elle divague.
Donc, quel rapport entre « Gaby », « Le Fantasio » en 1959 et le batteur de Led Zeppelin ?
Eh bien, accrochez vous !
Mon père, dont c’est aujourd’hui la fête, dit « Papa », dit aussi « Lemmy » quand ça allait bien, mais « Gaby » quand il avait fait une connerie ou que ma mère pressentait qu’il allait la faire, « Papa » donc, m’avait emmené au cinéma voir « John Paul Jones, Le Maître des mers ».
Film dont je n’ai jamais su vraiment si c’était un hommage à un marin héros de la Guerre d’Indépendance américaine ou un « film de pirates » destiné à occuper les gamins du quartier Clignancourt…
Oui, l’exégèse des films d’aventure de série Z est rare et difficile à trouver.
Hier, à ma manière erratique mais affectueuse quand même, moi aussi j’ai fêté mon père.
Je me rappelle même lui avoir dit bien plus tard et à propos de quelqu'un d'autre :
- Tu vois bien que j’avais raison quand je te disais « Tant que quelqu’un pense à toi, tu n’es pas mort »…

samedi, 20 juin 2015

Les vieux s’attirent.

Je fus hier traversé par une vague inquiétude.
Nous avions rendez-vous avec une blogueuse qu’on aime et son mari, dit « Le Maître », histoire de courir après nos dix-huit ans dans le Quartier Latin.
La gagnante fut manifestement Heure-Bleue.
D’où ce petit pincement.
« Et pourquoi ça, Goût chéri ? » vous exclamâtes vous, lectrices chéries.
Eh bien parce que dans ce 21 qui nous menait vers le palais du Luxembourg, j’eus droit à une parade printanière du plus bel effet.
La lumière de mes jours voulut laisser sa place à un homme qui portait beau mais semblait souffrir des articulations.
Élégant de manières comme vous me connaissez, j’ai cédé ma place pour qu'Heure-Bleue restât assise.
Et que vis-je ? Ce vieux en train de draguer ma meuf, fière comme Artaban et papillotant des yeux. J’ai bien tenté de glisser quelques mots mais j’ai abandonné car il n’avait d’yeux que pour les mirettes de ma moitié. Enfin, pas que.
J’entendais quasiment le type faire « frrr… Frrr… » comme font les pigeons quand ils ont une idée derrière la tête en matant une pigeonne.
Et que je te lui raconte que j’étais un ancien inspecteur d’académie, que j’écrivais un bouquin sur je ne sais quoi, et que patatati et que patata…
Heure-Bleue a failli s’étrangler en avalant d’un seul coup une trop grande gorgée de petit lait.
Au point qu’elle me dit en descendant –à regret- du bus « Eh bien tu vois, Minou, ne te fais pas de souci, si tu meurs, je pourrais me recaser… »
Ravigotée par le Don Juan, elle faisait bien dix ans de moins, l’œil vert et vif collant parfaitement à sa peau diaphane.
Nous sommes arrivés au café où nous avions rendez-vous. La stabilité comportementale de l’humanité m’a rasséréné. Heure-Bleue et Lakevio papotaient.
« Le Maître » et moi itou. Pas des mêmes choses. Nous étions face à une entrée du jardin du Luxembourg et en buvant notre café, ce qui prit longtemps, « Le Maître » et moi commentions tous ces gens qui entraient et sortaient. Les filles surtout.
Le temps s’y prêtait qui dévoilait des secrets autrement intéressants que ceux de la NSA.
Puis nous avons traversé lentement le jardin. Je me suis arrêté au kiosque, saisi brusquement par le souvenir d’un concerto de clarinette de Mozart, que je me suis bien gardé de partager. « Le Maître », lui cherchait d’autres souvenirs. Il était scandalisé car la porte qu’il empruntait pour aller au lycée Montaigne était condamnée. Nous nous sommes arrêtés tous deux, appuyés contre la grille et avons évoqués quelques souvenirs du coin. Alors que mes études me tenaient plus près du Jardin des Plantes, les siennes le maintenaient dans ce coin. Un moment il dit « Ah la la… Bon sang ! Les filles de Censier ! »
Je me suis rappelé une amourette avec une étudiante myope mais si mignonne…
Nous avons rajeuni d’un peu moins de cinquante ans, comme ça, pendant quelques heures. Nos moitiés conversaient, tranquillement assises sur des chaises, miraculeusement réapparues, face à la statue de Baudelaire tandis que nous discutions tous deux, vu l’endroit, de Montaigne et Baudelaire et du coup d’Edgar Poe.
Nous sommes repartis doucement boire un café puis vers le bas du Boul’ Mich’, avons repris le 21 et sommes revenus chez nous.
Il était plus de neuf heures du soir quand j’ai préparé le repas.

vendredi, 19 juin 2015

L’eau zone…

Mercredi, j’avais commencé la journée comme une journée de boulot.
En réalité autrement sérieuse que le boulot.
Merveille allait venir.
Merveille avait dit clairement « Papy va me faire un poulet avec des petites pommes de terre et du melon en hors d’œuvre. »
C’était dit.
Merveille avait tracé ma feuille de route.
Je me suis donc mis au travail assez tôt, ai épluché les rattes de Noirmoutier, émincé un petit oignon et coupé en deux un autre petit oignon.
J’ai glissé le demi oignon et un petit suisse dans le poulet préalablement salé et poivré.
J’ai refermé et embroché la bestiole, l’ai passée sous l’eau très froide pour que la peau devienne bien craquante sous le gril.
J’ai mis tout ça dans le four, lancé le tournebroche et suis descendu chercher un melon chez « le petit de la passerelle ».
Tout était prêt. Le poulet, régulièrement arrosé, les pommes de terre régulièrement retournées et arrosées.
Tout allait bien.
On a sonné.
Tout alla mal.
Une Merveille furieuse, criant « je veux Papyyyy  ouiiinnn » est entrée.
Suivie par une Heure-Bleue criant « si tu n’arrêtes pas de chougner, je te ramène chez tes parents et basta ! »
Le melon a consolé Merveille.
Deux « rico » ont calmé Heure-Bleue.
Le déjeuner a été bref car Merveille mange peu à chaque fois.
Comme les piafs.
Mais souvent. Une heure, un petit suisse, une heure, un café liégeois, une heure, un morceau de melon, une heure…
Puis nous avons joué à la dinette et aux cartes après le déjeuner.
Elle a pigné. C’est une mauvaise joueuse. Je l’ai disputée.
« On a déjeuné à une heure, on dîne à deux heures et demie et je te ramène. Alors Stooooppp !!! »
Après une autre heure plus ou moins calme elle est partie en pleurant dans la chambre où Heure-Bleue est allée la consoler.
Puis on m’a envoyé consoler Merveille. Et c’est là que j’ai gagné le droit d’aller sauter dans l’eau le mercredi.
Merveille se fait engueuler par le maître-nageur, elle a peur d’avoir la tête sous l’eau et de sauter seule dans la piscine. Dans le petit bassin, ça va, mais dans le grand elle a peur. Et l’autre con l’engueule !
Ces mecs qui pensent avec leurs cuisses croient être instructeurs dans la Légion ou les Commandos de Marine alors qu’ils sont chargés d’apprendre à nager à de petits enfants.
Résultat des courses ? Je dois tenir la main de Merveille pour sauter dans le grand bain et lui montrer que même quand on ne sait pas bien nager, il suffit de bouger un petit peu les pieds pour rester à la surface…