vendredi, 28 juin 2013
La vie en rosse...
Il y a des jours comme ça où se taire est une excellente initiative.
Initiative que je devrais prendre plus souvent.
Ça éviterait de prendre en pleine figure des réflexions dites censément « mine de rien » mais qui vous font mordre la langue juste trop tard.
Nous regardions un téléfilm avant-hier soir.
Un truc plein de mélo, guimauvesque à souhait mais le rôle principal est tenu par Marius Colucci.
Heure-Bleue craque sur ce rouquin au teint pâle.
Quand elle change soudainement de position esthétique, je devrais me méfier.
Son côté sorcière fait qu’elle a dû pressentir une situation où elle aurait l’avantage sans discussion possible.
J’ai beau le savoir, vivre avec elle depuis plus de quarante ans, je n’y prête attention que trop tard.
Toujours trop tard.
J’aurais justement dû me méfier ce soir.
Une demi-heure avant elle craquait sur le type d’homme plus habituel pour cette rouquine à peau claire : Takiedine.
Je n’ai jamais su si elle aimait le type moyen-oriental ou le type milliardaire.
Je penche pour la première version.
Je ne suis pas milliardaire.
Mais je ne suis pas sûr non plus qu’elle m’aime.
Le mystère reste donc entier et c’est aussi bien.
Le téléfilm continue. Un moment, une scène qui lui semble importante se déroule pendant la montée des marches du Sacré-Cœur.
Je regarde quelques minutes.
Puis je lâche « Tiens, il y a combien de temps que nous ne sommes pas allés au Sacré-Cœur ? ».
Heure-Bleue lance, sûre d’elle, d’une voix melliflue « Jamais avec moi ! »
J’ajoute, toujours imprudent « Je ne me souviens pas, ça fait un moment mais je suis sûr que c’était avec toi… »
Heure-Bleue dit mezzo voce « Ça doit faire un moment, je ne m’en souviens pas… »
Je regarde l’écran qui montre une jeune femme monter les escaliers de la butte qui sont durs, etc…
Je dis à Heure-Bleue « il y a quand même un moment et… »
Et là, celle qui n’est pas rancunière mais n’oublie rien et n’est pas jalouse pour deux sous m’interrompt et jette d’une voix plutôt acide « C’était sans doute avec Dulcinée… Tu es souvent allé au Sacré-Cœur avec Dulcinée, non ? »
Je continue à regarder le téléfilm en faisant semblant de rien.
06:45 | Commentaires (8)
jeudi, 27 juin 2013
Il marche au « Pas de loi. »…
Je savais que nous étions « espionnés » pendant nos voyages sur le Web par une bande de vautours prêts à tout pour nous faire cracher nos sous dans des achats stupides et inutiles.
Je savais aussi qu’une bande de truands essayaient sans cesse de me faire cracher mes coordonnées bancaires en me disant que la CAF me devait des sous qu’elle avait oublié de me donner.
Les pauvres andouilles, la CAF est radin mais ne truffe pas ses avis de fautes d’orthographe ni de tournures de phrase anglo-américaines et n’oublie jamais mes coordonnées bancaires…
Je n’ignorais pas non plus que le membre supplémentaire gracieusement fourni par la mâle condition pouvait être allongé de quatre pouces (101,6 mm) si j’achetais une machine de torture de 300 US$.
Que diable ferais-je d’un outil propre à féconder une jument ?
On me prévient régulièrement que je suis en bonne place pour le tirage qui me verra l’heureux gagnant d’une luxueuse berline dont je n’ai que faire, que je vais rayer en tentant de la garer à la place mal foutue assignée par mon bailleur.
Tout ça, quoi…
Mais je pensais néanmoins que le secret de la correspondance privée était, sauf suspicion judiciaire, garanti par la Constitution.
Eh bien non !
La NSA –rien qu’à écrire ça, paf ! Un nouveau fichier vient d’être créé dans leur monstrueuse base de données- s’arroge le droit, pour garantir la sécurité des Etats-Unis, de stocker toutes les communications privées, qu’elles soient téléphoniques ou via le Web, qu’elles soient « vocales » ou « alphanumériques ».
Il suffisait, il y a peu, que certains mots soient prononcés pour que la communication soit enregistrée, datée, identifiée et tout et tout.
Exemple :
Un type demande des nouvelles de sa machine à laver en panne à un service après-vente .
- Allo ? Ma machine ! Elle est où ça, ma…
- Où ça ma quoi ?
- Oui ! Où ça ma… ma… ben… Laden ?
Sur un coup comme ça, vue l’étroitesse d’esprit et le crâne ossifié à cœur du préposé à la « sécurité du pays de la liberté, de la démocratie et de la libre entreprise », le pauvre type qui a un lave-linge en panne n’a pas intérêt à réclamer un visa pour aller passer un week-end à New-York.
Passé la cahute de « l’Immigration Service » il se retrouve avec les poucettes et mis au secret sous le coup du « Patriot Act ».
Heureusement, comme le remarque un Américain au tempérament moqueur, grâce à la NSA, plus de risque de perdre vos données…
Ce qui prouve la stupidité profonde de ce genre de paranoïa, c’est que la possibilité de stocker un siècle de communications mondiales, dans environ trois mille langues, sans compter le codage de ce qui doit être caché, donne une telle quantité d’informations qu’il est impossible de les traiter, voire simplement de trouver celle qui est significative. Rien qu’à divulguer l’existence de ce système contribue à le remplir de mauvaises farces et de ces rumeurs dont le Net est si fertile.
Quels farceurs ! Que dis-je, quels cinglés !
Des paranoïaques sévères veulent tout savoir sur tout et tous.
Et c’est censé nous protéger.
Mais de quoi ? Et qui nous protégera d’eux ?
Georges Orwell l’a rêvé. La NSA l’a fait !
06:43 | Commentaires (5)
mercredi, 26 juin 2013
Diplomatie de la langue...
Bon, lectrices chéries, je suis navré de vous le dire, mais je sens que je vais vous décevoir gravement.
J’aime vous dire « lectrices chéries » car ça agace Heure-Bleue qui va jusqu’à prétendre que ça vous agace aussi, du coup, taquin comme je suis…
Revenons plutôt à mon propos qui était de vous prévenir que je dois vous déshabituer de ces superfluités qui font le charme de votre vie « bloguesque ».
Je veux parler là de ces charmantes historiettes qui ont été le sel de ma vie avant qu’Heure-Bleue ne se l’approprie.
A la limite avec plus d’accord de mon côté que du sien, certes, mais tout de même.
Oui, elle a toujours aimé qu’on la supplie et comme je n'ai jamais cédé à la facilité…
Combien vous ai-je conté de ces histoires qui vous ont passionnées (sauf Mab...) ? Une, mmmhhh… deux, mmmhhh… trois…
J’ajoute Heure-Bleue et celle dont je n’ai pas le droit de parler.
Sachant que de toute façon je n’ai vraiment le droit de ne parler d’aucune, il en reste… Une, mmmhhh... deux, mmmhhh… trois.
Voilà, c’est ça.
Trois !
Voilà pourquoi je sens poindre :
- De la déception chez vous.
- De la grogne et peut-être même de la haine chez Heure-Bleue.
Ben oui, lectrices chéries, je suis marié avec Heure-Bleue, pas avec vous.
Que celle qui a dit « Hélas » trop fort, là-bas dans le fond, se fasse plus discrète.
Flatté, certes mais trop près d’Heure-Bleue pour me laisser aller à un commentaire qui pourrait bien me coûter l’œil qui me reste.
Un coup de stylo est si vite arrivé…
Pourquoi vous parlais-je de ça ?
Ah oui, toujours à propos des relations entre les hommes et les femmes, entre les garçons et les filles.
Cet après-midi, heure de sortie des écoles.
Les élèves traversent le square et la place enserrée par « nos » immeubles et les deux jardins.
Nos lascars d’en bas profitent « du retour de l’absence de pluie » et de la fin de cours –qu’ils ne suivent manifestement pas avec toute l’assiduité nécessaire- pour tenter d’engager la conversation avec leurs camarades du « camp d’en face ».
Je les entends par la fenêtre ouverte. Hélas pour eux, ils ne sont pas pauvres que d’argent. La misère lexicologique aussi frappe ce qu’on peut qualifier de « classes difficiles » mais sûrement pas de « classes laborieuses » comme on dit au PS.
Les filles les plus faciles à aborder sont, malheureusement pour eux, celles qui font dire aux sociologues « on se marie dans sa classe sociale ».
Autrement dit des jeunes filles dont je préfère que le père ne soit pas moi.
J’ai déjà assez honte de ce qu’il m’arrive de penser sans en plus avoir honte de ce qu’elles pourraient être mes filles…
Quant à celles qui me semblent « plus fréquentables », je les entends peu.
Elles parlent doucement et sans accent « zyva ».
Du coup les gamins n’osent même pas leur parler et à peine les regarder.
Pour ce que m’en apprennent les nouvelles du quartier, ils osent seulement à la nuit tombée, quand elles reviennent d'une sortie, les frapper pour leur piquer leur i-Phone.
Je sais, je suis bégueule, je vous l’ai déjà dit.
Mais j’aime mieux les gens qui parlent doucement et ceux qui obtiennent ce qu'ils veulent par la négociation…
06:40 | Commentaires (7)
dimanche, 23 juin 2013
Genitrix.
Lectrices chéries, vous ai-je déjà parlé de ma mère ?
Il me semble bien, pourtant.
Mais bon, il y a tant de choses à raconter…
Je vous rappelle que la séance chez le psy coûte entre un bras et un œil pour n’être que vaguement soulagé –cette phrase a un côté un peu « client de péripatéticienne » mais c’est voulu.
Bref, lectrices chéries, vous avez un énorme avantage sur un psy.
Ce n’est pas la gratuité.
C’est que, contrairement à lui je peux me persuader que ce que j’écris vous intéresse.
La gratuité, lectrices adorées, ajoute un petit quelque chose d’altruiste à votre écoute que j’imagine chaleureuse et attentive.
Ça va, là ? Je peux passer à autre chose que la pommade ? Hmmm ?
Revenons donc à « Pfff… Oui, mamaaaan… » et ses mauvaises habitudes dans ses façons de se mêler de ma vie.
Elle s’en mêla dès ma naissance, bien sûr, et ça me plut.
Je retirai de mes premiers repas, surtout de leur service de table, cette saine curiosité qui guida ma vie.
Je n'ose dire « jusqu'aujourd'hui » car Heure-Bleue me lit.
Et elle est partageuse moyen...
Et ça me plut, donc disais-je.
Du moins jusqu’à mon entrée à « la grande école ».
Après, ce fut une suite sans fin –du moins jusqu’à la sienne- de catastrophes diverses.
Elle saccagea ma réputation auprès de copains. Quand ils daignaient passer à la maison, ce qui était rare vu l’état du quartier et l’exigüité du logement, elle ne tarissait pas d’éloge sur la merveille qu’était son fils.
Ce n’était déjà pas trop facile à vivre. Il fallait en plus que devant les plus sévères d’entre eux elle me serre dans ses bras et me couvre de baisers qui ruinaient complètement ma réputation de garçon indépendant et ironique, voire franchement caustique.
Vous avez déjà essayé de parodier Voltaire quand une dame, emphatique comme elle pouvait l’être, surtout au mauvais moment, vous a dit devant vos copains « Viens mon fils ! Viens mon sang ! » avec le ton de Sarah Bernhardt –ma mère surjouait beaucoup…- et vous a couvert de bisous en vous étouffant ?
Ça vous gâche tous vos effets. Et ça vous pourrit les douze récréations suivantes…
Heureusement, toute sa vie guidée par le fameux « faut que je me repose » m’évita la gêne causée à coup sûr si elle avait décidé de venir me chercher au lycée.
A l’époque, que je crois aujourd’hui bénie, de ma 6ème, je rougissais encore au souvenir de mon entrée chez les Frères.
Aujourd’hui il ne me vient que des envies d’acheter un lance-flamme…
Heureusement que j’ai un caractère patient et plutôt heureux.
Mais j’ai pu vérifier qu’on ne se calme pas en vieillissant.
On ne devient même pas adulte.
Juste on a mal à un genou.
Celui que j’ai plié en biais vers seize ans à la patinoire.
Bien, Monsieur Le Goût.
Nous vous recevrons en séance la semaine prochaine ?
Ce sera zéro sous et zéro centimes, merci.
Merci lectrices chéries.
12:47 | Commentaires (9)
samedi, 22 juin 2013
L’amas zone…
Hier, nous attendions Tornade.
Tornade vient de Londres.
Evidemment, comme Tornade doit prendre le bus à la sortie de l’Eurostar, le bus est détourné en arrivant près de chez nous pour cause de préparatifs de « Fête de la musique ».
Malheureusement, Tornade a un sens de l’orientation qui rappelle celui de Moïse.
Ben voui, mettre quarante ans à trouver Israël en sortant d’Egypte et errer misérablement alors qu’il n’y a jamais que trois cents bornes à faire, faut pas être doué d’un sens l’orientation normal.
D’où notre inquiétude.
Bon, revenons à notre Tornade.
En fait ce n’est pas d’elle que je voulais vous parler mais de nos trouble-fêtes.
La fin de matinée était plutôt calme et ensoleillée.
Je suis passé, comme chaque fois, par le jardin contigu pour aller chercher le pain.
« Mais qu’est-ce qu’il est intéressant ce matin, notre Goût ! » vous exclamez-vous, lectrices chéries.
Les plus mauvaises langues ajoutant en douce « on dirait une note de Mab, comment tout cacher et ne rien dire avec des mots… »
Aaahhh !! Vous êtes vraiment des mauvaises…
Attendez ! Je suis donc passé par le square donc devant l’aire de jeux réservée aux petits. Avec deux petits chevaux sur ressort, une bascule et un bac à sable.
Et qu’y vois-je ? Nos emmerdeurs ! Ces gamins et gamines âgés de quinze à vingt ans environ, aussi occupés que le gardien du cimetière de Charonne, voisin, sont assis pour les uns sur un banc, deux autres sur les petits chevaux, deux autres encore sur la bascule, l’un s’amusant à faire tomber l’autre tandis que trois autres, profitant de l’absence de pluie sont accroupis dans le bac à sable.
Tous papotent dans un joyeux tintamarre et ce serait presqu’innocent si les unes ne piaillaient pas de façon assourdissante et les autres ne les affublaient pas de l’épithète réservé aux femmes à la vertu discutable. En moins poli.
Je passe donc, attendri par le charme bucolique qui se dégage de cette scène.
Et surtout ravi que cette scène ne se déroule pas sous les fenêtres de notre chez nous.
Connaissant Heure-Bleue depuis longtemps, j’ai un peu peur de revenir avec le pain et trouver la femme de ma vie, menottes aux poignets, devant le cadavre étripé d’un gamin qui se sera moqué de « la daronne » une fois de trop.
Ils ne connaissent pas les rapports tendus qu’Heure-Bleue entretient avec les années.
S’ils connaissaient son caractère et le fait que c’est la seule femme au monde à prendre un an dans la vue dans la dernière milliseconde qui précède son anniversaire, hélas proche, ils ne se risqueraient pas à ce genre d’apostrophe…
Je m’arrête quelques instants devant la plaque en émail qui affiche le règlement de cette aire de jeux.
J’y lis « Cette aire de jeux est mise à la disposition des enfants dont l’âge est compris entre 2 et 8 ans ».
Je regarde de nouveau les gamins et en déduis que la pancarte parle sûrement d’âge mental…
08:44 | Commentaires (14)


